CHAPITRE IV (suite
LES POEMES AHTHURIENS : EREG
Erec plus réel et plus intéressant quVrain. — Analyse du poème.
Caractères d'Érec et d'Énide.
Le second poème arlhurien de Hartmann est Érec. Dans Érec comme dans Ivain, nous rencontrons les deux données qui ont fait la fortune des romans chevaleresques : aventure et amour. Mais alors que dans la plupart des poèmes arthuriens ces deux idées se concilient par la subordination de la seconde à la première, Érec et Ivain nous les montrent en conflit. L'idée chevaleresque, toute-puissante ailleurs, se heurte ici à un obstacle dont elle triomphe bien dans Érec, mais non dans Ivain, Tamour conjugal. Le héros d'aventures, libre et indépendant, qui court de tournoi en tournoi, a fait place au mari, que sa femme, forte de ses droits d*épouse, veut retenir au foyer et que la vie errante solhcite cependant d'un invincible attrait. De là une lutte qui ne peut se terminer que de deux façons : ou le chevalier est subjugué par la femme et passe ses jours dans l'oisiveté, menant l'existence du paysan absorbé par les soucis matériels i, ou bien c'est lui qui triomphe de la femme et affirme son droit de suivre sa voie belliqueuse.
La première solution est celle qui a été adoptée dans le poème d'/yam. Ici, le héros a délaissé l'amour pour la gloire
1. V. le portrait satirique fait par Gauvain du chevalier ainsi dégradé (H., Iv., 2807 et 8s.}.
LES POÈMES ARTBUR1ENS : EREG. 141
des tournois. L'amour se venge. Ivain revient repentant, il admet la suprématie de sa femme, se rend à merci. L'épreuve a été décisive : elle a comporté lanl d'angoisses et de douleurs que le héros ne sera plus tenté de la renouveler. 11 est bien vaincu, rendu pour toujours à la vie familiale. Mars est dompté par Vénus.
Érec célèbre, au contraire, la victoire de l'idéal chevaleresque. Le jeune chevalier, après avoir un instant sacrifié à l'amour les devoirs que lui impose son ordre, est ressaisi par le sentiment de son honneur de guerrier. 11 secoue le joug de la femme. La lance au poing et le heaume en tête, il commence une campagne d'exploits au terme de laquelle il rend à son épouse son affection et son rang, mais en se réservant le droit de retourner à la vie aventureuse. Le poète a même soin de nous avertir qu'il ne lui arriva plus jamais de s'adonner à l'oisiveté par amour pour sa femme K
Ce dénouement est assurément plus conforme à la manière de voir des auteurs et des lecteurs des œuvres chevaleresques. 11 donne par là au sujet d'Érec un plus grand air de vérité. Mais à cela ne se borne pas la supériorité à! Érec sur Ivain,
Avec Ivain nous nageons en plein merveilleux. La fontaine magique dont les eaux révolutionnent les éléments, Vanneau enchanté qui rend invisible celui qui le porte, l'inattendu mariage du héros avec celle dont il vient de tuer Tépoux aimé, sa folie subite, son retour à la raison par la vertu d'un baume miraculeux, son association avec le lion, la nature de ce bizarre animal auquel ne manque aucune des qualités de l'homme : tous ces motifs nous transportent dans un monde imaginaire où à chaque instant nous sommes en présence de l'étrange ou du surnaturel.
Uien de semblable dans ÉreCy qui est beaucoup plus près des idées modernes. Le héros n'a ici à éprouver ni Thoslililé ni l'assistance des éléments extra-humains. Ses exploits sont ceux d'un homme supérieur en force et en bravoure à la généralité des hommes, mais ils restent ceux d'un être terrestre. Le