‹ Étude sur Georges MichelChapitre 5 sur 123 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

en acheta, je crois, quatre cents en quelques lots pour presque rien, et il en revendit une partie au détail à quinze ou vingt francs pièce.

« Après cette dispersion, on vit de temps en temps passer, dans les ventes publiques, un paysage de Michel. Qu’est-ce que Michel? on le vendait vingt-cinq à trente francs. Aujourd’hui, Michel monte quelquefois à quatre ou cinq louis.

« Presque toutes ces études, en si grand nombre, sont prises autour des carrières Montmartre. Il ne paraît pas que Michel ait beaucoup voyagé hors de la banlieue. Parfois, cependant, on trouve de lui une vue de forêt, avec un bonhomme sur un gros cheval blanc qui revient toujours et qu’il faisait à merveille (i), ou avec quelques bûcherons déguenillés.

« Michel n’est pas le peintre de la fashion. Parfois un horizon sans bornes, avec des plans successifs dessinés par la lumière, une campagne rase en bande rectiligne sur le ciel, à la façon de Koning; mais ces forêts et ces plaines sont des exceptions. Michel retourne bien vite à ses carrières jaunâtres qu’il peint à coups de balai, comme les caprices d’Herrera l’Espagnol, ou comme les rochers exécutés par Salvator dans ses moments de violence fougueuse.

« Il n’est pas étonnant qu’avec une pareille manie, la peinture de Michel n’ait jamais eu beaucoup d’amirateurs, et, certainement, elle n’est pas destinée à figurer dans les collections choisies. C’est une étrangeté curieuse pour les artistes et bien placée dans un atelier. Nous ne connaissons guère que trois ou quatre paysages de Michel assez terminés pour mériter le nom de tableau; chez M. Baroilhet, un Moulin à vent, tin et précis comme un vieux tableau hollandais; chez M. Greverat, une Chaumière sur la lisière d’un bois, paysage vigoureux qui se soutiendrait à côté d'un Ruysdaël. M. Greverat possède, en outre, une centaine d’études peintes de Michel, sur toile ou sur papier.

( i ) Thoré se trompe, ce groupe de cheval et d’homme est très rare chez Michel.

« Pourquoi l’auteur de toutes ces ébauches brusquement maçonnées a-t-il gâché ainsi un talent réel et une vocation de grand artiste? Pourquoi?

« Pendant que Michel siégeait à la barrière, M. Bidault siégeait à l’Institut

Thoré en disait bien plus long dans ses causeries; il était l’écho des faubourgs, ou plutôt la dupe de ses rêves; mais il racontait que Michel, peintre excentrique et grand ami de la bouteille, ne se mettait pas au travail sans s’être monté la tète avec le crû des barrières, et que, le soir, sous les arbres des boulevards extérieurs, on l’avait rencontré souvent, comme Silène, dormant à l’ombre d’un vieil orme, et vaincu par de copieuses libations. C’était, à l’entendre dire, un original de la trempe des peintres d’enseignes qui, à cette époque-là, sous la bannière de Davignon ou du père Juhel, avaient la réputation d’absorber le liquide vineux dans des proportions colossales.

Charles Jacque , le peintre-graveur , s’était aussi passionné pour les ouvrages de Michel. 11 courait après les vieilles toiles fauves du peintre de Montmartre. Il les exhibait en son atelier et se montait la tête aux mâles harmonies de cette peinture aux essais fantastiques, aux pochades audacieuses, aux dessins lumineux que nous faisions ressusciter sous la battue universelle qu’on pratiquait chez les brocanteurs.

Mais rien ne venait nous révéler l’existence de cet être disparu.

Jacque, sur une vague indication du quartier, était allé aux Incurables de la rue des Récollets où, là, on lui avait dit qu’on se souvenait à peine d’y avoir vu un vieillard qui avait été peintre et qui pouvait bien se nommer Michel; qu’il avait passé plusieurs années à cet hospice et qu’il y était mort depuis peu de temps ; que ce vieillard étant très peu communicatif, on ne savait rien de sa vie, sinon qu'il avait été peintre. Quant à être certain que ce fût un Michel, on ne l’affirmait pas.

En outre, nous nous disions que Michel était un nom répandu

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