‹ Étude sur Eustache des ChampsChapitre 9 sur 77 · LA JEUNESSE DE DF.S CHAMPS · texte numérisé non relu

LA JEUNESSE DE DF.S CHAMPS

cices de la dialectique, il se fit remarquer au premier rang de ceux qui joignaient à la connaissance approfondie des lois la solidité d'argumentation qui fait briller le logicien * .

Il sut cultiver en môme temps d'utiles relations. J'ai, dit-il quelque part, dans une sorte de résumé de sa vie et de ses travaux,

Servi à court de prélat et de rois.

Ces simples mots donnent à penser qu'il eut pour protecteur, et bientôt pour introducteur auprès des princes, un prélat. Une famille, originaire de Champagne, semble avoir, à cette époque, fixé dans son sein, par le mérite et la vertu, les premières dignités ecclésiastiques, les postes les plus considérables où la confiance d'un roi pût élever un sujet. C'est la famille de Dormans. Maître Jean de Dormans, procureur au Parlement de Paris en 1347, put voir deux de ses fils, Jean et Guillaume, le premier évéque de Beauvais et cardinal, se succéder, à peu d'années d'intervalle, dans la

* Au moyen terne, oi fj'e^) la prérogative {sup&iort$/j ; Je su les Lois et les Décrets (droit civil, droit canon) Et soutilment arguer par logique, [entendre]

Et Justement tous yrais Jugemens rendre. . .

(Cbap.. 34.)

charge dp chancelier de France. Un autre membre^ non moî^s illustre, de cette maison, le qus^trième fils de Ouillauwp, Mile^ de Dormans, nous est présenté, dans une ballade consacrée par des Champs à sa mémoire, comme une sorte d'éyéque-soldat, ^sayant, avant la bataille de Rosebecque, d'empêcher Teffasion du sang, puis, Toriflamme déployée, donnant l'absolution * aux soldats de Tarmée française. Chancelier du jeune roi au lendemain même de la mort de son père, élevé à cette dignité par le suffirage unanime des membres du conseil, il avait été le serviteur actif et dévoué du roi Charles V. Son genre de vie, à en croire le rapport de des Champs, tient de l'homme d'église, du grand seigneur, du lettré. Magnifique et fastueux, mais savant et ami des clercs, il traîne après lui l'attirail des riches prélats du temps, meutes, oiseaux chasseurs, chevaux de luxe , dans la grande salle de son hôtel se pressent une foule de chevaliers, d'écuyers,de varlets. Cet équipage le suit à l'étranger;

en Itale {Italit], Nobles gens ot (il eut) tous Jours en sa compaigne, Chiens et oiseauls ; large corn Charlemaigne *,

' Chascuns ressoubs [ahsùtu] fut de coulpe et de peine, Du noble Mile {de la «mûi du)j évesque de Beauvais. * Tarb. I, 99.

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dit notre poète, qui représente ici au naturel ce pèle-méle un peu étrange de bêtes et de gens. Des Champs parle en connaissance de cause de ces voyages au-delà des monts, que le mariage de Jean Galéas Visconti, duc de Milan, avec Isabelle de France, fiUe du roi Jean le Bon, avait rendus fréquents depuis 1360 ; la princesse avait apporté en dot à son mari le territoire de Vertus, érigé pour elle en comté. Miles de Dormans fiit chargé par le roi Charles Y de plus d'une mission diplomatique en Lombardie ; et des Champs lut désigné peut-être à son tour, en raison de ses connaissances spéciales^ et sur la recommandation du prélat * , son compatriote et son protecteur, comme intermédiaire entre la suzeraine et ses vassaux du comté de Vertus. En tout cas il compte

^ UéT^ue de Beauvais aVait sans doute trouvé des Champs occupé i suivre* pour oompléter toq iastruction de légiste, les assises des bailÛnges de l'Ile-de-France. Les étudiants qui «e destinaient à la profession d'hommes de lois étaient obligés « avant d'oser un mot sonner », comme dit notre po^te, d'aller • écouter trois ou quatre ans »

En parlement ou es assises.

Pour la pratique, pour les guises {eoutwnei)

Savoir, aussi l'expérience

Qui est maistresse de science..* {Mit» iu Mar» Ruhr. i2}.

C'est ainsi que le jeune avocat, que le futur magistrat se formait à la pratique des affaires et aux détails de la procédure. Après ce stage, il pouvait aspirer à être « coustumier tenu •.

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parmi ses titres, rhonneur d'avoir servi le duchesse de Milan. Vers le même temps, le frère puîné de Jean le Bon, le duc Philippe d'Orléans, mort en 1372, et la duchesse Blanche de Bourbon, sa femme, l'admettaient au nombre des officiers de leur maison*.

Ce fut à cette époque (1367 à 1372), qu'il remplit les fonctions de messager du roi, portant, comme il dit « la boîte aux lettres », c'està-dire les dépêches royales. Charles V, en poétique habile, n'agissait pas moins par la plume de ses clercs que par Tépée de son connétable; il cherchait partout des alliances contre l'Anglais, en Italie, en Allemagne auprès de l'empereur, en Hongrie même et en Pologne. Il avait des messagers sur toutes les routes. Des Champs fut du nombre de ces envoyés discrets, fidèles, clairvoyants surtout, et capables de rapporter de leur séjour à la cour des princes une foule d'informations précises. C'est une période de promenades, de chevauchées, d'aventures, et parfois de périls, qui

* Dans une sappli^e au roi Charles VI, on lit :

Au Roi supplie Eustaces hnmblemeut

Que comme il ait [attendu guU a) votre père servi . • .

Et vostre tante en Lombardie aussi.

Duc, duchesse d'Orliens autressi. . . (Crap.. 41).

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