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LES POEMES ARTHURIENS : CHRONOLOGIE

Chronologie d'Érec et d'Ivain. — Que faut-il penser de la prétendue supériorité d'Ivain sur Érecf — Comparaison des modifications introduites par Hartmann dans Ivain et dans Erec. — Preuves de la maturité du talent de Hartmann lors de la rédaction d'Érec. — Certains passages d'Èrec ont été empruntés à V Ivain français. — Examen des raisons alléguées pour démontrer l'antériorité d'Ivain : assertions du poète, les mots français, les mots populaires, les rimes.

Ce jugement de Gervinus ne peut s'appliquer à Érec, Dans ce poème, Hartmann, nous l'avons dit, s*est moins servilement astreint à suivre son texte. Celle constatation nous met en présence d'une contradiction qui n'a pas laissé d'inquiéter certains auteurs <. D'un côté la crilique a jusqu'ici, sur la foi de Haupt, admis comme un dogme intangible l'anlériorilé d'Érec sur Ivain, Selon elle, Érec est l'œuvre de jeunesse de Hartmann, œuvre imparfaite, où se décèle Tinexpérience du débutant. Ivain, au contraire, « l'œuvre la plus pure et la plus régulière de tous les poèmes rédigés en moyen-haut-allemand 2, > n'a pu être écrit par Hartmann que dans la maturité de Tàge et la pleine possession du talent. D'autre part, il est certain que dans Érec, le poète s'est davantage affranchi de son modèle, que les modifications y sont plus nombreuses et plus heureuses que dans

1. Gervinus. op. c, p. 566; Fôrster, Chr., Er., XVII et ss. — 2. Lachmann, Iv., p. 359.

fvain 1, où il n'ose guère voler de ses propres ailes et où il fait généralement pileuse figure quand il s'éloigne de la voie tracée.

Comment expliquer ce fait? On a prétendu que Hartmann, en vieillissant, s*est efforcé d'atteindre le plus haut degré d'exactitude dans la traduction et s'est à dessein tenu près de son texte afin de faire valoir son grand talent de traducteur "-. Cet argument aurait quelque poids, en dépit de son invraisemblance, si Ton pouvait constater ce procédé chez d'autres auteurs contemporains de Hartmann, ou si les autres œuvres de Hartmann nous en offraient un exemple. Mais c'est justement le contraire qui a lieu. Nous voyons Maître Otte, dans la première partie de son EracliuSy reproduire exactement son modèle français, et dans la seconde, lorsque son talent a mûri, se montrer plus indépendant et s'écarter fréquemment de l'original 3. Nous voyons Hartmann lui-même, dans son Grégoire, que l'on s'accorde aujourd'hui à placer après Ivain 4, agir, absolument comme dans Erec, avec la plus grande liberté à l'égard de son original, taillant également en pleine étoffe, élaguant à grands coups, ne reculant pas devant de graves modifications de la donnée. C'est une accusation d'inconséquence portée contre Hartmann que de le dire capable de se montrer : 1) adaptateur libre dans Érec; 2) traducteur scrupuleux dans Ivain; 3) do nouveau imitateur indépendant de son modèle dans Grégoire,

D'autres hypothèses ont été faites pour rendre raison de cette contradiction. M. FOrster se demande si Hartmann n'aurait pas, l'âge survenant, perdu de ses facultés poétiques. Mais on se fonde justement sur la prétendue supériorité d'/vain, pour établir qu'il a été écrit après Érec ^. Hartmann n'aurait il pas eu de manuscrit sous les yeux, et aurait-il composé son Érec d'après un récit oral? La concordance de longues listes de noms et la traduction littérale de nombreux passages interdit d'ad-

1. Mushacke, op. c, p. 12. V. aussi plus loin nus ol)ser valions. — 2. Gol- Iher : Litt. gesch., p. 212. - 3. Oolther : IJU. gesch., p. 205. — 4 Cette chronologie est adoptée par M. Goltlicr lui-même, op. c, p. 213. — 5. Nous ne pensons pas d'ailleurs que Hartmann ait atteint un âge avancé et nous croyons îi an perfectionnement continu dans ses œuvres. Toute la question est de savoir si c'eftt dans Imin ou dans Érec que se révèlent les progrès qu'a faits le poMp.

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