‹ Étude sur Hartmann d'AueChapitre 25 sur 42 · LES POÈMES ARTHURÏKNS : CHR0N0L0(;IE · texte numérisé non relu

LES POÈMES ARTHURÏKNS : CHR0N0L0(;IE

Celte réserve faite, passons à Texamen des mots populaires contenus dans Erec.

De ces termes, les uns se trouvent également dans d'antres poèmes de Hartmann, que Ton s'accorde aujourd'hui à considérer comme postérieurs à loain, ou dans Ivain lui-même. Nous rencontrons gemeit dans le Pauvre Henri S begarwe dans Grégoire ^.neinâ dans le Pauvre Henri •". D'autres mots estampillés comme termes populaires pour les besoins de la cause ne le sont nullement : tels magedln et waelUch ^. D'autres encore auraient été exclus de la poésie courloise et, chose singulière, se rencontrent chez les poètes courtois contemporains et successeurs de Hartmann. Garwe, albegarwe^ valant, sont employés couramment par Godefroi de Strasbourg, qui, pourtant, était un poète courtois, et par Conrad de Wurzbourg '». D'autres, enfin, sont des formes dialectales qui peuvent provenir du fait des copistes, et dont pourtant nous retrouvons quelques-unes dans la poésie courtoise : tels neizwas c, neizwie 7, menegin s, mahte pour mohte ^,sum^^. L'emploi de la conjonction ^ocA, que Haupt reproche à l'auteur d'£réfc comme non courtoise, se trouve aussi dans Ivain *'. L'argument tiré de la présence de pràeven, qui se rencontre six fois dans ÉreCy alors qu'on ne le trouve pas dans Ivain, prouve le contraire de ce qu'on affirme **. Ce terme est une conquête de la seconde moitié du xu® siècle *3. Il est permis de croire que Hartmann, qui ne le connaissait pas encore lorsqu'il a écrit Ivain, se l'est approprié avant de composer Êrec, où il a eu plusieurs fois l'occasion de l'employer. L'expression faire jaillir le feu des heaumes ne peut rien démontrer pour la chronologie d'Érec : en etfet, elle se trouve dans Ivain »*. Ce

1. P. II., 1201. Ce mot est fréquemment employé par Ottc : Éraclius, v. 2030, 2221, 1743 2411, etc Zaïzikhofen. 86, etc. Wirnt de Gravenberg, 60. 37, etc. — 2. Grog., 1949, 3851 — 3. P. H , 1276. - 4. V. Grève : Leben und Werke Hartnianns ron Ane, p 49. — 4. GarwJ {Trist., 1297, 8147. 9093. etc.\ albegartre [Trist., 7773, Engelh., 2178;, râlant {Tristan, 6217, 9052, etc.). — 6. Zatzikhoven, 2295. — 7. Zutzikhoven. 2774 — 8 V. Grève, op. c, p. 46. — 9. V. Weinhold : A. Gr., p 16. — 10 \Veinhold. op. c, p. 296 - 11. Iv., 4931. — 12. Naumann, Zeit. f. d. A., 2Z, p 35. — 13 Benecke, M. h. d. Wôrterbuch. IP, 537* 10. — 14. Iv., 3353. Elle est d'ailleurs calquée sur la poésie française et non, comme on Ta prétendu, une imitation de la poésie populaire « Et samhlo a ces qui les esgardonl, — Que li hiaunic

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poème, d'ailleurs, n*esl pas exempt non plus de formes dialectales, malgré tous les efforts faits par les éditeurs pour les corriger K

On ajoute que certains de ces mots, soit populaires, soit appartenant au dialecte souabe, qui se trouvent dans d'aulres œuvres de Hartmann, y sont moins fréquents que dans Érec. 11 est naturel qu'il en soit ainsi, Érec étant beaucoup plus long que les autres poèmes de Hartmann avec lesquels on le compare. Les calculs prouvent même quelquefois le contraire do ce qu'on avance. « Si le poète emploie begarwe cinq fois dans Érec et une fois dans le Pauvre Henri, ceci démontrerait que le Pauvre Henri a été rédigé avant Érec^ car il ne faut pas oublier qM'Érec est presque dix fois plus long que le Pauvre Henri 2. » Enfin, la présence du moivûrbûege, qui se rencontre d'ailleurs chez Conrad de Wurzbourg [Engelhard^ 4818), dans Érec, ainsi que son absence dans Ivain, peut s'expliquer par des raisons tirées de coutumes chevaleresques 3. Ce n'est pas sur ces rencontres accidentelles qu'on peut se fonder pour établir une chronologie des œuvres de Hartmann.

On a également mis la prosodie à contribution, pour prouver qn'Érec a été écrit avant Ivain, Érec, dit-on, présente, au point de vue de la rime, un grand nombre de défectuosités. On y découvre : 1) des voyelles longues rimant avec des brèves; 2) beaucoup de rimes dites rûhrend.

Il existe, en effet, dans Érec, six rimes inexactes *. Mais ces rimes peuvent avoir été substituées par des copistes à des rimes justes. On les trouve également chez Zalzikhoven et Conrad Fleck, où l'on pense qu'elles ne proviennent pas des poètes euxmêmes, mais des copistes qui n'y voyaient pas un défaut, étant donné leur fréquent emploi au xm° siècle •*». Les trois rimes en

espraingnent et ardent — Et quant les espees resaillent. — Estanceles ardanz en saillent » {Cligés, 4073 et ks.). — 1. Comme Ta montré M Paul, les rimes bestreich : sirrich (3474), pflach : ersach (4431). sont propres au dialecte aieuianniquc. — 2. Saran, op. c, p. 48. — 3. V. Niedner : Dus deutsche Turnier, p. 61. — A. An : hàn (239), kan : hàn (1603), man : hàn (3303;. hârmin : in (8939), kaiin : bin (4692), rich : sich (1943). — 5. Wcinliold : Al. Gram., p. 34. — D'autres rimes ont été conjecturées par Lachmann et Haupt pour hUrmln et rirh D'ailleurs rich hrof se rencontre chez Walllier de la Vo^elweide Lacli-

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an : an résultent peul-élre d'additions postérieures. On peut, en effet, sans nuire au sens, supprimer les passages où elles se rencontrent *. Ivain, d'ailleurs, offre aussi des exemples de rimes inexactes 2.

On a dit que les rimes rûhrend sont plus nombreuses dans Érec que dans Ivain. Le fait est exact. Mais comme Ivain en contient un certain nombre 3, et qu'arec est plus étendu qu'Ivain, il n'y a ici qu'une question de plus ou de moins, à laquelle on ne peut attacher une importance décisive. En second lieu, si la rime rûhrend avait été proscrite par les progrès du goût, nous ne devrions pas en trouver trace chez les successeurs immédiats de Hartmann. Or, tel n'est pas le cas. L'usage de la rime rûhrend semble avoir été subordonné au bon vouloir de chaque poète. L'un se la permet, l'autre la bannit, un troisième en admet d'une certaine sorte et s'abstient des autres *. Eilhart d'Oberg, qui écrivait assez longtemps avant Hartmann, en fait rarement usage. Veldeke, dont l'art est inférieur à celui de l'auteur d'£rec, s'est interdit les rimes rûhrend de pronoms, verbes, auxiliaires ou parlicules ». Parmi les successeurs de Hartmann, quelquesuns, au contraire, n'ont loléré que celles-là. Lichtensteîn en admet d'une certaine sorte dans ses poésies lyriques 6, et ne les souffre pas dans ses autres œuvres. Si Wolfram se montre très réservé dans l'emploi qu'il en fait, Godefroi de Strasbourg, en revanche, nous offre presque tous les genres rencontrés chez Hartmann 7. Enfin, la rime rûhrend était, au xni« siècle, un ar-

mann : Iwein, p. 499). — Enfin Wolfram se permet aussi des rimes inexactes : Wiener, p. 328 et s. — 1. H., Er . 239-240 ; 1603-1604 ; 3304-3308. — 2. Nous y relevons notamment man : hâtiy &521, gastes : hdstes, 2667. Lachmann, qui ne veut pas voir une tache dans Ivain, a corrigé le texte. Le même procédé permettrait facilement d'éliminer les rimes inexactes à! Érec. — 3. En voici quelques unes : in : in, 6711, wirt : tvirty 1587, in : htn^ 1061, etc., enpfielen : vielen. 6225, einen : deheinen^ 1911. vernement : netnent^ 2171, lôn : Ascalôn, 2272, bas : vUrbas, 3019, arme : erbarme, 4213, etc., werc : getwerc, 5009, lich : gelich, 1333, etc., gelich : eislichy 427, gelich : wixlich, 615, gelich : allertàgelich, 753, gelich : icUnneglich, 1683, gelich : unmugelichj 2660, gelichen : vliieclicheny 3755, geliche : gemelliche, 2217. — 4. La rime composée de deux mois de forme identique et de sens différent fune variété de la rime riihrend) se rencontre plus ou moins fréquemment dans tous les poèmes de quelque étendue de cette époque. V. Grimm : Zur Geschichfe des lieims^ p. 531. — 5. Orimm, op. c, p. 566. — 6. En lich. hchr. hrhm, — 7. L<^s rimes on lirh,

ÛAi ÉTUDE SCR UAHTMANN DALE.

tiflce poétique recherché. Aussi les copistes n'hésitaient pas k en introduire dans leurs textes. Il est vraisemblable que nombre de rimes de ce genre, que nous trouvons dans la Guerre de Troie de Conrad de Wurzbourg, sont le résultat de la corruption du texte '. Be.'iucoup de rimes rûkrend ont été introduites dans le manuscrit d'Heidelberg du Nouveau Tiiurel (TUurel der Jûngere) par un scribe désireux d'amender son poème '. Qui peut affirmer que le texte d'Érec^ si corrompu, n'a pas été Tobjet de remaniements analogues?

Ainsi, nous n*avons trouvé ni dans le talent du poêle, ni dans les indications de Hartmann, ni dans Tétude du vocabulaire el de la prosodie, la preuve convaincante qn'Érec ail été écrit avant loain. En revanche, la liberté de l'imitation dans ÉreCy la valeur des modifications apportées par Hartmann à son original 3, certains perfectionnements de forme que contient Érec, la constatation que plusieurs passages iïÉrec viennent à^Ivain, sont autant de raisons qui nous contraignent à admettre, malgré l'autorité des critiques allemands, qM'Érec a été composé après et non avant ivain ^.

lichen et peut-être Kche. V. Orimm. op. c p. 526 et s. — 1. Grimm, op. c, p. 530. — 2. Qrimm« op c.. p. 549 Les jeux de rime obtenus à l'aide d'un même mot ou d'une même racine roparais.sunt successivement à la tin d*uQ certain nombre de vers ne sont pas, comme le croyait Orimm (op. c, p 622), une nouveauté que Hartmann aurait adoptée après avoir écrit Érec Ils ont été inspires par les jeux sur Minne que nous trouvons chez Rugge (M S. F.. 100: 34, 101 : 6) et chez Veldeke, comme le constate d'ailleurs Grimm lui-même. » 3. Rappelons que Hartmann, comme nous l'avons montré plus haut, a fort habilement moditié les caraclèros d'Ércc et d'Énido. — 4. Nous avons signalé (chap. 1 et appendice i; les rapprochements qui prouvent que Hartmann, en écrivant Grégoire, était encore sous l'inâuence des idées qui le dominaient lorsqu'il composait Érec et qu'il n'avait pas encore perdu le souvenir d'expressions et même de vers qu'il avait insérés dans ce dernier poème. — Si donc Grégoire est, comme beaucoup l'admettent aujourd'hui, postérieur à Ivain, ce poème est antérieur à Érec.

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