TEURS, LES PEINTRES EMPRUNTEURS
ichel a été oublié pendant près de cinquante ans à partir de 1820, lorsqu’il se retira entièrement du monde des affaires et des amateurs. Jusquesà cette époque, il n’avait été que peu remarqué. Cependant certaines sympathies ne lui manquèrent pas. Nous avons vu l’entraînement du baron d’Yvry pour son talent et combien cet amateur perspicace et passionné était subjugué par la faconde du maître des faubourgs.
Le baron d’Yvry a laissé un nom dans la tradition des amateurs. Peintre lui-mème, il était très fin connaisseur et protégeait de sa fortune, de ses conseils et de son érudition les nouveaux venus dans le monde de la peinture : Decamps, Jules Dupré, Rousseau, Cabat, ont été par lui devinés dès leurs premières études; il les visitait, les encourageait et entretenait avec eux des relations qui ont laissé chez ces esprits supérieurs des souvenirs vivaces.
Il existe une série de peintures qui ont toute la fougue de Michel et qui ne sont que des métis étranges exécutés par le
baron et par son maître collaborateur. C’est une distinction très subtile à faire dans l’œuvre de Michel et dont il est bon de prévenir les amateurs. Les tableaux du baron d’Yvry se reconnaissent par un manque d’aplomb très visible et par une exécution des plus empâtées et souvent par une harmonie indécise et vitreuse. Dans le travail de Michel on comprend sa furie de brosse. Il y a lieu pour lui de produire des effets qu’il cherche dans une exécution exagérée; les terrains fangeux, les ciels en furie, les nuées menaçantes, il les rencontre sous des monticules de pâtes; mais le baron d’Yvry n’a pas le même bonheur d’invention et d’exécution; on voit dans ses pages heurtées plutôt une impatience de production et surtout un vide de composition qu’on ne rencontre pas chez Michel. L’un comprend, l’autre cherche sans cesse.
Un autre ancien amateur de Michel a été le colonel Bourgeois, homme très expert sous la Restauration et sous Louis-Philippe, qui posséda plus de cent de ses tableaux, qu’il gardait comme un trésor dont il devait un jour voir surgir l’inventeur. Le colonel Bourgeois était un type des plus curieux, amateur, industriel, expert, négociant, qui savait beaucoup et qui prédisait la résurrection de Michel. Dhios l’expert lui en acheta près de cinquante, les garda en magasin, et ne voyant pas venir les amateurs, les revendit à un prix déjà bien supérieur à ses acquisitions.
M. le docteur marquis du Planty, ancien maire de Saint-Ouen, a possédé de nombreux tableaux de notre peintre. C’est un des plus anciens amateurs de Michel. lia connu l’artiste, il l’a surpris à l’œuvre dans la plaine Saint-Denis il y a plus de quarante ans; et sur le terrain de sa commune, il a plusieurs fois conversé avec lui; il se souvient exactement de l’avoir vu assis sur quelque pierre, dessinant la profonde perspective des plaines; vêtu d’une ample rouffle bleue, d’un chapeau mou, l’œil attentif, et causant volontiers avec ceux qui l’interrogeaient.
M. le marquis du Planty a demandé même quelques conseils à Michel, sur les procédés de la peinture. Et celui-ci, toujours