LES POÈMES ARTIIURIENS ! HARTMANN ET CHRÉTIEN. 2<>J
garderont aussi de rien dire de désobligeant à autrui *, à plus forlc raison de se laisser aller à l'injure -, ils ne se serviront même pas des termes familiers qu'ils emploient chez Chrétien, et au lieu de douce amiCy bêle, ils diront plus cérémonieusement dame, madame 3.
Parfois la politesse va plus loin. Elle procède d'un sentiment de bienveillance, mieux, de dévouement. Non seulement on rend volontiers un service, mais encore on exprime sa satisfaction de le voir accepté. C'est fréquemment le cas des personnages de Hartmann. Us se réjouissent de ce qu'on veuille bien recevoir leurs soins ^, les présents qu'ils font ^, remercient de ce qu'on leur laisse une charge <>. C'est une règle que le maître de la maison s'estime heureux d'offrir l'hospitalité aux étrangers que les hasards de la route amènent sous son toit "?.
Tantôt, enfin, la politesse se révèle, et alors elle est un effet de l'esprit d'abnégation et de sacrifice, par le souci qu'on prend d'épargner à autrui, même au prix d'un violent effort sur soimême, toute peine, toute contrariété. Hartmann a connu ce raffinement. Ses héros se contraignent pour ne pas affliger l'hôte en laissant paraître leur douleur s. Loin de proclamer l'importance du service qu'ils rendent, comme le Gauvain français, qui tient que « por néant fet la bonté — Qw\ ne viaut qu'ele soit seûe îï, » les personnages du poète allemand font le silence autour de leur mérite ï«, et acceptent mais n'imposent pas la reconnaissance *^ Avec une grande délicatesse, l'un d'eux refuse l'hospitalité d'un riche seigneur, pour ne pas blesser le père de sa pauvre fiancée, en refusant de passer la nuit chez lui <2. La
sonnagc, pendant la sorte do crise do frénésie qu'il traverse, une brusquerie qui s'accorde mal avec les égards de la politesse. — 1. Hartmann s'est gardé de répéter l'apostrophe de l'ivain français à Lunete : « Tais-toi, folle créature » (Chr., Iv., 3575;. — 2 Le vers de Chrétien : « Fui garce fol et anuieuse » a disparu de YKrcc allemand (Chr., Er., 1713). La seule injure de YÉrec de Hartmann, iihel hx'ft, a été mise dans la bouche d'un personnage antipathique — 3. Chr., Iv.. 3751. 5008. 5051; H., Iv., tJOOy. 4275. — 4. H., Er., 7212 et ss. — 5. H , Er , 7280 et ss. - 6. IL, Er., 2634 et s. - 7. H , Iv. 368, 2655 et s., 6475 et ss. — 8. H.. Iv., 4386 et ss., IL. Er.. 8249 et ss. Chrétien a le même motif (Iv., 3814 et ss.), mais Ta moins fait ressortir que Hartmann. — 9. Chr., Iv., 4273 et ss. - 10. IL, Iv , 1039 et ss. — 11. H. Iv . .5103 et ss. — 12. H , Er , 1351 oi ss.
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•210 ÊTIDK SUR HARTMANX d'aCK.
politesse revel parfois chez le poète allemand une forme gracieuse. « Tout ce que j'apprendrai d'heureux vous concernant, dit un personnage à un autre, sera pour moi une cause de plaisir *. »
Ne nous étonnons pas que Hartmann ait, avec tant de souci, mis en relief les actes de politesse. Il avait la prétention, en écrivant ses ouvrages, d'offrir à ses lecteurs ou auditeurs, non seulement une distraction pour les heures d'oisiveté, mais aussi des leçons de toute nature. Thomasin a tiré la plupart des sentences morales de son Welscher Gast des poèmes arthuriens. Hartmann a contribué pour une large part à l'enseignement de ses contemporains. Il a notamment mis en évidence l'importance des belles manières et des façons courtoises. 11 donne de menues indications sur la manière dont on doit s'aborder, se quitter, se comporter vis-à-vis des dames, et il manque rarement de faire remarquer que ce sont là des preuves de bonne éducation. 11 apprécie les actions de ses personnages, qualifie leurs attitudes, présente leur conduite comme blâmable ou digne d'être imitée. En un certain endroit, il décrit tout au long ce que doit faire un chevalier arrivant tout armé en présence d'une dame. « La voyant assise, l'étranger, plein de civilité, descendit de sa monture, qu'il attacha à la* branche d'un arbre. Au tronc il appuya son écu et sa lance. 11 défit ensuite son casque, qu'il jeta sur le bord de l'écu. De sa tète il ôta sa coiffe, car sa courtoisie était grande. Puis il se dirigea vers elle -. »
Chrétien ne vise pas à ce rôle d'éducateur. Il ne mérite pas davantage le titre de psychologue, qu'on peut, avec quelques réserves, appliquer à Hartmann. Le poète français se plail, moins que son traducteur, à raisonner sur les émotions, à approfondir les sentiments, à réfléchir sur les conséquences morales d'un fait. L'abstraction n'est pas son affaire. C'est un conteur qui se laisse entraîner par les événements et ne prend ni le temps ni la peine de les expliquer ou de les apprécier. Il n'entamera pas une longue discussion sur les impressions de ses héros, mais les traduira par des effets sensibles. Ses person-