CHAPITRE PRE M I E R
Les anciens de Montmartre se rappelaient encore l’avoir vu, chaque jour, partir pour la promenade et revenir exactement tous les soirs avec sa famille.
M ais là se bornait la tradition populaire et rien ne transpirait encore sur la réelle existence du peintre, sinon le récit d'anecdotes qui nous semblaient plus douteuses que véridiques, sur ses goûts et sur son caractère.
Thoré, avec l’entrain et l’assurance qu’on lui a connus, tenta d’esquisser une note biographique sur le vieil artiste ; mais, en dehors de sa critique d’art qui était juste, il n’était arrivé qu’à recueillir des propos de faubourg et des anas de quartier-, c’était, d'après lui, une contre-épreuve de l’existence de Lantara et de celle de maître Adam, le menuisier de Nevers; un buveur émérite, faisant ses tableaux au cabaret et ne puisant son talent que dans l'ivresse.
Thoré s'exprimait ainsi dans un feuilleton du Constitutionnel, en 1846. Il ne faut y voir que le premier bruit de l’existence de Michel, bruit plein d’inexactitudes et de traditions incomplètes ou erronées. Nous signalons cette notice comme une critique déjà pleine de sagacité et de verve du talent de Georges Michel. Thoré avait du premier coup jugé sainement l'artiste, s’il n'avait pas ressuscité l’homme.
Histoire de Michel, peintre excentrique (1)