‹ Étude sur Georges MichelChapitre 44 sur 123 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

M. Claye, l’imprimeur, recherchait aussi les Michel; on en voyait plusieurs, de sa bonne manière, dans son cabinet, et de fort beaux.

Le docteur Benoist les recueillait aussi , mais au moment où M. Graverat les lui disputait; il n’était pas heureux dans ses expéditions: M. Graverat les lui soufflait sans cesse.

Duclos, le fanatique accapareur de toiles, qui ne vivait que pour la peinture, et que nous avons vu errant et ravi dans ses dix-huit chambrées de la rue du Cardinal-Lemoine, se mirant dans ses chefs-d’œuvre plus ou moins authentiques, avait aussi pensé à Michel. Il entassait les pochades du vieil artiste et attendait avec certitude le jour de la hausse; mais ce fut la mort qui vint le chercher avant elle.

Moreau, le marchand de tableaux de la rue du Faubourg- Saint-Honoré, accaparait aussi les Michel; j’en ai compté dans son magasin plus de quarante, vers 1848. Mais ils étaient mélangés de tableaux du baron d’Yvry, et il était bon de faire la séparation du tiers-état d’avec la noblesse, ainsi que le disait Thoré.

M. Bost, expert, qui a épousé la belle-fille de Michel, a possédé des peintures de son beau-père; il a eu longtemps des académies à l’huile, des modèles de paysans, de bergers, faits d’après nature, qui étaient peints par Michel avec une grande finesse de tons ; les gris argentins , aussi légers que ceux de Chardin, donnaient à ces figures une lumière attrayante.

Il serait trop long de citer les amateurs d’autrefois qui se recrutèrent, petit à petit, les uns par les autres, dans l’admiration de Michel.

M. de Villars avait rassemblé une vingtaine de tableaux en i85o, et regrette aujourd’hui de s’en être dessaisi. M. Forget a mis la main sur de bonnes pochades.

M. du Ménil-Marigny en a admis plusieurs dans sa galerie.

M. Cuzac et M. Féral, son neveu, experts, ont aussi recherché les Michel.

Madame Paul Lacroix, MM. Paul Mantz, Jules Jacquemart,

Bormche , le comte de Flaux , Alfred Renaud , Mouilleron , A. Lebrun, Marquiset, Lucquet, ont aussi recueilli les toiles du peintre excentrique.

Et Delatre, l’imprimeur des aquafortistes, était un tel fanatique de Michel, qu’il l’imitait en peinture, en dessin et en eaux-fortes, et il pouvait, à bon droit, se prétendre élève posthume de Michel, élève, disciple et successeur de sa fécondité.

N’oublions pas de citer en dernier lieu le menuisier- brocanteur que nous avons tous connu dans le quartier Bréda, qui voyait des Michel dans toutes les pochades que les peintres lui fournissaient en payement de ses panneaux. Une ébauche étaitelle abrupte comme une terre pétrifiée?... Michel! Était-elle flasque comme une glaise de Montmartre?... Michel ! Rouge, verte, noire, sansformeset sans couleur?Michel, Michel, Michel ! C’était une estampille infaillible dont il aimait à orner toutes les croûtes qui lui passaient par les mains. 11 les vendait de cinq à vingt francs... en échange de nouvelles peintures, qu’il retransformait encore en Michel. C’était le mouvement perpétuel résolu, et quand un peintre voulait toucher le cœur du menuisier pour obtenir de lui une malheureuse planche à peindre, il lui présentait un Michel qu’il venait d’achever tout fraîchement, et que le brocanteur adoptait comme un spécifique universel.

Théodore Rousseau, appelé à se prononcer par Thoré, qui exaltait sans cesse Michel « et ses moulins », nous parlait ainsi : « C’est une peinture de franche allure, facile à comprendre, et d’un artiste passionné. 11 sait établir ses compositions comme au bon temps des Flamands. J’aime son sans-façon et ses impatiences, mais je vois poindre là une école de pasticheurs et de messieurs sans gène. O est le commencement de la sauce », répétait-il, comme une vigie clairvoyante qui voit venir de loin les artifices d’art, les prétextes aux empâtements sans but, les recettes de métier et les pochades extravagantes.

« Ce n'est pas la faute de Michel, disait Rousseau ; mais son exemple sera funeste aux jeunes gens qui veulent parvenir à peu de frais. On l’imitera sans le comprendre. »

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