H., Iv.. 5922 et ss. — 2. H.. Kr.. 8957 Pt
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nages sonl-ils affeclés d'une subite émotion, elle se manifeste par des mouvements physiques. Sous l'effet de la douleur, ils soupirent, pleurent, se tordent les mains, s'arrachent les cheveux. La joie les fait bondir, chanter, rire. C'est avec de bruyantes exclamations, des embrassements pleins d'effusion qu'ils se souhaitent la bienvenue. L'espoir ou l'inquiétude se reflète sur leurs visages. Un choc nioral les fait s'évanouir. Hartmann renonce souvent à exprimer de cette façon extérieure les émotions humaines. Alors que Chrétien nous montre une héroïne pleine d'angoisse, s'arrachanl les cheveux, baignant son visage de larmes, Hartmann prétendra donner la sensation de ce chagrin en lui mettant dans la bouche une froide exclamation '. S'agit-il de nous apitoyer sur une jeune femme perdue, par une nuit affreuse, dans une forêt déserte et embourbée dans d'impraticables chemins, Chrétien dit : e La nuit élait si noire qu'elle ne voyait pas le cheval qu'elle montait. Elle appelait à son secours Dieu et sa mère, puis tous les saints et les saintes, et fit mainte oraison pour que le Seigneur la conduisît en un gîte hors des bois. Elle pria tant qu'elle entendit le son du cor et en eut le cœur rempli de joie -. • Hartmann, au lieu de ce tableau animé, de ces appels désespérés, de ces prières pressantes, se contente d'une banale comparaison 3.
Poète moins plastique que Chrétien, Hartmann préfère la description abstraite, l'analyse des sentiments, l'anatomie de l'àme. Sa prédilection pour l'étude de l'état moral de ses personnages perce à chaque instant. Il exprime leurs craintes *, signale leurs mouvements de pitié 5, énumère les raisons qui les font agir ^>, tient note des pensées qui traversent leur esprit ". C'est un esprit enclin à la réflexion, qu'attirent les problèmes moraux
1. Clir., Er., 38(J7 et ss.; H., FIr., 4425 et ss. — 2. Chr., Iv., 4852 et ss. — 3. Non souleincnt un enfant, mais un homme au cœur ferme eût été en émoi dans ces périls (H., Iv , 5784 et ss.). — 4. Ivain, au chdtoau de Pesme-Aventure, redoute d'avoir à payer cher Ja brillante réception qu'on lui fait (H , Iv., 6556 et ss.). Le poète s'émerveille que le cunir d'un personnajre n'éclate pas dans sa poitrine (IL. Iv., 4946 et ss.). — 5. Guenièvr(» est émue de pitié à la pensée des dangers que va afl'rontcr Ércc (II , Er., 143 et ss ). — 6. H., Iv., 2663 et ss., 6215 et S8. — 7. V. les monologues d'/rain (H., Iv., 1610 et ss., 3350 et ss., 77î>7 cl Ns.\
^I'^ ÉTIDE SUR HARTMANN d'aiE.
complexes, l'exposilion d'élals d'ànie flollanls. Aussi il s'appesanlil sur les situations où deux devoirs diflférents sollicitent simultanément le même personnage. Il retrace au long les irrésolutions d'ivain appelé en même temps à porter secours à Lunete, qui, à cause de lui, est en péril, et au seigneur viclime de llarpin, qui, étant le proche parent de son ami Gauvain, a droite son assistance K 11 explique aussi plus longuement que Chrétien les hésitations d'Énide, contrainte d'enfreindre la défense de son époux ou de Texposer, si elle obéit à ses ordres, à tomber dans le plus grand péril 2. Nous trouvons dans VIoain et VÉrec de Hartmann un nombre beaucoup plus consid^'rable de monologues et de dialogues que dans les poèmes français correspondants. La raison en est facile à saisir: Hartmann sesert de ce moyen pour indiquer les motifs qui déterminent ses personnages à telle ou telle aclion '^, ou pour mettre en lumière leur état moral *.
Suivant en ceci l'exemple de Lamprecht, d'Eilhart, de Veldeke ^, Hartmann attribue parfois k ses personnages des émotions de genre contraire, dont l'une parait exclure l'autre. Au plaisir apporté par quelque événement se mêle un chagrin, un souci, une inquiétude. Une héroïne esl joyeuse du triomphe de son époux, mais affligée de ses blessures 6, ou inquiète des dangers où son courage pourra l'exposer ?. Le cœur de ses héros est partagé entre le plaisir et le regret », la joie et l'inquiétude 9, le ravissement et l'angoisse <o, la satisfaction et la douleur 1».
L'étude des caractères paraît à Hartmann une excellente occasion de montrer sa connaissance du cœur humain. Non seulement il s'est efforcé, comme nous l'avons vu, de marquer de traits plus précis la physionomie de ses personnages principaux, mais il a
1. n., Iv., 4870 et ss. — 2. II., Er., 3148 et ss., 3352 et ss , 3072 et ss. — 3. H.. Kr.. 8520 et ss. — 4. II , Iv., 1010 et ss., 3î)ol et ss., 3509 et ss. — 5. V. Kilhart. lÀchl., CLXXIV. — 6 H., Kr., 4501 et ss. — 7. H., Er., 2S2[) et ss. — 8. H , Er.. 8178 et ss. - 9. II., Iv., 1691 et ss. — 10. H., Iv., 1()96. - 11. H., Er., 5599 et ss. Cette opposition de doux sentiments différents a fuit ensuite fortune dans la littérature du moyen àj^e Nous la rencontrons souvent chez Oodcfroi do Strasbourg et Wolfram d'Eschenbach {Tristan, 5068, 6031, 13036, Parc, 34, 29. oU\\
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cru utile de donner des renseignements sur la constitution morale d*acleurs moins importants. Il esquisse le caractère de Gauvain *, du comte félon -, fait un portrait complet de Kei 3, s'étend sur le courage do Guivret 4.
Ces modificalions apportées par le poète allemand à son original ont leur source dans son tempérament didactique, enclin au raisonnement, à la généralisation. 11 affectionne les sentences, donne la raison des faits particuliers en faisant intervenir des observations générales ^, les éclaire à la lumière de remarques psychologiques 6, fortifie un raisonnement en citant un proverbe, appuie une opinion de Taulorité d'une observation personnelle. 11 n'est pas rare que, d'un fait particulier, il s'élève à la loi générale. Les actes de ses personnages lui sont matière à réflexion t. Alors que Chrétien se borne le plus souvent à conter l'action, Hartmann cherche à en démontrer la possibilité ou la vraisemblance; l'un relate l'événement, l'autre en expose les causes et les moyens ; l'un constate, l'autre explique. Chrétien n'a qu'un but, plaire en intéressant, Hartmann prétend instruire en raisonnant. Chrétien voit dans la poésie un divertissement, Hartmann un enseignement utile. Chrétien est un conteur qui ne songe qu'à distraire, Hartmann un moraliste qui se plait à philosopher.
On se demande, il est vrai, si Hartmann a toujours su placer à propos sa science psychologique. Non erat hic locusy est-on tenté de s'écrier, en lisant telle remarque ingénieuse, telle comparaison d'ordre abstrait, tel développement moral. Le long monologue où Énide, en présence du corps inanimé d'Érec, donne cours à sa douleur, n'offre presque aucun trait qui soit en situation. La jeune femme, que le poète nous dit abimée dans son désespoir, montre une étonnante lucidité d'esprit. Elle fait des raisonnements dignes de l'école pour prouver à Dieu qu'il ne doit pas la séparer de son époux. Elle se fiance au trépas dans les formes voulue.^, en reconnaissant pudiquement qu'il est peu bienséant qu'une femme s'offre la première. Elle cite
1. H., Er., 2719 et ss. — 2. H., Er , 3684 et ss. — 3. H., Er., 4632 et ss. — 4. H., Er., 4279 et ss. — 5. H., Er., 5161 et ss. — 6 H., Iv., 194 et ss. — 7. H., Iv., 4389 et ss., 4413 et ss., 6307; H.. Er., 392 et ss., 4292 et ss , ^253 et ss.
21i KTl'DK Sl-R HARTMANN D'AUE.
doctement des proverbes. Elle se répand en considérations sur un tilleul que Ton transplante avec l'illusion qu*on pourra en faire un arbre fruitier. Elle accable de malédictions bien tournées le glaive d'Erec, qui, quatre cents ans avant le poignard de Théophile de Viaud, a forfait à la fidélité due à son maitre.... Ici, comme dans bien d'autres passages, le poète a oublié la situation du personnage en scène; il s*est substitué à lui et a manqué de goût en faisant étalage de rhétorique au lieu de se laisser aller à son émotion, en accumulant les réflexions et raisonnements au détriment de la vérité. Plus avisé, Chrétien a su s'arrêter à temps et finir un tableau moral après en avoir donné les traits essentiels. 11 fait généralement dire à ses personnages ce qu'exigent leur caractère et leur situation, mais rien de plus. Plutôt que de discuter leur nature et d'étudier les ressorts qui les mettent en mouvement, il les fait agir et parler.
Si Chrétien est un conteur objectif, recourant volontiers à la forme concrète, Hartmann a un fâcheux penchant pour l'abstraction. Chrétien donne la préférence à l'image plastique, à la comparaison avec un objet matériel, Hartmann à la subtile déduction, à l'analyse. Le héros de Chrétien, désespéré d'avoir combattu son fidèle ami sans le connaître, manifestera son chagrin en jetant à terre son épée ensanglantée et en fracassant son écu t; celui de Hartmann se servira d'une opposition de termes abstraits 2. Chrétien ne redoutera pas de décrire les charmes d'une femme, ses cheveux « qui passent or, » son visage aux traits fins, au teint frais et rose, sa gorge plus éclatante et plus polie que le cristal 3. Hartmann s'arrêtera aux cheveux d'or : pour le reste il se contentera de dire qu'il n'a jamais vu plus belle face ni plus beau corps *. Chrétien mettra en lumière la beauté d'une jeune fille en se servant d'une image mythologique : Si le dieu Amour la voyait, il renoncerait volontiers à sa divinité et se percerait lui-même d'une de ses flèches ^. Hartmann nous entretiendra de sa bonté, de sa vertu,
1. Chr., Iv., 6269 et 8S. — 2. J'ai reçu de vous plus d'un coup, comme si vous aviez été mou ennemi. Votre haine s'est acharnée sur votre serviteur (II., Iv., 7174 et ss.}. — :J Chr., Iv., U62 e( î^s. — 4. H., Iv., 1668 et ss. - 5. Chr , Iv..