CHAPITRE XII
Élevé au milieu de l’incrédulité générale, ses idées étaient toutes d’instinct. Il dut être philosophe, comme on l’était en 1789 et patriote comme en 1792, pour le culte de la Raison, songeant, sans trop l’approfondir, à ce Néant du jour, que les penseurs à la mode appliquaient à l’idée d’une autre vie.
Plus tard il dut « reconnaître l’Être Suprême et le grand Architecte de l’Univers ». C’était l’évolution du moment.
Plus tard encore a-t-il été de la doctrine desThéophilanthropes, système assez nébuleux qui, comme tout ce qui est vague, dut plaire aux contemplateurs? Ce qui est certain, c’est qu’il suivit avec zèle les conférences de La Reveillère-Lepeaux, le grand lama de cette religion.
Sous l’Empire fut-il « un disciple de Mars » ? Nous l’ignorons; mais son sang, quelque peu batailleur, s’enflamma souvent aux récits des gloires des armées françaises.
Et puis, suivant la mode du jour, il aima le Dieu des bonnes gens, ce Dieu facile auquel :
Le verre en main, gaîment on se confie.
Sa passion pour Rabelais et son admiration pour Pantagruel l’avaient conduit doucement à l’éclectisme bourgeois de Béranger.
Enfin, l’âge de la vieillesse le vit-il plus réfléchi et plus religieux, et se préparer au grand voyage ?
Mon Dieu ! le pauvre Michel fut avant tout un artiste, un tempérament nerveux et sanguin à la fois, qui subit les fluctuations de ses impressions et qui s’abandonna souvent aux surprises de ses sens, plutôt qu’à la réflexion de son esprit ; il aima sa famille, son pays, et il dut se réjouir et souffrir avec lui. Il fut possédé par l’amour de l’art, il eut la religion du travail d’abord, le respect de lui-même, la fierté de son indépendance, et la conscience de sa valeur. Il crut au bien, au grand, au sublime.
Sa dernière pensée fut conforme à toute sa vie; né peintre, il mourut peintre ; ses yeux éteints virent comme dans une lumière flamboyante les paysages célestes de son idéal, que la mort lui
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faisait apparaître au moment où elle allait le jeter dans l’éternité. Comme Théodore Rousseau, il vit des spectacles infinis qui ravirent sa dernière heure et l’endormirent dans le grand sommeil.
N’est-ce pas là une mort prédestinée et celle que devrait toujours souhaiter un artiste?
A ceux qui poussent la recherche jusqu’à la curiosité, nous dirons que nous avons recueilli dans ses papiers une pièce de vers qui pourrait révéler en lui des sentiments chrétiens.
Ces vers sont plus que médiocres-, ils paraissent dater du temps où la main de Michel était moins sûre qu’aux jours de sa jeunesse et à l’époque où il signait ses peintures.
Ainsi disparaît encore une erreur longtemps répétée qui alléguait que Michel ne savait pas écrire et qu’il faisait signer ses tableaux. On verra plus loin, sur sa carte d’artiste, sa signature officielle et authentique.
Il en est de même des bruits populaires qui circulaient sur ses diverses professions de peintre-menuisier, de peintre-marchand de chaises. Son établissement rue de Cléry, où il vendait des tableaux, curiosités et meubles anciens, a donné créance à cette traduction inexacte.
Quant à la pièce de vers, nous la publions toute entière.
A-t-il composé ou seulement copié ces vers, et dans quel but et sous quelle préoccupation? Nous laissons les philosophes lettrés interpréter ce mystère, tout en rappelant que toute sa vie paraît être l’inverse des sentiments qui y sont exprimés.
Voici ce document, il donnera au moins le fac-similé de l’écriture de Michel.