CHAPITRE XI
JUGEMENTS SUR MICHEL. — SON ÉDUCATION. — l’aCADÉMIE DE SAINT-LUC. LEDUC.
— CARACTÈRE PROPRE DE l’aRT DE MICHEL. — SA POÉTIQUE, UN EXEMPLE.
ichel était un enfant du peuple, fils d’un employé...? à la halle de Paris. Il dut son éducation d’art à une corporation populaire, l’Académie de Saint-Luc, qui « jouissait par la faveur des rois de France du titre et des fonctions d’ÉcoLE
PUBLIQUE (i) ».
(i) L’Académie de Saint-Luc fut formée par des artistes et des amateurs, lors du renouvellement de la peinture et de la sculpture, arts nobles et difficiles qui ne pouvoient être perfectionnés que par la glorieuse adoption dont le roi honore le Corps qui réunit les plus célèbres talens.
(. Livret de l'Académie).
Luc (Académie de Saint-) ou Communauté des Maîtres Peintres et Sculpteurs.
Cette communauté a sa salle d’assemblée et sa chapelle auprès de Saint-Denisde-la-Châtre, rue du Haut-Moulin, et l’une et l’autre renferment des tableaux d'habiles maîtres.
( Almanach du voyageur à Paris, année 1783.)
En rivalité constante avec l’Académie royale, elle avait pour protectrice la puissante famille des d’Argenson qui lui fournit le moyen d’exposer les ouvrages de ses associés, tantôt aux Augustins (175 1), tantôt à l’Arsenal (1752-1753 1756), à l’hôtel d’Aligre, rue Saint-Honoré (1762, 1764) et à l’hôtel Jabach, rue Neuve- Saint-Méry (1774). Elle finit par succomber en 1776 et 1777 sous les attaques de l’Académie royale et par la suppression des corporations et notamment de la Communauté des peintres, qui eut lieuà cette époque. L’Académie royale, plus heureuse et pourvue d’un privilège spécial du roi, lui survécut et ne disparut qu’avec toutes les institutions royales aux événements révolutionnaires de 1792 et 1793.
C’est dans l’atelier de Leduc,, peintre d’histoire, qu’il apprit les premiers éléments de la peinture.
Luduc, bien oublié aujourd’hui, était « adjointàprofesseur » de l’Académie de Saint-Luc et par conséquent une des notabilités de ce corps de métier. Il était fort laborieux, si on en juge par les notices de ses envois aux expositions de sa corporation aux années 1764 et 1774. C’était un peintre d’histoire dans toute la force du terme, qui a produit des compositions importantes et variées, et qui savait aussi s’exercer dans plusieurs genres de peinture.
Michel dut être à même d’étudier sous toutes les formes l’art dans son universalité, Leduc lui en fournissait l’exemple et les moyens (1).
Le temps prêtait encore à la discipline; l’élève, entièrement soumis au maître, devait se plier à une gymnastique d’apprentissage qui ne lui épargnait ni la peine ni les études les plus ardues. Il est facile de voir, même aux premiers essais de Michel, combien il dut être façonné aux exercices répétés de la perspective et de la manipulation des couleurs.
L’éducation a donc été forte et nourrie comme toutes celles des peintres de ce temps qui avaient conservé la tradition et la consigne des grands maîtres. Sous leur indépendance exagérée, leur licence et leur coquetterie, les œuvres du dixhuitième siècle nous fournissent souvent le témoignage d’un savoir er d’une direction de travail que nous avons perdus.
Michel, en véritable enfant du peuple — le gamin de Paris ne devait pas encore être inventé — produit des halles et des faubourgs, — n’aurait dû être qu’un fruit gâté de nos centres municipaux s’il n’avait recélé en lui un sang précieux qui devait lui faire rejeter tout ce qui était antipathique à son bon tempéra-
(1) Leduc figure aux livrets de l’Académie de Saint-Luc par un Alexandre-le- Grand tuant Clitus (8 pieds 1/2 de dimension), une chaste Suzanne, un Bacchus et une Ariane, un Loth et ses filles, des Saints en prières, une femme sortant du bain avec sa suivante, natures mortes, paysages avec figures et animaux et portraits.