‹ Étude sur Georges MichelChapitre 30 sur 123 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

EXAMEN SPÉCIAL DES TRAVAUX DE MICHEL SUR SES PEINTURES DANS SES TROIS MANIÈRES. — UN TABLEAU SIGNÉ, DESCRIPTION DES TABLEAUX, CRITIQUES ET CLASSEMENT.

ou s avons depuis longues années noté nos souvenirs sur les tableaux de Michel que nous rencontrions dans les cabinets des amateurs et dans les ventes ; mais nous avons eu une occasion précieuse pour le juger en même temps et par comparaison sous toutes les variétés de ses manières et de son talent, lorsque les Galeries Durand-Ruel ont exposé un nombre important de ses tableaux.

Ce fut pour Michel une bonne fortune qu’il n'aurait peut-être pas affrontée de son vivant, mais qui nous a permis de nous faire une opinion définitive sur cet être énigmatique qui aima tant à cacher sa vie pour préférer vivre en véritable amant de l'art.

Longtemps nous avons aimé Michel comme un bon peintre et comme un tempérament curieux à observer. Cependant, de lui comme de tout autre, nous avions besoin de vivre avec huniversalité de ses œuvres pour en saisir les facultés bien personnelles et en comprendre les vues,

Là, en cette grande famille que M. Durand-Ruel avait rassemblée comme dans un concours posthume, il nous semble que nous avons vécu avec le vieux peintre de Montmartre, qu’il nous a confié ses pensées et que nous avons partagé les visions de ses yeux.

Nous ne voulons pas exagérer la portée de Michel, nous ne le plaçons pas dans une auréole de gloire ; mais il nous est doux de réveiller les souvenirs de notre jeunesse et de chercher à placer en lumière un homme qui a été si longtemps confiné dans l’obscurité.

Le premier tableau qu’il est curieux d’examiner est un paysage signé : G. Michel, la seule peinture signée que nous ayons rencontrée jusqu’à présent; c’est en même temps un pastiche de Ruysdaël et de Huysmans de Malines, avec un groupe de figures peint par Demarne.

Michel a copié les arbres de Salomon Ruysdaël, les nuages et l’horizon de son frère Jacob et les terrains de Huysmans. Toutefois, il y a introduit, comme un objet de sa prédilection, un four à chaux en feu qu’il a vu à Montmartre (i), comme un contraste de lumières.

Dans ce tableau qu’on croirait d’un Flamand, n’était le groupe badin de Demarne, on voit toute la différence de tempérament entre ce dernier et Michel. L’un est enfantin, vieillot et d’un esprit suranné ; l'autre est tout à ses Flamands, et comme exécution, il approche très près de ses modèles par la transparence et l’esprit de la touche ; c’est la conception de l’œuvre qui pèche et en fait un travail de rapsode ; nous ne serions pas étonné si un jour nous trouvions quelque part la trace de l’exposition de cette peinture au Salon de 1791, là où Chéri, son confrère, critiqua les trois toiles de Michel par une mention « de faiblesse et de sécheresse, » qui se voit assez dans les détails du

(1) Sur toile, largeur, 81 cent., hauteur, 55 cent., signé G. Michel , dans les terrains, et de la même main qui a signé sur la carte que Michel recevait comme artiste des Musées royaux. La signature est authentique. (Voir les signatures de Michel à la fin de ce volume.)

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