‹ Étude sur Eustache des ChampsChapitre 7 sur 77 · EMPLOIS · texte numérisé non relu

EMPLOIS

Deg. Champs était Champenois, non pourtant (Je cette Champagne au sol plat, aride, crayeux, qui nous a donné La Fontaine. Vertus, sa ville natale, est assise, il est vrai, dans une plaine ; mais la campagne en est riante ; une petite rivière, la Berle, y coule non loin des murs de la ville. Des collines s'élèvent à quelque distance; du temps de notre poète, elles donnaient un vin dont la réputation s'étendait fort au-delà de. la Champagne et de la Brie ; les crus de Vertus semblent avoir perdu de leur renom, mais sans tomber au rang de ces petits vins de Brie, signalés par des Champs, avant Boileau, à l'animadversion des gourmets ^ . Ce vin et les autres

' « Leurs vignes sont des prunelles de bois • Tare. Il, 143.

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productions d'un sol fertile avaient contribué sans doute à répandre l'aisance et la richesse au sein de la population. Les tavernes, les sociétés bachiques n'étaient pas rares à Vertus, et des Champs nous a laissé, dans nombre de pièces, la preuve que certaine compagnie des Fumeux, dont il fût le roi, ne le cédait à pas une en belle humeur.

Quelle était la famille de des Champs ? Nous Vignerons : il a négligé de nous l'apprendre. Ce qui semble avéré, c'est qu'il appartenait à la bourgeoisie aisée du pays ; il tenait de ses parents une fortune qui ne laisse pas d'avoir été assez considérable. Il ne s'est jamais piqué de noblesse. En son enfance, on rappelait tout uniment Eustace ^ ; plus tard, ses amis le dési-

Ce rapprochement môme, est, je le crains, calomnieux pour Vertus. Les ooiesux de Vertus foarq^ssiinl ^epre mi vif ron^e renommé, le meilleur de la Champa^e, Des Champs, qui s'y connaissait, vante cette li<{ueur

Termeille, freache et plaisant.

Qui fait tout autre odour taisant, Quant ele est apportée en place. (Tarb. I, lO).

Il recommande aux buveurs coite excellente • médecine >,

Qui vient de si noble racine Comme du droit plant de Beaune.

Remarquez ce dernier trait, titre de noblesse des vignobles de Vertus.

* Eustace fu appelé des enfans [Grap. I).

gaaient assez volontiers par le nom d'un domaine qu'il possédait dans la campagne de Vertus; c'était sa maison des Champs, sorte de ferme à la fois et d'habitation de plaisance, joyeuse résidence où il traitait ses amis *. « Des Champs » ne fut donc à l'origine qu'un surnom par lequel on prit l'habitude de le désigner, ses amis d'abord et ses compatriotes, les étrangers ensuite. Quelques années plus tard, un sobriquet prévalut. Son teint basané lui avait fait donner à la cour de Charles V le surnom de « Morel » ou « Moriaux > (noir comme more)* qu'il garda, dont il fît sa signature, et qu'il transmit à ses descendants.

A quelle époque naquit des Champs? M. Crapelet, s'emparant d'un passage du poète, fait remonter arbitrairement à l'année 1328 la date de sa naissance. Mais de ce que des Champs, parvenu à l'âge de cinquante ans, a vu passer quatre générations de rois®, il ne s'en suit nul-

Dehors Vertus ai maison gracieuse.

Oh j'avoifi par long temps demouré.

Oh pluseurs ont mené vi6 joieuse :

Maison des Champs l'ont pluseurs appelé. . .

(Crap. I.) Comme un More me puet-on figurer. . .

(Mon., p. ^).

Qualrd ligoie et généracion Ai veu de rois depuis que' je fu uez.

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