LA BALLADE AYANT 0£S CHAMPS
OÙ faut- il chercher l'origine de la Ballade * ? Son nom l'indique, elle est née de ràlliance de la musique et de la danse avec la poésie. Nul doute qu'elle n'ait été chantiée de bonne heure sur les bords de l'Âdour et de la Garonne, delà Loire et du Rhône, copame l'Aubade et la Sérénade, comme le Rondeau lui-même. Elle présenta tout d'abord une suite de mots adaptés aux notes d'un air de danse, et ramenant, à des intervalles réglés p^r la cadence musicale, un refrain répété en chœur. Ce refrain, en passant de la langue des troubadours dans celle des trouvère^, prit une place fixe et déterminée qu'il n'avait pas à l'origine, et devint le premier élément constitutif de la Ballade.
Le second fut la succession régulière des mêmes rimes, dans le même ordre, pour former des couplets égaux. Ce retour périodique des mêmes consonnances à chaque strophe ou stance, est une loi constamment observée dans les productions de la langue d'oc, et les poètes
Ote-moy la Ballade, ote-moj le Rondeau,
s écriail Vauquelin de la Fresnaje. lançant un arrêt de proscription définitive contre ces vieilles Termes que Marmontel regrettait encore au xviu® siècle.
* Provençal : Miada ; en Italie : ballata, canzone da ballo (chanson à danser).
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du Midi l'enseignèrent de bonne heure à leurs émules de la langue d'oil. Ouvrez les chansons du xui'' siècle ; chez Quesnes de Béthune, chez Thibaut de Champagne, chez le sire de Couci, la stance de huit ou dix vers est déjà complète et régulière. Voici le premier couplet d'une chanson d'amour du sire de Couci :
La doce ^ois del rossignol salvage, Coi (çue fentendt) nuit et Jour contoier et tentir, M'adoucist si le cuer et rassouage Cor ai talent ke chant (çue fai besoin de chanter) por
[esbaudir' Bien doi chanter, puis qu'il vient à plaisir, Celi cui {à celle à gui) j'ai fait de cuer lige homage. Si doi avoir grant joie en mon corage, S'ele me vuet à son oes {ad opui suum^ à son service)
[retenir.
Mais le refrain n'apparaît pas encore dans les chansons du xii* et du xiii* siècle ; ou, s'il se rencontre dans quelques pièces d'Audefroy le Bastard et de Richard Cœur de Lion*, c'est sous la forme d'un vers isolé, qui ne se rattache point par la consonnance finale au reste du couplet.
Enfin, une troisième portion de la Ballade, l'Envoiy cette demi-strophe finale indiquant la destination du poème, se trouve et dans les
* V. Lbrouz db Linct, Rec. des Chants, Hist. de la Fr^, U l•^