CHAPITRE V
en pleine liberté et enfante toutes les étrangetés que sa vision lui suscite.
11 est encore une nature de travail qu'il serait utile d’examiner chez Michel : c’est celle de copiste des maîtres flamands et hollandais, qu’il aima avec passion, et ses travaux de restauration sur les tableaux de ces divers maîtres. Mais nous laissons de côté cette œuvre, un peu subalterne, pour ne nous occuper que de ses créations.
Sa première manière, celle où il travailla pour les Salons nationaux, est, nous le répétons, difficile à fixer, parce que nous n'avons pas de témoignage indiscutable de ses envois aux expositions.
Dans les journaux et critiques du temps, nous n’avons trouvé que de rares mentions de ses travaux.
D'un autre côté, si nous constatons avec précision la liste des ouvrages exposés par l’artiste, nous ne sommes que médiocrement éclairés, en lisant aux livrets officiels les mentions et titres de ses tableaux qui sont d’un laconisme trop obscur pour nous conduire sur la piste d’un classement certain. Les signalements de ses peintures se bornent à des désignations sommaires, telles que Paysage , Vue de Suisse , Marche d'animaux, etc., etc.; désignations qu’on peut appliquer à presque tous les ouvrages exécutés par l’artiste dans le cours de sa longue carrière.
L’époque des Salons nous paraît être celle où il se prit à peindre, avec une grande minutie, une série de petits tableaux qui ne se recommandent que par leur préciosité , par la finesse de la touche et par une façon de pasticher les petits maîtres flamands du dix-huitième siècle, qui prenaient fin dans leur dernier représentant, Demarne, que l’opinion publique exaltait alors.
Dans cette série de petits tableaux de métier, presque tous peints sur panneaux de voiture ou sur cuivre, Michel déploie toute son application de jeunesse; il débute, comme presque tous les artistes d’avenir, par l’imitation, par l’application et par la conscience. Il
n’en a jamais fait assez pour se satisfaire. La conception de l’œuvre, faible en elle-même, est petite et de convention-, mais elle se rachète par une religion des maîtres, par un idéal qui a son culte dans Jacob Ruysdaël. Son premier âge est celui du respect et de la docilité ; c’est ainsi qu’ont débuté bien des maîtres, par des gymnastiques de patience et par une volonté exagérée pour produire des imitations de morceaux, plutôt que pour embrasser des ensembles.
Les tableaux de Michel de cette époque sont difficiles à déterminer, parce que son exécution est timide et voilée sous la préoccupation des derniers petits maîtres flamands, et que de nombreux peintres de cette époque se livraient comme lui à l’imitation de cette école qui prenait fin dans quelques individualités que le temps n’a pas consacrées.
11 est des tableaux de Michel qui affectent les nobles formes des ciels de Jacob Ruysdaël, les végétations roussies ou trop cuites de son frère Salomon, les routes foraines et les auberges de Demarne.
Quand il simule les deux Ruysdaël, il en impose encore, car le modèle est grand ; mais quand il côtoie Demarne et ses satellites, il est triste, prosaïque et ouvrier porcelainier.
C’est souvent une étude très ardue à faire que de reconnaître la main de Michel dans ces imitations laborieuses ; l’artiste n’a pas encore développé ses facultés personnelles et ne s’est pas libéré de ses prédilections, pour se jeter comme plus tard dans le cœur de la nature ou dans le sein des maîtres.
Pour les amateurs qui aiment à donner une attribution incontestable , c’est là l’écueil -, et nous attendons qu’une preuve écrite nous fournisse l’occasion de constater, sur une page portant la date d’une époque, la véritable paternité de Michel. Nous demandons aux amateurs de nous signaler une peinture qui puisse s’appliquer exactement aux tableaux que Michel a envoyés aux Salons de 1790 à 1810, et nous aurons là un étalon irrécusable de son œuvre , le point de départ de sa vie d’artiste et surtout du temps de son exécution.