‹ Étude sur Georges MichelChapitre 46 sur 123 · IMPRESSIONS. — THÉOPHILE GAUTIER, SAINTE-BEUVE, CH. ASSEL1NEAU · texte numérisé non relu

IMPRESSIONS. — THÉOPHILE GAUTIER, SAINTE-BEUVE, CH. ASSEL1NEAU

QUELQUES LIGNES SUR MICHEL DANS UN CATALOGUE. — L’UNION DES ARTS. — ■ ERREUR. EXPOSITION A LONDRES. — CRITIQUE ANGLAISE.

ichel ne vivait que dans le souvenir de quelques artistes et ce rares amateurs, quand Thoré, toujours brave, essaya de le mettre en relief à l’exposition du boulevard Bonne-Nouvelle en 1847.

11 n’osa y produire qu’une toile d’un grand effet tragique, qui fut à peine remarquée; on prit la peinture de ce « nouveau venu » pour un défi à la pudeur publique. De tels empâtements de couleurs, des moyens si ordinaires pour formuler un ciel en furie et des harmonies fauves, firent reculer les plus audacieux partisans de Michel. « On se ferait lapider, disait Thoré, si 011 engageait une campagne; l’éloquence du paysan du Danube n’est plus de saison; attendons encore pour faire comprendre cette langue à nos tristes mystagogues, attendons que le temps de pouvoir parler haut soit venu. »

Le temps de tout dire, de tout oser, arriva en effet, mais les arts du dessin n’étaient qu’une si faible note dans la symphonie révolutionnaire, dans la tourmente de 1848, que la critique d’art se perdit dans les clameurs, les ambitions et les désespoirs du temps.

Thoré rédigeait la Vraie République et avait d’autres grains à faire germer que la repousse du pauvre Michel. La bataille de Juin l’emporta et le fit disparaître pendant plus de huit années, et, avec lui, la résurrection du vieux peintre.

Quand M. Martinet ouvrit, dans les galeries du jardin de l’hôtel du marquis d’Hertfort, boulevard des Italiens, une exposition permanente de tableaux, il tenta de réveiller le goût public en faveur de Michel.

M. Claye, qui en possédait un certain nombre (dix, je crois), les offrit tous à cette exposition. Quelques artistes en furent très occupés, il y eut là un certain étonnement, comme à l’apparition d’une chose nouvelle qui donne à l’œil plus de curiosité que de satisfaction; on s’arrêta plutôt à la bonne copie que Michel avait faite du Moulin cCHobbema , dont l’original est au Musée du Louvre, qu’aux tableaux originaux du peintre de Montmartre, et l’indifférence publique engloutit de nouveau la mémoire de Michel.

Cette exposition eut lieu en 1 86 1 (i), et quoiqu’elle fût très suivie par les amateurs et signalée par la critique, elle ne donna lieu, au profit de Michel, qu’à quelques lignes, non pas de Théophile Gautier, qui était le président de la Société de cette exposition, et qu’on espérait voir engager le feu pour relever Michel de l’oubli injuste de notre temps,.... mais de Sainte- Beuve, le critique littéraire, qui ne s’aventurait que bien rarement et encore plus prudemment sur le domaine dangereux de la peinture.

Sainte-Beuve n’entrait pas par la grande porte sur ce terrain

(i) Cette exposition avait son organe, le Courrier artistique, qui donnait chaque mouvement d'entrée ou de sortie des objets d’art. Nous espérions trouver dans cejournal l'apparition des Michel et l’opinion d’un écrivain quelconque, de M. Champfleury, par exemple, porté par caractère à relever les artistes oubliés; mais rien n'indique l'exposition de ces tableaux, qui est cependant un fait notoire . Nous nous expliquons cette lacune après nous être rendu compte que le Courrier artistique ne parut que quelques mois après l’ouverture de l’exposition du boulevard des Italiens; l’exhibition des peintures de Michel précéda donc son premier numéro, qui date du 25 juin 1861 pour prendre fin le Ier novembre 1862, époque où la Société prononça la dissolution.

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