‹ Étude sur Hartmann d'AueChapitre 29 sur 42 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

l'art de l'écrivain

Le style de Hartmann. -— La langue. — La versification.

La place 1res considérable que Harlnnann a occupée dans son siècle, l'influence immense qu'il a exercée sur les poêles de son pays, la forme achevée de ses œuvres, nous font un devoir d'éludier son style, sa langue et sa versification K

Tous les critiques qui ont examiné avec attention le style de Hartmann sont unanimes à en proclamer Texcellence. On a dit de notre poète qu'il est un virtuose de la langue, un artiste de premier rang. On a reconnu qu'il a porté la science de la phrase à un degré de perfection que ses successeurs n'cnt pas dépassé. Aussi est-ce à lui que s'adressent de préférence ceux qui se proposent d'éludier le mécanisme du moyen-haut-allemand, et sa remarquable pureté est la principale cause de l'admiration qu'ont eue pour lui les Benecke, les Lachmann et les llaupt.

Au moment où Ilarlmann se mit à écrire ses œuvres épiques, il avait à remplir une rude tâche. La poésie ne disposait que de moyens d'expression insuffisants. Les formules dont se contentait le récit épique de (Conrad, de Lamprecht, de Veldekc et des jongleurs, étaient impuissantes à traduire les impressions complexes, les sentiments subtils, les nuances délicates qu'une vie morale plus intense faisait à un art plus habile le devoir d'exprimer. Les Minnesiugery il est vrai, avaient déjà

1. Nous ne pouvons naturellement enlreprcndre un travail approfondi sur CCS sujets qui dcinanderai(*nt, pour être traités d'une manière complète, dos développements que le carlrc de notre ouvrage ne nous permet pas de leur consacrer.

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frayé la voie el créé pour des pensées jusqu'alors inconnues des formes nouvelles, llarlmann profila de ces découvertes. Mais la poésie épique a des exigences qu'ignore la poésie lyrique, el le développement narratif embarrassé, parfois obscur, toujours lourd, du Roland et de V Alexandre réclamait des progrès que Tauteur de VÉnéide n'avait pas réussi à réaliser. A Hartmann revient la gloire de lui avoir donné Tagililé, la limpidité, la grâce el l'élégance. M suffit de lire l'ouvrage de Veldeke, qui « greffa le premier rameau sur la langue allemande, » et qui écrivit bien peu d'années avant l'auleur A'ivain et d'arec, pour se rendre compte de ce que la liHéralure allemande doit à ce dernier.

Le style de Veldeke est souvent rude et négligé : celui de Hartmann, aisé et pur. Veldeke est insensible à la répétition du même mot à peu de distance ^ : Harlmann ne se permet que rarement cette licence. Veldeke s'accorde certaines libertés de sj^ntaxe : Harlmann se les interdit. Enfin Veldeke se distingue par une prolixilé dont Harlmann, bien qu'il n'ait pas toujours su se garder de ce défaut, n'approche point ^. Chez Veldeke comme chez les prédécesseurs de Harlmann, le récit se développe tout d'une pièce. Notre poêle a senti la monotonie de ce procédé et a réussi à la rompre par certains artifices. C'est à cet effet qu'il a imaginé de se faire interpeller par le lecteur, d'entamer un dialogue ou d'engager une discussion avec lui 3. 11 agit de même avec un être abstrait qu'il personnifie, soit la Mort, soit l'Amour 4. Enfin il anime la narration par des monologues, des exclamations, des interrogations.

Il connaît toutes les ressources de l'art oraloire. 11 sait composer ses discours suivant un ordre savant. On trouve chez lui exorde, proposition, confirmation, réfutation, transitions, péroraison. Son argumentation est aussi serrée qu'ingénieuse ^. Ses figures de rhéiorique sont à peu près celles que connaissaient les poètes de son temps. 11 a souvent fait usage de la personnification : Outre l'Amour el la Mort, dont il a été question plus haut, on voit paraître chez lui la Renommée, la Fortune, la Pau-

1. Bchaghel, Enéide, CXXIII. — 2. Behaghol, op. o., CXXX et ss. — 3. BartRoh, Germ., 7, p. 176. — 4. Er., 5874 et ss. ; Iv., 2971 et ss. — 5. V. notainniPiit le <li>i«*ours iJc la joune paysanne dîin!=> le Patirrr Ilrnri. 671 ci >s.

^SM) ÉTUDE Sl-R UARTMANN f)' AUE.

vrelé, la Ilonle, représentées comme des daines; le Désir, le Mallieur, etc. 11 a même personnifié les qualités et les passions humaines, l'Orgueil, la Colère, etc.

Ses images sont nombreuses et variées. Parfois il en emploie plusieurs pour caraclériser le même objet K Cédant au goût du temps, qu'intéressait vivement ce qui a rapport au jeu, il a longuement développé les comparaisons de ses combattants avec des joueurs. 11 fait également une place trop considé* rable aux préteurs.

Pour ce qui est de la phrase, il s*esl appliqué à lui donner plus de souplesse, d'élégance et de clarté. Les propositions simplement juxtaposées de ses prédécesseurs se sont, sous sa main et par Thabile emploi de conjonctions et autres moyens de subordination, groupées en périodes savamment construites. Mais la période même n*est pas disposée avec une régularité qui dégénérerait aisément en monotonie. Tantôt c'est une harmonieuse alternance de propositions subordonnées et coordonnées qui en varie la coupe; tantôt c'est un membre de phrase nouveau, surgissant brusquement entre deux propositions dépendant l'une de l'autre, qui en rompt l'allure rigide 2 ; tantôt Tusage de l'asyndèle donne plus de vivacité à Ténumération ; tantôt, enfin, à la faron d'Homère, une proposition principale est renfermée dans la première partie do la période 3.

On trouve souvent, dans les poèmes du xn* siècle, le mot dô, qui correspond à peu près à notre alors : Hartmann s'est servi avec discrétion de ce terme, dont on avait fait un fâcheux abus. 11 est également resté modéré dans l'usage de l'ellipse du verbe, qui devient facilement une cause d'obscurité. En revanche, il a, plus souvent qu'il n'eût été nécessaire, eu recours aux périphrases languissantes, et les répétitions oiseuses se rencontrent trop fréquemment chez lui.

Au sujet de la grammaire, il nous faut constater que Hartmann emploie le pronom avec l'impératif 4, qu'il annonce parfois le

1. Er., rtô() et ss. — 2. V. Burdat^h. Rjinmar, p. 65 et s., ex. an dem ich tritare und ère ie rant.. ., der i.sf. M. S. F., 217 : 26. ~ 3. Srhmuhl : Beitv/Uje sur Wtirdifjiitui d*.\^ Stiles nni Unrtiêmnt} van Am\ p. 6. — 1. (irinini : (h\, IV, 2():î.

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prédicat à Taide de ez \, que, chez lui, Tarlicle lient la place d*un substantif précédemment exprimé 2, que le pronom emphatique répète un nom déjà employé auparavant, que le génitif dépendant d'un nom accompagné d'un article indéfini précède quelquefois le substantif, ce qui est une tournure poétique 3, enfin qu'un nom qualifié par deux adjectifs est précédé du premier et suivi du second annoncé par und 4.

Si Hartmann a parfois trop compté sur Tintelligence du lecteur, comme lorsqu'il emploie un seul pronom pour représenter deux noms différents î>, il s'est, sauf une exception, gardé d'un défaut qui se rencontre assez souvent, notamment chez Veldeke, et qui consiste à se servir de l'indicatif présent dans la proposition principale, alors que dans la subordonnée hypothétique se trouve le prétérit du subjonctif, ou inversement <>. il s'est, de plus, abstenu delà massive et peu claire construction àiro xecvoO, qui place un membre de phrase appartenant également à deux propositions coordonnées entre l'une et l'autre, sans aucune liaison 7.

La langue des poètes allemands du moyen âge est en général imprégnée d'éléments propres aux dialectes qu'ils parlaient : en l'étudiant, on arrive presque toujours à reconnaître dans quel pays ils sont nés et onl vécu. Tel n'est pas, a-t-on prétendu, le cas pour Hartmann. De lui et de Walther de la Vogelweide on a dit qu'ils ont si soigneusement éliminé de leurs œuvres toute particularité de dialecte que l'examen de leurs poésies ne permet pas de trancher le débat qui s'est élevé au sujet de leur patrie 8. Nous verrons plus loin que cette allégation n'est pas tout à fait exacte. D'autre part, se fondant sur certaines différences qu'il a constatées entre l'idiome souabe et la langue de

1. Paul : mkd, Gr., J327. — 2. Hornig : Die Wôrter der, diu, daz in ihrem Gehrauche als Pronomen demonstr.... bei Hartmann von Ane, p. 13, 15. — 3. Paul, mhd. Gr., J 192; P. H., 66, etc. — 4. Ex. ein trikehes wolken tinde die, P. H., 155 — 5. Ex. 51 irew des an* angest gar — das »i (sa sœur) iemen braehte dar — der ir kempfen (son propre champion; iiherstritet — ob si jochein jâr bite (quand même elle donnerait h sa sœur un délai d'un an) (Iv., 5751 et ss.). — 6 Bchaghel : Enéide, CV. — 7. V. Paul, mlid. Gv., % 382. — ?*. WcinhoM, nthd. Gr.. p. 1.

Hartmann, M. Kaufrmanh affirme que « Uarlmann ne peut être originaire de la Souabe, dans Tacceplion étroite attribuée à ce mol (Obernau), et que le dialecte souabe lui est étranger *. »

Cette assertion, si elle était juste, détruirait ce que nous avons dit plus haut au sujet de la patrie de Hartmann ^. II importe donc d*en vérifier Texactitude.

Nous ne contestons pas le fait de la pureté relative de la langue de notre poète. Nous estimons que cet écrivain de grand talent, soucieux au plus haut degré de la forme, instruit par des voyages et des lectures variées, s'est efforcé de bannir de ses œuvres ce qui leur aurait donné un goût de terroir trop prononcé. Mais M. Kauffmann n'a pas fourni la preuve que Hartmann n'ait pas écrit en Souabe. Si, en effet, l'auteur dVoain confondait dans la rime les deux sons ei (ei provenant de la contraction de egi et ei dérivant de ai)y généralement distingués par les auteurs souabes •^ le fait peut s'expliquer par l'influence de poêles non souabes que Hartmann, bien informé, a connus et imités. En rimant a bref avec a long, Hartmann n'agissait pas autrement que tel poète dont l'origine souabe n'est pas disculée * ; il ne faut pas d'ailleurs oublier que notre auteur, vivant dans la société courtoise, a, comme son entourage, évité les transformations populaires de Va et adopté pour cette lettre une prononciation uniforme basée sur l'écriture i>. Enfin, nous répétons que les copistes des manuscrits sont responsables de nombre de modifications, les uns transposant dans leur dialecte les vers de Hartmann, les autres éloignant de ses poésies les formes spéciales à son idiome.

Malgré ces altérations, nous découvrons cependant chez Hartmann un certain nombre de parlicularilés qui se distinguent de l'allemand commun [gemeindeutsch) et qui sont constatées chez les auteurs souabes. Voici les plus importantes.

La lettre o, issue du rétrécissement deow,se rencontre devant

1. F. Kauffmann : Gesch. dcr schtrah. Mundart, p. 282. — 2. V. chap. I. — 3. Cette distinclion est loin d'avoir ëlc exactement observée, M. Kauffmann lui-m«*»mc le reconnaît, op. c, p. 91 et s. — 4. Meinlohe, v. Kauffmann, op. <-., j). 2^\. — T). Kauffmann, op. c, p. 2>*1.

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)i : dronde *, gedrot 2. Elle se trouve également au lieu de la mélaphonie du rélrécissemenl de la diphtongue ou 3.

Au lieu de u nous trouvons û (c'est-à-dire uo) : wûrchen *, zùrnet s, lûgemaere 6.

Pour les consonnes, les différences sont plus nombreuses. Au lieu de v, Hartmann a employé b : hûbesch 7, de k initial ch : chiesen », quoique k paraisse généralement adopté par lui. Au lieu de c final, se rencontre ch : mach 'J, pflach, qui rime avec ersach 10^ sweich, qui rime avec bestreich ^i.

Si h final est fréquemment renforcé en chy ex. sachy qui rime avec gemach^-j sichy qui rime avec mich^^, d'autre part il disparaît quelquefois, ex. : nâ **, hô »&.

/ accompagné d'une liquide est transformé en d : besande^^^ erholde n. En revanche, / initial ou final lient souvent la place do d : tiu diet ^8, rette <•♦, ter lewe ^0, untter pour und der-\ widerrette'i^

j est quelquefois remplacé par p ; krogierende"^^. Habituellement Hartmann emploie la forme kroijieren.

Accompagné de t, h est usité pour ch. Ainsi, bedaht : braht*^^, gedâht : brâht îô.

A la fin des mots, n se rencontre pour m, ce qui est une forme alemannique : mon, qui rime avec iuon ^6; ruon^ qui rime avec heiUuon^T;nany qui rime avec man'^^; betian'^'^yhein^^y oehein^^.

r, dans le corps des mots, se rencontre pour c^ ; genâren 3?.

sch s'est simplifié en s .• laste, de leschen 33, ivûnste de wilnschen 34.

Le participe passé de sazjan est terminé par un / ; gesnl 35.

A la fin du mot dnrch, ch est supprimé, autre particularité propre au dialecte alemannique.

1. Iv., B. 1242. - 2. Iv., BD, 5285 - 3. Wcinh., al. Gr., | 45. — 4 Iv., B, 6191. - 5. Iv., B, 6133. ~ 6. Iv., B. 3658. - 7. P. H., 74. - 8. Iv., B, 4814. - 9. P. H., 1264, 1274. — 10. Iv., Dd, 4431. - 11. Iv.. BDE, 3474. — 12. Er, 1860. — 13 Grég.. 10^. — 14. Er.. 1418, 159. - 15. Er., 9013. — 16. Grég., 11»5. — 17. Iv., B, 2795. - 18. Iv , 7593. — 19. Iv., 7641. - 20. Iv., 7763. — 21. Iv., 7777. - 22, Et., 1408. — 23. Iv., B, 7106. — 24. Iv., 681. — 25. Grég., 971. — 26. Er., 899, 4357, 5481. — 27. Grég , 3767. - 28. Er , 1829. - 29. Er., 3647. — 30. Grég.. 137. - 31. Grég., 737 ; Er., 433, 8017, etc. — 32. Iv., 2539; Kr . 4213. - 33. Er., 1779. - 34. Er . 5705. - 35. Er.. 838, eic. ; Grég., 917.

Certaines consonnes sont géminées : ainsi s dans disscy accusatif féminin du pronom démonslralif * el t dans biUen au lieu de biten; rilter est presque exclusivement employé dans Érec pour riler, el vatter pour vater.

On trouve chez Hartmann quelques hésitations au sujel du genre. Contre Tusage général, il a fait briUlouftfèmmin^ alors qu'il est habituellement masculin, el jâmei\ qui est généralement masculin (même dans Ivain 2}, neutre 3. Pour ce qui est du nom, il n'y a guère à signaler que la forme ineniginy que nous trouvons dans Érec * au lieu de menigi ou menige, et qui paraît être souabe.

La conjugaison donne lieu à quelques remarques.

A la première personne du pluriel du présent de Tindicatif du verbe être nous trouvons bim ^, forme ancienne pour <in(, qui a été emprunté au subjonctif. Dans megi (qui rime avec bewegi) 6 et megen (qui rime avec slegen) 7, Va ancien a fait place à e sous Tinfluence de 1'/ de la terminaison.

Le prétérit du \erhe savoir est parfois, chez Hartmann, it^es«e », parfois weste '•* au lieu de la forme régulière wiste, qui se rencontre déjà au xn° siècle.

Le verbe régulier krefUgen^ à la troisième personne du singulier du présent de l'indicatif, a la forme archaïque krefiigôi ^o.

A la seconde personne du pluriel du présent de l'indicatif, on trouve chez Hartmann, comme chez de nombreux poètes alémanniques, la forme nasale eni : nement (qui rime avec zemeni >*, vernement <2), etc.

Cette nasalisation de la terminaison a également affecté l'impératif : ainsi ge7ic est l'impératif de gân 13.

Au sujet de la conjonction joch employée dans le sens de et, il faut constater qu'elle ne se rencontre que chez les poètes du xii° siècle. H est faux que, comme le dit M. Kinzel ^4, Hartmann n'en ait fait usage que dans Érec »*'• : elle est aussi dans Ivain ^6,

1. Grove, op. c. p. 46 et s. ~ 2. Iv., 6347. — 3. Er., 6873. - 4. Er., \69S. - 5. Er., 4050. - 6. Er., 4686. — 7. Er., 5768. — 8. Er., 6786 — 9. Iv., 1721; Er., 7118, elc. — 10. /. BUchl., 290. M. Bech a rétabli la forme régulière dans son cdilion. - 11. Er., 6395. - 12. Iv.. 2172. — 13. Er.. 319; Iv , B, 2215, 8033. ~ H. Lainprorln, .4/'.»;.. p. 4:^. — 15. Er., iWm, 752*.>, '.>î»15. — 16. Iv.. 4931.

l'art de l'écrivain. ;jo1

où elle occupe une place dans l'inlérieur du vers {an beinen joch an armen), alors que dans Érec elle se trouve au début du vers el seulement dans une énumération de trois objets (ex. unz daz er sin tsengivant — joch schili unde sper vant,..,}.

Il a été question plus haut * de formes alémanniques qui se rencontrent dans Érec^ telles que neizwaz^ neizwie; ajoutons les interjections neinâ 2, que nous ne trouvons pas dans les aulres poèmes de llarlmann, et wâfen 3, devenu un cri de douleur après avoir été un appel aux armes *.

Il n'y a pas lieu de signaler les formes diverses des verbes hân, stân, mûezen, etc., ainsi que les apocopes, syncopes et autres contractions ou modifications des mots qui ne présentent qu'un minime inlérét et sont d'ailleurs mentionnées dans les dictionnaires et grammaires.

Telles sont les remarques que l'on peut faire sur le vocabulaire et la grammaire de Hartmann. 11 y aurait injustice à ne pas constater à cet endroit son incontestable maîtrise de la langue. 11 a connu toutes les ressources qu'elle lui offrait; il en a créé de nouvelles. Certaines compositions de mots sont d'heureuses trouvailles s. Des alliances imprévues de termes éclairent el renforcent la pensée <>. On trouve dans ses vers des exemples d'harmonie imitative 7, ainsi que d'habiles oppositions ou répétitions de mots ».

Nous accordons cependant que Hartmann a parfois abusé de ce procédé, et que le retour du même lerme est, dans certains endroits, une recherche puérile 9.

Le versificateur, chez Hartmann, a été à la hauteur du styliste : un rapide coup d'œil sur les lois de la versification, telles qu'elles étaient fixées à son époque, et sur la façon dont il les a appli-

1. V. chap. IV, 5. — 2. Er., 4441, 4737, 6945. - 3. Grég., 332. — 4. V. Weinh., al. Gr.y { 328. — 5. Edelarm (Er., 431), sperweide (Er , 9092), sich enthovetciscn (Er., 4196, etc.). — 6. Bildesrecht hrechen (Er , 7(508), friedliche hendt: (Grég., 1856), mit frostiger hant (Grég:., 1353', hangende nof (Iv., 4678, etc.). — 7. Der slac entgegen slage sluoc (Er., 862). — 8. Der tôt.. . der ailes liep leidet, — so er liep von liehe scheidet (Er , 2209 et ss.); so des vil gâhelôsen gâches heil zergàt — daz er an der vil gâhelôsen gâhes funden hat (M. S. F., 212 : 35 ot s.V — 9. Iv.. 6238 et ss.: 7797 et ss : Er., 9540 et ss.

30^ ITUDE SUR IIAUTMANN d'aUK.

quées ou amendées, nous montrera les progrès que lui doit la poésie allemande *.

La versification allemande, au moyen âge, repose sur le nombre el l'inlensilé des accents ^. Une syllabe accentuée porte le nom de I/ebungy une syllabe non accentuée ou moins accentuée qu'une Hebung porte le nom de Senkung 3. Le vers épique de la poésie courtoise se compose de quatre Uebungen^ autour desquelles se groupent des Senkungen en nombre indéterminé. Il peut même arriver que nulle Senkung n'accompagne les Hebungen : ce cas se rencontre assez fréquemment chez Veldeke, plus rarement chez Hartmann, où nous le trouvons cependant plus d'une fois : hie slac, dà stich *; min her Gâivein '^; fûnf roubaere ^\ etc. Parfois il n'y a qu'une seule Senkung dans le vers : swér sô in wderé; parfois nous en voyons deux : arme unde riche, \q plus souvent trois ou quatre.

11 est clair que le vers contenant pou ou point de Senkungen est dur et raboteux. Aussi s'est-on peu à peu, el surtout sous l'influence de la poésie romane, efforcé de régulariser l'usage des Senkungen. Le vers le plus régulier, celui que préfèrent les poètes les plus purs, est le vers dans lequel chaque Uebung est suivie d'une Senkung^ c'est-à-dire le vers de mètre trochaïque 7 (ou ïambique, si l'on tient compte de VAuftakt). Mais ce n'est qu'après Hartmann qu'un certain nombre de poètes, surtout Conrad de Wurzbourg, se sont approchés de ce point de perfection.

Au début du vers se trouve quelquefois une Senkung ou même plusieurs : c'est ce qu'on appelle Auflakl. Chez Hartmann, nous rencontrons fréquemment VAuflakt d'une syllabe, plus rarement celui de deux : ouch struor \ er, des in diu liebe

1. KoiiKirquons i[\\o l)on nombre do règles conoornant lu métrique ont été (lét'ouvortos par IVxamon dos poésies do Ilartinunn lui-môiiic, que Lachmann ol d'autres considèrent comme lun des plus purs versitieateurs de son temps.

— 2. Les ouvrajîos suivants donnent les détails dans lesquels nous no pouvons entrer ici : l'aul : iirdr.. 2"; Koberstein : lÀtt. (jcsch ; Laclimann : Zu lirein ; Zarncke : Sihl.^\ Wackern.-Toischer : Dcr annr Ilcinrirh, etc. —3. Vno Senhutuj peut être accentuée. V. /arncko, op. c, CX, et s. Le nom de .syllabe non accentuée donné à la Senkuny n'est dcmc pas toujours exact — 4. Iv., 3734.

— 5. Iv., l»!.'). - <». Kr.. 3i?î»S. - 7. S:iran. op. c. p. 40; Taul, (irdr. 2». p. î>35.

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