‹ Étude sur Gaius et sur quelques difficultés relatives aux sources du droit romainChapitre 2 sur 14 · Quel était le nom de Gaius. — 3. Orthographe de ce nom · texte numérisé non relu

Quel était le nom de Gaius. — 3. Orthographe de ce nom

2. — La vie de Gaius, son caractère, quelquesuns de ses ouvrages, sont entourés d'une grande obscurité et, sur un certain nombre de points, on en est réduit à des conjectures. Aussi les auteurs qui se sont occupés de la vie de Gaius et de ses travaux, sont-ils loin de s'entendre.

Ainsi, le nom même de Gaius a soulevé des controverses. Avant de les aborder et pour les comprendre, il est nécessaire de rappeler comment à Rome on désignait les personnes, plus spécialement les citoyens romains.

En général, tout citoyen portait un nom de famille, précédé du prénom et suivi du surnom. Propria liberi, disait Quintilien, ' quod nemo habet nisi liber, prœnomen,nomen, cognomen. Le prénom désignait l'individu qui le portait, le nom indiquait

1 institut ion es oratoriœ, VII. 3, 27.

0 ÉTUDE SUR (iAIUS.

de quelle r&ce( gens) i\ était issu ,1e surnom, à quelle

famille il appartenait. Quelquefois le prénom, le nom et le surnom, étaient suivis d'un quatrième élément, Vagnomen « : Species propriorum nominum quatuor simt: prsenpmen, nornen, cognomen, agnomen. Pr&nomen dicitureo, quodnominiprœpouatur, ut Luciusf Quintus. Nomen vocatum, quia notât genus, ut Cornélius. Comelii enim omnes in eo génère rocantur. Cognomen, quia nomini con/ungitur, ut Scipio «(/nomen rero quasi accidens nomen, ut Metellus Creticus, quia Cretam subegit.Extrinseeus enint renit agnomen ah aligna ratione. Cognomenturn autem vulyo dictum est eo, quod nomiui cognitionis causa superadjiciatur, sire quod cum cognomine est. '

Le prénom placé le premier s'écrivait en abrégé avec une, deux ou trois lettres. A = Au lus ; C = Caius; D = Decimus; K = Kaeso; L=Lucius; M = Marcius; M =z Manius; N = Numerius; P = Publius; Q = Quintus; T = Titus ; Ap. = Appius Cn. = Cneius ; Sp. = Spurius ; Ma m. =r Mamercus ; Ser.= Servins; Sex*=Sex\iu&jeic.h1 agnomen était une sorte de surnom par lequel on désignait certaines personnes qui s'étaient fait remarquer par une particularité. Ainsi Q. Fabius Maximus avait été surnommé cunctator parce qu'il s'était illustré par sa tactique de temporisation. Vairon estimait qu'il y avait environ mille noms de famille

» Isid. Hispal., Orig.. I, VI, 3-4, p. 21, t. III des Cramm. do Lindemunn, éd. Otto,

et une trentaine de prénoms dont nous avons donné les plus fréquents et parmi lesquels il faut citer Caius ou Gains. 1

Arrivons maintenant à notre jurisconsulte et abordons les difficultés qu'a soulevées son nom

Ces difficultés proviennent de ce que Gaius n'est jamais cité, du moins sous ce nom, par ses contemporains, car, nous le verrons plus loin, dans la loi o9, Soluto matrimonio (D. 24, 3), dans la loi 78, De solutîoniôus (46, 3>, et dans la loi 39, De stipulatione servorum (45, 3), il ne s'agit pas du Gaius dont nous nous occupons, mais de Gaius Cassius Longinus, contemporain de Vespasien, qui a donné son nom aux Cassiens et dont les ouvrages n'ont pas été emplovés pour la compilation des Pandectes. 2 Et cependant, si les jurisconsultes classiques ne désignent jamais Gains sous ce nom, il parait certain qu'Llpien Ta connu et a même profité de ses travaux : ainsi, dans les fragments d'UJpien, on trouve des textes qui ont une analogie frappante avec ceux des Institutes de Gaius et qui semblent leur avoir été empruntés. Certains auteurs en ont conclu que Gaius est un prénom et

1 Sur les surnoms des Romains, on pourra consulter avec fruit le travail de Ellendt, De cognnmine et agnomine romano. Kôoigsberg, 1853. Voyez encore sur les noms des Romains Guardia et Wierzeyski, Grammaire de la langue latine, Appendice E.

2 C'est de ce jurisconsulte qu'il est parlé dans Gaius, Coin. II, g 79. 195, 244; III, g 71, 133, 140, 161 ; IV, 79, 114. — Pline, Epis. VII, 24. - Tacite, Annales : XIII, 41, 48; XIV, 23; XVI, 7, 9.

8 ETUDE suit GAIUS.

que notre jurisconsulte avait <'n outre un nomen sous lequel ses contemporains l<" citaient ; plus tard un aurait perdu l'habitude d'employer ce nomen et on ne l'aurait plus désigné que par son prénom. '

D'autres expliquent différemment la disparition du nomen de notre jurisconsulte : ils l'attribuent à ses élèves. Los étudiants qui suivaient les leçons de (iaius auraient nommé habituellement leur maître par son prénom comme un ami nomme son ami. ■

Mais ce procédé n'aurait pu être employé par les étudiants qn'autant que de son vivant Ciaius aurait déjà joui de la réputation d'un grand jurisconsulte. Or, le contraire parait établi : (iaius est resté à peu près ignoré de son temps et sa réputation n'a commencé à naître qu'après sa mort.

Mais, pour le moment, supposons, avec les partisans de cette première opinion, que (iaius soit un simple prénom ; quel était alors le nom de famille de ce jurisconsulte ?

Nouvelles divergences sur ce point. Les uns avouent qu'on ne le connaît pas. D'autres prétendent que (iaius s'appelait Bassus ; mais comme on

1 Puchta, Instituten s 90. — RudorfT, Rômische Uechisgeschiçhte, éd. de 1857, I, § 08. — Hugo, Lehrbuch des rûmischen Rechts, éd.de 1826, p.804.—Voy. aussi Incerti auntoris, De prœneminibus, uomitrihus, cognominibus, en appendice aux œuvres de Valère -Maxime, Leipsig, p. 186.

2 Dernburg, Die Institutioncn des Gaius, p. 97. — Padeletti, Del nome di Gaio giureconsulto, dans VArchivio giuriiicof année 1*7'». XIII, p. 3Ji.

ne trouve dans tous les écrits des anciens qu'un Gabius Bassius cité par Aulu-Gelle * et par Macrobe,2 il faut bien reconnaître que cette conjecture est tout à fait arbitraire.3

Cujas pense que Gaius ne portait pas d'autres noms, et que même son nom était celui d'un esclave. '*

Un certain nombre d'auteurs admettent que Gaius était un nomen. Sans doute, à l'époque de la République, Gaius est un simple prénom, mais il parait que ce prénom est ensuite devenu un nomen sous l'Empire.

D'ailleurs le jurisconsulte Gaius, comme nous le verrons plus loin, a exercé son activité scientifique en Orient, et dans cette partie de l'empire, il était d'usage de ne désigner les personnes, même les Romains, que par un seul nom. 5 Si Gaius n'était pas un citoyen romain, mais peregrinus, (ce que j'essayerai d'établir), l'emploi d'un seul nom pour le désigner est encore plus naturel ; c'est ainsi que les Grecs étaient toujours dénommés. 6 Mais Gaius peregrinus n'a jamais acquis la

1 Xuits attiques, II, 4.

2 Saturnales, I, y.

3 Cpr. Puchta, loc. cit.

* Com. ad. Coil., Tit. De operù libcvt. éd. Paris, IX, p.

B Mornmsen. Die / vmischen Eigcnnahmen dans le Jarhi buch des gemeinen deutscken Hechts. p. 18 i.

''' Bremer, Op. cit., p. 80. — Pauly, Realà Encyclopédie, \o nomen. — Voy. aussi Antonius Augustinus, Opéra omnio, I,p. 231, De nominibus jurisconsultorum. Lucques, 1765.

10 ETUDE sur (i.vius.

cité romaine, car autrement il aurait pris le prénom et le nom de celui qui la lui aurait concédée, ou tout au moins de la personne par L'entremise

do laquelle il aurait obtenu cette faveur. ' A plus forte raison, (laïus n'était-il pas un affranchi, car les esclaves parvenus à la liberté portaient, comme les peregrini arrivés à la cité romaine, deux noms: ils ajoutaient le nom de leur patron qui les avait affranchis. ■

Dans une troisième opinion, on enseigne que Gaius n'est pas un prœnomen ni un nomen, mais un coejnomen. Cette opinion a été surtout développée de nos jours par le professeur Gattaneo, dans un intéressant travail où ont été reproduites toutes les conjectures les plus récentes soulevées par le nom que porte notre jurisconsulte. '' On fait remarquer, à l'appui de cette conjecture, que sous L'empire, il était d'usage de désigner les personnes bien plutôt par le cu<jnomt>n que par le nomen ; c'est ainsi qu'au troisième siècle on cite les consuls. ; Certains jurisconsultes romains sont connus par leur prsenomen el leur cognomen :

1 Cpr. Cicéron, Verres, IV. 17, 37. — Gicéron, Ad famil., XIII, 36. — Dion Cassius, LX, 17.

i Connan enseigne à tort le contraire : (ira. -us luit Mil grece doctissimus : neque ei pra>nomen Mit eognomêfl adsoribitur quod probet argutnentuni fuisse eum D&tio&e extraneuin atque etiam servum postea manumissum (Commentarii juris avilis, p, 87. Paris, L5Ô3.)

1 Del nome di Gaio il giureeotisulto romano del II seeolo dell ira volijare, article publie dans les liendieotiti del Instituto Lombard», léfie II, roL XIV, faseitule 10-11.

4 Mnnmisen, Corpus inscrifitiomim lutinarum, III, p. U|3,

Salvius Julianus, Emilius Papinianus, Julius Paulus, Eronnius Modestinus.

La plupart ne sont désignés, comme Gaius, que par une seule indication et celle-ci est faite au moven de leur cognomen : Atilicinus, Fufidius, Pegasius, Minucius, Tuscianus, Callistratus, Florentinus, ïertulianus, etc. Enfin il est certain que dans une inscription de l'ère vulgaire de l'an 235, le nom de Gaius apparaît comme un cognomen et non pas comme un nomen. '

Cette troisième conjecture ne manquerait pas d'une certaine vraisemblance si l'on établissait au préalable que Gaius était un jurisconsulte citoyen romain qui serait né et aurait enseigné à Rome. Mais cette preuve n'est certes pas faite, même depuis les travaux de lluscbke et de Dernburg. 2

Nous persistons à croire avec Mommsen que Gaius était un jurisconsulte provincial et qu'il était bien connu sous son véritable nom : Gaius n'est pas un cognomen, encore moins un prœnomen.

Aussi le nom de Gaius a-t-il toujours été écrit en entier et non en abrégé par la seule initiale, comme l'étaient habituellement les prénoms. J'ajouterai que si Gaius avait porté un autre nom, il serait bien étonnant qu'il fût tombé dans l'oubli et

1 Mommsen, Corpusinscrijitionum latinarum, III, Ire partie, no 870.

- Voir la préface de Huschke qui précède les Institutes de Gaius dans sa Giurisprudentia aiitejustinianea, — Dçraburg, Die Itistitutivnen d<:s Gaius, p. 80.

que si ce nom avait encore été connu du temps de Justinien, cet empereur n'aurait pas manqué de le relever. i

Mais, après avoir établi que Gaius est le nom de famille de notre jurisconsulte, nous n'irons pas plus loin et nous n'aurons pas l'audace de suivre ceux qui prétendent retrouver le prénom de Gaius. Ainsi, au siècle dernier, Bach soutenait que notre jurisconsulte avait reçu le prénom de Titus. 2 M eermann 3 avait d'abord combattu cette opinion et il avait essayé de prouver que ce prénom avait été donné à tort par des éditeurs de l'abrégé des Institules que l'on possédait seul à cette époque. Mais, plus tard, il rétracta cette opinion dans une note, en présence d'un fait qui lui fut révélé le 18 septembre 1745, dans un voyage à Wurtzbourg. On lui montra, à la bibliothèque de cette ville, l'un des plus anciens manuscrits contenant le Gode Théodosien et d'autres écrits de jurisconsultes romains : or, dans ce manuscrit, Gaius est désigné sous les noms de Titus Gaius. Gomme ce manuscrit est du sixième siècle, il faut bien en conclure, ou que Gaius s'appelait effectivement Titus, ou que l'erreur sur son prénom remonte aux temps les plus éloignés ; c'est en faveur de cette dernière conjecture que Meermann se prononce. De nos jours la question a été reprise par Hsenel, et de

1 Schweppe, Bômische Rechtsgeschichte, éd. 1832, §90.

2 Historiajuris Romani, Lib. III, cap. 2, sect. 5, § 14.

3 Specim. Animadv. critic. in Caii Inst. dans son Thésaurus, tome VII, p. 675.

ses recherches, il est résulté que le mot Titus avait été pris pour le mot tituli qui est en abrégé dans le manuscrit. Le Codex porte en effet : « Explicit liber Novellamm. Incipiunt tituli legum Caii, » et ensuite on lit :

« Tit. I. Caii Institutionum liber Primus, » ce qui signifie, d'après Hamel, tituli Gaii, et non pas Titi Caii. ' Cette conjecture avait été émise déjà par Meermann, qui l'avait ensuite rétractée à la vue du manuscrit, pour adopter celle que nous avons fait connaître ; aussi cette question n'est-elle peutêtre pas encore définitivement jugée. 2

3. — On n'a pas été moins embarrassé autrefois sur l'orthographe du mot Gai us. L'accord semble établi aujourd'hui sur ce point, mais de nouvelles difficultés surgissent lorsqu'il s'agit de déterminer

1 Cpr. Hœnel, Lex romana Visigothorum. Lios., 1849. p. XLV et 314. — Huschke, Jurisp. antej., 2« édiL 1867. p. 82.

2 Le nom de Titus Gaius n'était pas rare chez les Romains. M. Borghesi a lu à l'Académie de Simpermenicade Sarignano (le 7 août 1801) un mémoire sur une inscription sépulcrale d'un soldat qui s'appelait Titus Gaius. [Dissertax-ione sopra il titolo sepolcrale di Tito Gajo eminente soldato délia flotta di Ravtnnanel dietro délia cui lapide fu inciso il falso plebiscito del Pisciatello col quale si presunse di assicurare a quel f'iumicello il nome di Rubicone é stabilire iatitico confine dltalia.) Ce mémoire, resté à l'état de manuscrit, est probablement perdu. Il n'existe pas dans les archives de l'Académie de Siinpermenica de Sarignano à laquelle il a été lu. — Cpr : publication des œuvres complètes de Uartholomco Borghesi ; 3e rapport du secrétaire de la commission fait à son Kxcllence le Maréchal, ministre de la maison de l'Empereur

t des Beaux-Arts, p. 97.

l'étymologie et l'origine de ce mot. Le manuscrit de Vérone ne contient pas le nom de notre jurisconsulte ni le titre de l'ouvrage qu'il renferme ; ce sont là des lacunes regrettables. Les Pandectes llorentines et la plupart des manuscrits du bréviaire d'Àlaric écrivent Gaius avec un G. Toutefois, à l'origine, on employait la lettre C à la place du G et la prononciation était dure. Plus tard cette prononciation s'adoucit, mais on n'en continua pas moins à écrire en général notre mot avec un C ' « Quid? Qnœ scribuntur aliter qnam enuntiantur ? Nam et Gaius C littera notatur, ne Gneus eam litteram in prœnominis nota accipit qua sénat. »2 Enfin on finit par écrire le mot de Gaius comme on le prononçait, c'est-à-dire avec un G. C'est avec cette orthographe que nous le relevons dans le monument d'Ancyre : Filios meos quos sinistra fortuna mihi eripuit, eorum Gaium et Liicium Cœsares (Tab. II, in fine). Tandem gentem postea insurgentem et rebellantem domitam per Gaium filium meum... (Tab. V). ;i

1 Le G n'est graphiquement qu'une modification du 61. A l'époque des décemvirs, le C était encore seul connu et son usag-e se conserva longtemps encore après l'invention du G.— Gpr. Guardia et Wierzevski, Grammaire de la latigne latine, § 7 et 37.

2 Quintilien, Inst. orat. lib. \, cap. 7. — Gpr. Terrasson, Histoire de la jurisprudence romaine. — Hugo, Histoire du droit romain, § 329. — Schweppe, op. cit., § 90.

3 Cpr. Mommsen, Unterilalien. Dialc'îten, p. 33. — Zell, Handbuch der romischen Ejn'graphie, n° 1740. — Corssen, Ueber Aussprache. Vokalismus und Betonung der lateinischen Sprache, vol. I, p. 8 et suiv. — M, Vulerii Probi, De jaris

Dans une ancienne forme d'orthographe, on écrivait le mot Gaius en redoublant Yi : Nam solebâtit... non solum in principio sed etiam in fine sillabœ ponere i loco consonantis, idque in vetnstissimis inventes script uns, quotiens inter duos vocales ponitur, ut eiius, Ponpeiius, Vu l teints, Gaiius. ' Enfin, la forme la plus primitive de notre mot semble avoir été Gavius. 2 Suivant M. Mommsen, ce mot Gavius viendrait de l'osque gaaviis. On aurait ensuite fait tomber le v pour faciliter la prononciation. a

Le nom de Gaius ne s'est perdu que fort tard ; il était encore employé au moyen âge. *

Mommsen reproduit l'élymologie des anciens qui fait venir le mot Gaius de gaudere, gavisus : ;i

civilisnoiarumsignificationc commentarius. dans la jurisprudentia antejustinianea de Huschke. — Schneider, Ausfukrlicke verbesserte Grammat. der lateinischën Sprache, vol. 1., p. 234. — Mommsen dans V Hermès, Zéitschrift liir classische Philologie, vol. 2, 1867, p. 119.

1 Priscianus, dans Keil. II, p. 307.

2 Auhi-Gelle (V, 7.) parle d'un Gavius Bassus.

■ Mommsen,Unteritalien Dialekten, p. 254. — Gorssen, Ucber Ausspraehe, Yokalismus und Betonung der lateinischën Sprache, I, p. 316 et II, p. 766. — Quant à la forme, Kaius (avec un K), elle est manifestement erronée (Corssen op. cit., I, p. 79.)

4 Voyez le Purgatoire de Dante, chant XVI, vers 140. — Voy. aussi sur Gaiano, employé comme nom géographique, dans les actes de l'Académie des sciences de Turin, t. X, p. 89, un mémoire du professeur Fiecchia, sut nomi locali del napoletano, derivati da gentiliù italici,

3 Die romischen Eigennamen, p. 165, note 2 et p. 197. — Vovez aussi son article intitulé Die unteritalien Dialekten, p. 28.

Gaii indicantur dicti a gaudio parentum. Mais celte étvmologie, comme la plupart de celles des anciens, nous parait tout à fait approximative et de fantaisie. '

A notre avis, Gaius est un mot dont la racine remonte au sanscrit et se retrouve dans toutes les langues européennes : latines, germaniques, ou autres et avec le même sens, celui de mari. C'est ainsi que dans la vieille formule du mariage par confarreatio on retrouve ce mot : ibi ta Gains, ego Gala. ' Le sanscrit ganitar correspond au grec y?) contracté pour yaLioL et au latin genitor ; la racine commune est gé, c'est-à-dire la terre considérée comme le reproducteur par excellence.

1 Guarda et. Wierzeyski, Grammaire de la langue latine, Appendice E.

- Bopp, Glossanum. Pars prior, p. 147 B, bos operarius — Cpr. Rossbach, Die romische Eke, p. 352. — Corssen, Ueber Ausspraehe, Vokalismus und Betonung der lateinischen Sprae'ne, vol. 1, p. 79 et p. 436 note. D'après ces deux derniers auteurs, le sens de la racine du mut Gaius serait fils, engendré.

Vie du jurisconsulte G-aius.

A. A quelle époque vivait Gaius ? -- 5. Est-il né à Rome ou dans une province et particulièrement en Asie ? — 6. Gaius a reçu une éducation essentiellement grecque. — 7. Gaius vécut loin de Rome. — S. Le droit des peregrini dans les Institutes. — 9. Lieu où vécut et enseigna Gaius. - 10. Jurisconsultes romains venus ù Rome.

4. — Toutes les difficultés relatives au nom de Gaius proviennent de ce que ses contemporains ne parlent jamais de lui. C'est aussi pour le même motif qu'on a longtemps discuté sur l'époque à laquelle vivait notre jurisconsulte. Aujourd'hui, on est à peu près d'accord sur ce point.

Parmi les anciens romanistes, quelques-uns ont émis les opinions les plus bizarres. ' Les uns ont prétendu que Gaius vivait sous le règne de Dioclétien; telle est l'opinion de Marcilius2; d'autres, au contraire, s'appuyant sur ce que Justinien appelle notre jurisconsulte Gaius noster, l'ont fait vivre sous cet empereur; c'est ce que soutenaient, com-

1 Schultingjdans lnJurisprudentia vêtus, rapporte et discute ces diverses opinions.

5 Ad§ 6. Prœm. In st.

me nous l'apprend Heineccius, Antoine Yacca et Hottmann l. D'autres encore, ont fait observer que le mérite de Gaius n'est pas inférieur à celui d'Ulpien, de Papinien, de Paul, de Modestin ; ils en ont conclu qu'il était leur contemporain, et qu'il vivait sous le règne d'Antonin Caracalla, Cette dernière conjecture, avancée autrefois par Jacques Raevardo 2 a même été reproduite par Hugo 5 ; mais elle a été victorieusement réfutée par Dittmar ;, et Hugo lui-même paraît avoir reconnu plus tard, dans les dernières éditions de son histoire (§ 329), que Gaius vivait sous Antonin le Pieux et Marc-Aurèle.

Il est, en effet, certain aujourd'hui que Gaius était déjà mort à l'époque d'Antonin Caracalla (année 211 à 217) ; et, à plus forte raison, sous Dioclétien (années 284 à 305). Gaius vivait sous Antonin le Pieux (années 138 à 161) et sous Marc- Aurèle (161 à 180) : cela résulte hien clairement d'un certain nombre de passages de ses écrits. Ainsi, les jurisconsultes appellent le plus souvent Divus tout empereur décédé et déclaré Divas par le Sénat : Gaius nous en donne lui-même la preuve dans ses Institutes/ Or, dans ce même ouvrage,

1 Heineccius. Hist jur. rom. § 312.

2 Conject. III. 3.

3 Civ. Magaz. II, 3, 358 a 378, et Hist. du Droit rom. §

4 De nomine, œtate, studiis ac scriptis Gaji. Sp. I. Lips. 1820,

5 Cpr.: pour Claude, I, § 62 ; pour Vespasien, I, § 85 ; pour Trajan, III, § 72 ; pour Adrien, I, § 30, 55, 73, 77, 80, 81,84,

il cite Anlonin sans l'appeler Divus l, sauf une seule fois 2 et probablement parce qu'à ce moment Antonin venait de mourir.

Gaius vivait donc sous Antonin le Pieux ; mais il écrivit aussi sous le règne suivant, celui de Marc- Aurèle.

Dans la L. 9, en effet, au Digeste, ad senatusconsultutn Tertullianum, 38, 17, Gaius nous dît, en parlant du sénatus-consulte Orpbitien : « sacratisiimi principes nostri oratlone cavetur, » et reliq. Ces mots font bien allusion à l'empereur qui règne actuellement ; or, c'est l'empereur Marc-Aurèle qui proposa le sénatus-consulte Orphitien au Sénat.3 Ce sénatus-consulte fut rendu en l'an 178, deux ans avant la mort de Marc-Aurèle. Gaius publia encore, après cette époque, différents ouvrages, notamment son Commentaire sur l'édit Provincial4 ; on en a conclu, avec raison, qu'il

92,93,94,115a; II, 143,163,221,280, 285,287; 111,73, 121, 122. C'est donc bien une règle arrêtée chez les jurisconsultes romains de réserver le nom de Divus aux empereurs qui ont régné ; s'ils omettent quelquefois de leur donner ce nom, c'est par hasard (cpr. Gaius I, § 53, 74, {02; II, | 120 et 126). Cependant Gaius ne cite Néron qu'une fois, et c'est peut-être avec intention qu'il lui refuse le nom de Divus (II, § 197).

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