‹ Étude sur Georges MichelChapitre 45 sur 123 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

L’oubli qui a passé sur Michel pendant de longues années n’a pas été sans profit pour plusieurs artistes parasites. Les uns ont revu, corrigé et augmenté un certain nombre de ses peintures, y ont apposé bravement leurs signatures et, comme le geai de la fable, se sont parés des plumes du paon.

D’autres ont laissé à Michel la paternité de ses œuvres, mais y ont introduit des créations étranges qui n’ont nul rapport avec l’idée, la manière, ou le goût de leur auteur. Ils y ont jeté des moutons paissant, des figures joviales ou amoureuses, des Daphnis et des Chloë et jusqu’à des demoiselles de village.

D...,un peintre qui atout fait, excepté une peinture originale, recherchait aussi Michel -, il le pastichait ouvertement et colportait ses petits produits aux amateurs,

D.. . pourvoyait un fanatique de Michel qui avait la prétention de discerner les chefs-d’œuvre et d’anathématiser les choses médiocres. Il glorifiait les premiers et détruisait les dernières.

Nous avons vu, un jour, D... chargé de dessins « Micheliques » comme il disait, mais de dessins originaux, les portant à ce grand juge qui ne les achetait que pour en faire le triage et pour brûler ceux qui lui paraissaient indécis.

« Ce sera assurément les bons qui y passeront, 'disait D..., car le pauvre homme ne s’y connaît guère. Il en a déjà brûlé plus de cinq cents. »

Vous voyez d’ici l’auto-da-fé d’un maniaque, et tout ce qu’un mécène prétentieux nous a détruit de bonnes silhouettes des champs parisiens.

T..., un peintre de ressources, a pastiché Michel dans sa peinture et dans ses dessins, et a surchargé certaines charmantes indications de Michel au crayon par de lourds contours à la plume. Puis, il a dramatisé ou adouci les belles compositions du peintre, en y ajoutant des scènes de brigands, des attaques nocturnes, des laitières de Montfermeil et des parties d’ànes à l'instar des anciennes idylles bourgeoises de Montmorency.

Un autre peintre jouit encore d’une certaine réputation de

penseur énergique et profond, grâce aux études de Michel qui ont été habilement travesties par lui et exhibées aux expositions publiques avec battrait d’une signature.

Michel, en satisfaisant d’instinct sa passion de peindre et en se condamnant lui-même à l’oubli, ne se doutait guère que d’adroits exploiteurs s’empareraient de ses œuvres anonymes et les baptiseraient d’un faux nom pour s’en faire un profit ou une réputation. Il avait tant collaboré de son vivant pour les autres, qu’il se serait peut-être fait à l’idée d’avoir des collaborateurs après sa mort.

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