CHAPITRE VII
tableau que nous plaçons cependant bien au-dessus des peintures à succès de ce temps.
Un autre tableau nous a paru porter l’empreinte des Salons de la République, où il aurait pu attirer l’attention publique par sa disposition et par son faire.
C’est un paysage dont la composition est simple et assez bien remplie. Il est peint sur cuivre. 11 représente une plaine au milieu de laquelle passe un chemin sans arbres, où marchent des animaux peints par Swebach. Au fond, sont la cathédrale et la ville de Saint-Denis. Un coup de soleil , à la manière de Ruysdaël, éclaire des champs de blé et donne à la physionomie du tableau un air mélancolique et silencieux. Le ciel est agité de nuages blancs qui affectent encore la forme de ceux de Ruysdaël et qui font songer plutôt au maître qu’à la nature. L’exécution est serrée, fine, précieuse et comme celle des Flamands du dernier siècle; il y a de la profondeur sous cette précieuse exécution, ce tableau peut être regardé comme une bonne page de Michel i .
Deux autres tableaux peuvent encore être cités comme des spécimens curieux de la première manière de Michel.
L’un appartenait à M . Jousselin, économe des Musées royaux. C’était une grande page représentant un troupeau de vaches, chevaux, moutons et chèvres venant s’abreuver à une mare de Montmartre (2). La composition était pittoresque et pleine de vie; les mouvements de terrain bien dessinés; au fond se profilait encore la cathédrale de Saint-Denis. Le ciel était bleu, les nuages blancs laiteux et très doux ; c’était une bonne page tranquille et pure. Ruysdaël et les Flamands ne s'y voyaient plus, mais les forces harmoniques étaient insuffisantes ; Michel s’était certainement arrêté aux grands effets de la fin, il n’avait pas encore
(1) Cabinet de M. Rothan.
(2) Ce tableau, peint sur bois et parqueté, pouvait mesure So centimètres sur 60. Il disparut après la vente publique de feu M. Jousselin. Le catalogue le mentionnait sous le titre de : les Fontaines de Montmartre ; il a été vendu iq5 fr., et c'était un beau prix avant 1860.
tout osé, et ce tableau paraissait inachevé; la tâche avait été trop lourde pour le terminer.
L’autre tableau, nous le possédons, c’est une curieuse peinture qui pourrait bien faire présager tout ce que Michel tenta plus tard sur le domaine de Rembrandt.
C’est une composition de petite dimension sur panneau de chêne ; composition très simple : un chemin monte à un moulin de Montmartre à travers les arbres et les broussailles ; une demi-teinte puissante envahit les premiers plans. Les fonds étincelants de soleil éclairent une longue plaine verdoyante et jaunissante. L’exécution en est serrée, ferme, volontaire, et tout y brille d’une manière égale et limpide ; le tableau est petit, et là Michel y donne toute sa force.
C’est ce que nous avons trouvé de plus élevé dans la première manière de Michel ; dans ces quatre pages, il est encore occupé des maîtres, mais il est déjà observateur de la nature et cherche à se libérer de ses prédilections d’art.
11 existe encore plusieurs peintures de Michel de cette première époque. Elles sont faciles à reconnaître chez M. Durand- Ruel , par leur fini et la délicatesse de l'exécution ; leur composition rappelle l’école des petits Flamands du dernier siècle.
Ce sont des ouvrages intéressants et qui ont leurs admirateurs, mais qui ne donnent aucune idée de ce que Michel deviendra.
Nous ne nous occuperons pas des travaux de Michel qui sont l’intermédiaire entre sa première et sa seconde manière. C’est un temps obscur et maladif qu’il ne faut mentionner que comme les douleurs d’un enfantement. Ses tentatives sont monotones, et il ne trouve à harmoniser son tableau que sous des flots de glacis, des alluvions de matières opaques, qui le rendent désagréable à la vue. « C’est le commencement de la sauce, » dira plus tard Théodore Rousseau, quand il verra Michel sous cette glace vitreuse.
La première phase de la seconde manière de Michel pouvait