‹ Étude sur Georges MichelChapitre 17 sur 123 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

« N° 658 : Paysage par M. Michel; un peu sec.

« N° 660 : Paysage par M. Michel; encore un peu sec 1 . »

C’est aussi une critique assez sèche; mais il ne faut peut-être pas la prendre comme un jugement sans appel, car la mode était alors à Valenciennes et à Bidault, et le critique ne manque pas d’admirer le premier en ces termes : « Vue de la Grèce, joli tableau bien composé, bien peint, paysage agréable, du vrai et beaucoup d’effet; un style poussinesque ! » A un autre : « Du piquant et du moelleux! »

« Bidault est un peintre fécond en beaux détails, d’une composition grande et pittoresque, la touche légère et facile, le coloris harmonieux et vrai. »

C’est en comparant les diverses pensées du critique qu'on peut se faire un jugement de son autorité, qui est évidemment partiale pour l’art classique et trop froide sur ces peintres de nature pittoresque qui, comme Michel, s’inspiraient des Flamands. En effet, Chéry trouve à Bruandet « une touche monotone, un peu sèche, de la vérité et un ton vrai. » Et à Eschard, peintre français qui s’inspirait des peintres de la Hollande et qui nous a laissé de très bons dessins à la gouache et au bistre, « peu de couleur, peu d’effet, le ciel froid, un talent qui papillote, et on y voit cependant des choses agréables; » et, plus loin, « un charmant pinceau, un charmant coloris. » On faisait de la critique à peu de frais.

Toutefois, l’analyse de Chéry est intéressante; elle nous indique au moins que Michel était peu remarqué, à une époque où la précision était admirée jusqu’à la minutie et la sécheresse, et au moment où notre peintre devait certainement sacrifier à la préoccupation de son temps.

11 faut dire aussi que les journaux du temps se plaisent à entretenir leurs lecteurs des tableaux à effet, des scènes de circonstance, des traits de l’histoire romaine ou de Lacédémone ; mais le paysage, les motifs purement agrestes y sont assez

(1) Voir Y Appendice.

dédaignés. Le paysage était peu goûté, si on en juge par les « Lettres critiques et philosophiques du Salon de 1791, » où un anonyme plein de suffisance publiait ce passage : « Je ne vous dis rien du paysage, c’est un genre qu’on ne devrait pas traiter, où il faudrait des tables grandes comme l’espace pour en exprimer les vérités, je m’en rapporte en cela à l'homme de la nature; quand on lui dirait que les quinze lieues d'horizon qu’il voit de sa chambre, le ciel, les montagnes, les fleuves, les mers, les chênes qui l’environnent sont renfermés dans six pouces carrés, je crois que la réponse serait un gros éclat de rire, s’il ne prenait pas un bâton. »

Ce critique a été bien inspiré de se cacher sous le voile de 1 anonyme, après avoir écrit de tels barbarismes. Cependant il fait toucher à la maladie du temps, à cette emphase qui jetait l’art dans les sujets anecdotiques et dans les effets de théâtre; la littérature était la grande inspiratrice.

11 est donc probable que Michel fut peu remarqué, à ce Salon; son talent était encore jeune et compassé, et n’avait pas encore acquis cette solidité d’exécution qui plus tard dépassa tous ses contemporains. 11 devait se borner à pasticher Demarne, à imiter Jacques Ruysdaél et à collaborer avec Swebach.

En 1793, il y eut un Salon. Nous le constatons dans la « Description des ouvrages de peinture , sculpture, architecture, exposés au sallon (sic) du Louvre par les artistes composant la Commune générale des arts, le 10 Août 17 g3, Van II de la République française une et indivisible. »

Le livret nous signale de Michel :

« N° 3. Un paysage, vue de Suisse.

« Nu 71 . Deux paysages, le premier représentant une femme à cheval, prête à passer l’eau.

« N° 275. Paysage, vue de Suisse. 22 pouces de haut sur 28 de large.

« N" 314. Paysage avec figures. »

Bruandet y a six tableaux ou intérieurs de forêt, dont un de

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