‹ Étude sur Georges MichelChapitre 47 sur 123 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

mouvant, et c’est à propos de l’ouvrage de M. Calemard de la Fayette : le Poème des Champs , qu’il mentionnait l’existence de Michel.

Le prince des critiques lui fait l’aumône d’une bonne pensée, mais ne traite ce pauvre Michel qu’en mauvais riche, et comme un outlaw auquel il daigne jeter quelques miettes de pain pour l’empêcher de mourir d’inanition : « Un pauvre diable de paysagiste français nommé Michel, qui avait le sentiment et l’amour des choses simples. » Voilà l’éloge de Sainte-Beuve qui a tant illustré de médiocrités.

Jugez cette critique de précaution « une histoire de cœur et d’amour!!! » cette critique qui n’a l’œil ouvert que sur une copie d’Hobbema et ne veut pas voir les pages pathétiques de Michel, les nouveautés d’invention qui devaient surprendre et fixer un esprit comme Sainte-Beuve. L’originalité d’un peintre inquiète et trouble, il paraît, les têtes les plus ornées de littérature.

Voici l’offrande de l’auteur de Volupté :

« Le temps n’est plus où Mécène, au nom du maître du monde, demandait à Virgile des Géorgiques ; aussi n’avonsnous que des fragments. Mais il est de ces fragments, de ces accidents d’art et d’étude qui, n’ayant rien à démêler avec les œuvres triomphales, n’en existent pas moins sous le soleil . — Un rien, un rêve, une histoire de cœur et d’amour, une vue de nature, une promenade près de la mare où se baignent des canards et qu’illumine un rayon charmant, — et ce que je voyais l’autre jour encore à l’exposition du boulevard des Italiens, une vue de Blanchisserie hollandaise par Ruysdaël , le Moulin d’Hobbema , ou un simple chemin de campagne regardé et rendu à une certaine heure du soir, par un pauvre diable de paysagiste françaisj nommé Michel, qui avait le sentiment et l’amour des choses simples,

« M. C. de Lafayette n’est pas un pauvre diable comme Michel, mais il a fait en poésie quelques toiles qui le rappellent

et qui le classent lui-même parmi nos meilleurs paysagistes (i) »

Pourquoi Sainte-Beuve, qui a tant disséqué et observé sur nature, n’a-t-il pas médité quelques heures sur Michel; et ce que le critique a trop généreusement donné à tant d’artisans obscurs, pourquoi n’a-t-il pas su reporter ce trop plein de sensations sur un artiste comme Michel? Il nous aurait laissé au moins des aperçus nouveaux sur un sujet intarissable, sur un solitaire de curieuse race, en exaltation perpétuelle devant l’œuvre de la nature.

L’exposition du boulevard des Italiens des tableaux de Michel donna lieu, quelques mois après, à une note de renseignements sur la vie de cet artiste, que M. Charles Asselineau adressa à M. Martinet, renseignements pris à la même source que les nôtres, àmadame veuve Michel, et qui ne nous signalaient rien de nouveau, sinon que Michel avait été employé à la restauration de la galerie du cardinal Fesch. Le Courrier artistique renferme cette note sommaire.

Nous retrouvons dans un catalogue de collection particulière quelques lignes sur Michel, qui figurent après la désignation de cinq toiles dont il est l’auteur.

Cette petite notice sur le peintre n’est pas exacte; elle fait revivre les contes des faubourgs. 11 nous paraît utile de la rectifier ici même, où elle se présente naturellement comme le dernier bruit fantaisiste qui courut sur Michel. Elle était ainsi conçue :

Extrait du catalogue de la collection particulière de M. Claye, imprimeur.

« Comme il n’arrive que trop souvent, la mort seule a consacré le talent de Michel, resté pauvre et inconnu pendant sa vie. Persuadé qu’il était dans la bonne voie, il n’a jamais sacrifié au goût du public; aussi est-il mort misérable et ignoré. A son

(i) Nouveaux lundis , tome II; le Poème des champs, de M. Calemard de Lafayette, pages 289-290.

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