PORTRAIT PHYSIQUE ET MORAL DE GEORGES MICHEL. — DE GAULT, PEINTRE
IDÉES ET RELIGION DE MICHEL. — SES DERNIERS MOMENTS. — SON ÉCRITURE. — RÉFLEXIONS.
i nous regardons attentivement l’effigie du visage de Michel, peinte par un artiste resté à peu près inconnu, du nom de De Gault, il faut reconnaître que l’œil noir et assuré du modèle, le nez accentué et la bouche volontaire dénotent une de ces natures passionnées comme il en a tant paru au moment de la Révolution-, un homme audacieux jusqu’à l’aventure, de la race des Conventionnels (i).
(i) Peinture sur panneau de voiture Je 24 c. 1/2 sur 18 c. 1/2. Michel, tourné de trois quarts, regarde le spectateur. Il porte un manteau ou chenille vert foncé, à collet rouge et manches à retroussis rouges, suivant la mode de la fin du siècle, un gilet rouge, la chemise ouverte à jabot, il tient à la main un portecrayon de cuivre. Un jeune enfant de sept ou huit ans se voit dans la demiteinte penché sur ses genoux, c'est un de ses fils. Le portrait est bien dessiné et d’une harmonie assez chaude. Il est signé ainsi :
E. De Gault fecit le 10 prairial , l’an 5e de la R.
C’est sans doute le miniaturiste De Gault qui exposa aux Salons de l’académie de Saint-Luc des sujets en miniatures et des bas-reliefs peints d’après
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Le front manque d’une véritable élévation et, quoique les boucles de cheveux noirs en recouvrent le sommet, il est facile de voir que les enveloppes osseuses du cerveau sont d’une construction un peu étroite.
La ligne du nez est belle et annonce la rectitude dans l’amour de l’art-, les narines aspirent l’air avec force; la large bouche, aux lèvres très fortement accentuées, dénote une obstination malicieuse sans dureté.
En résumé, la tête d’un artiste obstiné, fier et sarcastique.
Maintenant tous sera-t-il permis, à nous qui n’avons jamais vu Michel, de chercher à en esquisser le portrait moral d’après les longs entretiens que nous avons eus avec sa veuve et les traditions des survivants que nous avons pu rencontrer?
Aujourd'hui qu’on cherche sans cesse à dresser le dossier statistique à tout homme qui pense, pouvons-nous répondre à ces questions qui nous ont si souvent été adressées : Et l’homme, qu’était-il? à quoi songeait-il ? à quel monde croyait-il?
Il nous semble que ces questions ne sont pas difficiles à résoudre. En regardant fixement Michel dans le miroir de son oeuvre, les préoccupations de son temps, et le souvenir de sa famille, nous pouvons retrouver ses pensées et son humeur.
Michel a certainement vécu avec les passions comme avec les préjugés de son époque ; homme de mouvement, nous l’avons vu enthousiasmé de la Révolution, vivre avec les nobles et se prendre d’antipathie pour la noblesse, le clergé et pour toutes les institutions de l’antique monarchie.
Il fut ami de la Révolution, comme tant de cœurs chauds plus théoriques que pratiques; ainsi furent Prud’hon, Gros, Hennequin, ce cœurs sensibles, » qui plus tard n’eurent pas assez de larmes pour les répandre sur le sang de cette terrible tragédie.
Clodion et autres sculpteurs. Nous n’avons trouvé aux livrets des Salons, sous la Révolution, qu’un Degault fils, à la bibliothèque de l’Arsenal , exposant, en 1798, « le Portrait d'une femme soignant sa basse-cour. » Nous savons cependant que De Gault vivait encore en 1792.
Le portrait appartient à M. le marquis du Planty, qui le tient de madame veuve Michel. Il est donc de la plus scrupuleuse authenticité.