‹ Étude sur Eustache des ChampsChapitre 69 sur 77 · LA BALLADB AYANT DES CHAMPS · texte numérisé non relu

LA BALLADB AYANT DES CHAMPS

gle qu'aux autres, par lesquels, les adressant à un prince, ils récapituloient en brief ce qu'ils avoient amplement discouru dedans le corps de leur poème... Servitude certes, que je ne dis géhenne d'esprit admirable » , — ajoute Pasquier, en constatant la décadence du genre depuis le règne d'Henri II — « et cependant ils en sortoient à leur honneur. » Il est certain que le rhythme uniforme et lent du Chant Royal ne vaut pas la savante variété de mètres inaugurée par Ronsard et la Pléiade ; pourtant, cette marche régulière du poème, qui se déroule sur quatre ou cinq rimes heureusement alternées ou redoublées, a de la force et de la majesté sous la main d'un vrai poète ; témoin ce premier couplet de la pièce patriotique composée par Charles d'Orléans en 1445 • pour célébrer la reprise de la Guienne et de la Normandie sur les armées anglaises :

Comment voy-Je les ADglois esbahis !

Resjoys-toy, franc royaume de France !

On apperçoii que de Dieu sont haïs, Puisqu'il n'ont plus couraige ne puissance.

Bien pensoieiit par leur outrecuidance Toy surmonter et tenir en servaige, Et ont tenu à tort ton héritaige :

Mais à présent Dieu pour toy se combat, Et se monstre du tout de ta partie,

' V. Lbroux db Lingy, Bec* de Ch. Eittor.^ t. i^^. Ds8 C. 20

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Leur grant orgueil aDtièrement abat, El t'a rendu Guienne et Normandie.

On ne saurait méconnaître Thannonie de la strophe ainsi conçue : on n'y regrette çue la gêne inutile du refrain au onzième vers.

Le Chant Royal s'était rapproché de la Ballade en lui empruntant son refrain : la Ballade se rapprocha du Chant Royal, lorsqu'elle eut adopté l'usage de l'envoi, dont il avait eu seul d'abord le privilège. Mais pendant qu'il affectait une démarche plus noble, et se laissait affhbler d'un vêtement plus orné, la Ballade garda son allure légère et dansante, souvenir de sa première origine ; elle eut plus d'abandon, de grâce naïve et piquante. Le refrain devint chez elle, à la volonté du « faiseur, » le mot de la tendresse ou du dédain, du badinage ou de l'ironie, de l'apostrophe amère ou du compliment délicat. Contente de ses trois couplets, elle se réserva le droit d'en étendre ou d'en restreindre les proportions, d'employer à son gré les vers de 7, de 8 ou de 10 pieds *, d'al-

* Voici la atance en vers de 7 pieds dan3 Machaut; elle est spirituelle et vive :

Ceuls dieiit qui ont amé

Que vie est (c'est une tie) de ]oi6 pleine ;

Mais quant j'y ay bien pensé.

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tenter les mètres S d'essayer des « tailles • (coupes) nouvelles. C'est ainsi que des Champs apprit de son maître Machaut remploi du vers de 7 ou de 8 pieds, jeté au milieu de la stance pour rompre la monotonie du rhythme ^. Ma-

C'est de tris^ar la fontaine.

Je Tappercoy par Hélaine, Par Tiab4 el Pyramgi, A qui mort en vint soudaine :

Pour ce n'aimeray-je plus. . .

(Man.f p. 17, Bal. d* Amour recreu).

Voici le vers de 10 pieds, formant huitain :

S'il n*esi d'argent ou de joyaux garni.

Celui est fol qui euide avoir amie

Au tems présens, n'estre appelé aml^

Pour bien amer, sans penser vîlanie | -

Car EOB tems pert et folement varie (tréuiU, apiê) ;

Par moy le say, qui bien l'ay esprouvé,

Quant ma Dame m'a dit : Pel^ quoi qu'on die,

ho povres homs ne sera bien amé.

(7d., Bal. des Povres amoureus),

* Voici le vers de 5 pieds alternant avec celui de 7 pieds x

Orques mes cuers ne senti

Si dure dolour, Oom quant je me desparli

De ma douée amouf .

Mais ce me rendi vigour

Qu-eie, vis à vis, Me dit par très-grant douceur :

Adieu, dous amis. . .

Iniia :

Dame, vqus aim de fin loyal corage.

Vous ay amé et ameray tondis.

chaut était peut-être Tinventeur de cette coupe ingénieuse, familière à Froissart comme à des Champs * .

La Ballade révèle parfois chez notre poète un sentiment très-juste de Tharmonie. Ses combinaisons métriques ne sont pas bien savantes ; il ignore la succession des rimes masculines et féminines alternées ^ ; mais il montre dans l'emploi des divers mètres un réel instinct du rhythme. Veut-il aiguiser le trait, il

Se vous avez pris autre en mariage, Doi-je pour ce de vous estie en sus mis,

Et de tous poins en oubli ?

Certes neunil ; car puisque j*ay en mi Cuer si loyal qu'il me saroit meffaire, Vous ne devez vo cuer de moj retraire.

(V. Crépbt, Anthol, Fr,, 1. 1, p. 324).

On trouve un heureux emploi de cette coupe dans la ballade de des Champs sur du Guesclin :

Bstoc d'honeur et arbres de vaillance. . .

(Crap., 27).

* Il convient de citer, parmi les représentants de la Ballade au XIV* siècle, un poète dont le hasard a fait découvrir assez récemment, dans les feuillets d'un manuscrit de la Bibliothèque Nationale, le nom et les œuvres mutilées. Il s'appelait Johaanot de l'Escurel.

(V. Crépet. Anthol. Fr,, 1. 1, p. 316).

' Des Champs toutefois remarque judicieusement que la consûnnance finale ne doit pas toujours porter sur un son fermé : « La Ballade, dit-il, nVn est pas si plaisant ne de si bonne façon *.

(Crap.9 p. 270).

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