LA BALLADE AYANT DBS CHAMPS
de ses voyages * ; celle-là retrace une scène de mœurs villageoises^ un lieu commun de phi-' losophie pratique *. Rien n'autor^e à croire que ces divers poèmes aient été composés en vue des concours de poésie. Les relations de des Champs ne semblent 'pas avoir été bien fréquentes avec les cercles littéraires de son temps ^. Reims ne comptait encore aucune société de ce genre, et quant aux réunions dont il était l'Empereur ou le Prince à Vitry, à Vertus, à Epernay, elles paraissent avoir été, non des cénacles de lettrés, mais bien plutôt des compagnies buveuses et chantantes comme celle qui, au début du xv* siècle, sous le nom de Galants ou de Gales Bon-Temps, se rassemblait à Vire autour du joyeux foulon Olivier Basselin. Peut-être même notre poète tenait-il en médiocre estime les prétentions de ces académies, alors nouvelles, et la ballade où il complimente un certain duc de Poligiéras,
Métrifiani mieux de (çuû) Pitagoras,
* Tarb., I, m.
* Tarb., II, 29.
Des Champs a connu Christine de Pisan, beaucoup plus jeune que lui ; mais les rapports entre eux se bornèrent à une épUre que lui écrivit Christine en 1403, et à laquelle il répondit pa^ une ballade assez faible qu'a citée }A, Tarb^, t. Il, p. 19.
Un fait asses curieux à noter, ce sont leâ relations littéraires de TAngleterre et de ta France au xnr^ aiècle. La situaûon reé-
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qui s'en va porter en Languedoc les lauriers conquis dans les pays d'amour de nie de France, pourrait bien être une raillerie
pective des deux pays amena fréquemment à la cour de Charles V ou de son iils des négociateurs anglais. Go fut ainsi que le poète Chaucer vint en France au commencement de l'année 1377, chargé d*une mission diplomatique. Des Champs dut le voir à celte époque ; quatorze ans plus tard, en 1391 , il adressa au poète déjà célèbre, an grand translateur du Roman de la Rose, une ballade où il se représente lui-même comme un écolier, à cdté de ce Socratê plein de philosophie^ de cet aigle de haut9ol :
pren en gré, lui dit-4lt les euvres d'escholier Que par Clifford de moi avoir pou^s.
Ce Louis de Clifford, Vamoureua Cliford, comme l'appelle ailleurs des Champs, était un de ces chevaliers anglais, fort bien vus à la cour de France, qui passaient à chaque instant la mer, soit pour guerroyer contre nous, suit pour prendre part aux Joutes fastueuses données par le roi, soit pour négocier des trêves ou des traités de paix. l\ paraît avoir vécu dans la familiarité de ces courtisans lettrés et bien disants, auteurs du Livre des Cent Ballades, les Jean de Werchin, les Boucicaut, les Creseques, les Jean de Bordes, les .Regnault de Trie, les Tignonville, et de tant d'autres qu'a nommés des Champs.
G. Chaucer n'a écrit qu'on anglais ; mais son ami et son émule Jean Gower a écrit en français, vers 1330, une suite de ballades amoureuses d'un sentiment assez délicat. Il est curieux de retrouver, de l'autre côté de la Manche, toute la poéUque en usage alors chez nous : lieux communs sur Tamour et sa puissance magique, réminiscences des légendes antiques ou des romans d'aventures, Jason, Ulysse ou Thésée, Lancelot, Tristan ou Partonope, cités en exemple etc. Il y a évidemment certains sujets autour desquels s'est produite, de paît et d'autre, une véritable émulation de galanterie : tel est ce thème poétique de la Marguerite, fleur ou princesseï chantée à la fois par Mâchant (Le Dietde la Marguerite) , par Froissart {Le Dittié de la Margherite) et par Chaucer [The Floure and the Leafe) ; telle est cette fameuse dispute do la Feuille et de la Fleur, symboles de la