‹ Étude sur Georges MichelChapitre 19 sur 123 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

« 3o6. Intérieur de cour champêtre, et un autre paysage sous le même numéro. »

Même silence des critiques de l’an VI et de l’an VII (1798) , ou difficulté extrême de trouver les rares publications qui s’occupent de ce Salon en l’année qui allait voir disparaître le Directoire et surgir le Consulat (1).

Au Salon de 1799, fin de l’an VII et commencement de l’an VIII, Michel n’expose pas, tandis que Demarne, revenu à ses grandes routes, à ses moissons , à ses vendanges, à une touchante scène de marine, « où l’on voit un chien qui pleure « son maître, » y envoie sept toiles, et Swebach, qui se faisait aider par Michel, trois tableaux.

C’est le moment où la politique fait trêve sous le gouvernement des Consuls et où les critiques renaissent et se préparent à la grande exposition de 1800, qui ferme le dix-huitième siècle et va voir se déployer dans toutes leurs forces Prud’hon, Gros, Gérard, Guérin et leurs disciples.

Michel fut sans doute ébloui ou découragé par ce nouvel art des temps historiques, lui, le bon Flamand des barrières -, sa raison populaire se dit sans doute qu’il ne pouvait suivre ce brillant mouvement, et que le moment était venu pour lui de se mettre à l’écart.

A partir du Salon de l’an VII, nous voyons un intervalle dans les expositions de Michel-, en l’an VIII comme en l’an IX (1799) il ne paraît pas, de même qu’aux Salons de l’an X et de l’an XII (1802 et 1804) qui lui succédèrent.

Peut-être fut-il blessé des critiques sommaires et dédaigneuses de son confrère Chéri; peut-être cette époque fut-elle le commencement de ses travaux importants de restauration au Musée du Louvre, où il fut longtemps employé, ou collabora-t-il lon-

(1) Nous n’avons pu nous procurer le seul ouvrage de critique dans lequel Michel eût peut-être eu la chance detre cité : Examen des tableaux du Salon de l an I / et de l'an VII, par Chaussard... Quant au Journal de Paris , tout à fait livré aux examens littéraires de Landon et de Mercier, il ne devait faire nulle attention au pauvre Michel.

guement avec De marne, Swebach, Taunay ou Duval , qui l’appelaient souvent à leur aide pour le paysage. Les leçons furent aussi une grande occupation de sa vie.

Peut-être commença-t-il l’ère des Refusés qui devait prendre plus tard une importance cruelle sur tous ceux qui se présentaient en inventeurs et en artistes de race. Mais le Jury, en ce temps, était souverain, et rien ne transpirait de ses décisions, comme il ne venait à l’idée d’aucune victime de s’y soustraire ou de s’en plaindre publiquement.

C’est en 1806 que Michel réapparaît par « un paysage. »

Puis, en 1808, « un paysage temps de pluie. »

En 1812, « plusieurs paysages, même numéro. »

1814, « un paysage. » C’était le moment où l’opinion revenait au paysage-, la critique demandait un concours et un prix de Rome pour ce genre de peinture, et une place à l’Académie pour un artiste paysagiste. Michallon et Watelet apparaissaient !

Cette année clôt les expositions de Michel. Les livrets des Salons qui suivent n’en portent plus trace. Nous savons cependant qu’il y envoya des ouvrages jusqu’en 1823, qui fut le temps de sa retraite du monde. 11 dut subir l’humiliation des refus, car c’était l’âge où Michel devenait téméraire et où l’art académique imposait aux artistes sa discipline et son autorité.

Quant aux critiques ou allusions au talent de Michel à cette époque, il n’en est pas question. Michel ne pouvait exciter aucune attention, alors qu’on se délectait aux ouvrages d’une école qui se croyait poussinesque.

On devait, en effet, trouver fort mal élevées les recherches de l’artiste sur le sol flamand et les tentatives d’émancipation qu'il préparait à son insu.

Les travaux de Michel sont à peu près impossibles à reconnaître aux Salons. Rien ne nous donne un point de repère à cause du laconisme de ses désignations. Aucune tradition n’en révèle la trace, aucun amateur n’en fournit le souvenir, aucun critique n’en signale la valeur.

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