‹ Étude sur Hartmann d'AueChapitre 35 sur 42 · Er.. 7757 et ss · texte numérisé non relu

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3ii KTrUE SUR HARTMANN d'aUE.

clavage avilissant, comme dans Gudrun, plus de hautaine indifférence comme dans les chansons de geste. Le chevalier se rend à discrétion, il se met enlièrement au pouvoir de Taimée, consent à demeurer son prisonnier, au besoin à perdre la vie par ses ordres i. Il fait aveuglément les promesses qu'elle exige de lui 2, et il est cruellement puni s'il manque à la parole donnée '. Le pouvoir de la dame est tel que pour elle le chevalier se déshonore en se condamnant à une honteuse oisiveté *. Ainsi, la femme, qui, « au x« et au xi* siècle, n'est l'égale de Thomme ni dans la loi ni dans les mœurs •'», • a conquis au xii* non seulement l'égalité, mais une suprématie incontestée. Ce n'est plus elle qui languit. Assise sur un trône élevé, elle reçoit dédaigneuse les hommages de l'homme, qui soupire humblement.

Avec le mariage, il est vrai, les choses changent de face. Devenue épouse, la dame des pensées perd une partie de ses privilèges, et le mari revendique les droits qu'il possédait dans les chansons de geste 6. Erec se montre d'une singulière dureté envers Énide quand elle est devenue sa femme. Lorsque le comte de Limors déclare que < nul n'est admis soit à blâmer, soit à approuver la conduite d'un homme envers sa femme 7, > il semble répéter un axiome courant. Joignant la pratique à la théorie, il frappe brutalement celle avec qui il vient de s'unir et répond aux observations qu'on lui fait que « personne n'a le droit de l'empêcher de la traiter conmie il lui plait ». » 11 faut bien reconnaître que la femme mariée du poème arlhurien ne montre pas en général la même fidélité à son époux que celle des poèmes populaires. Ciudrun, qui se considère comme unie à son fiancé, reste insensible aux séduclions comme aux mauvais traitements qu'on lui inflige pour la séparer de lui. Chriemhild ne consent à un second mariage que pour se venger plus sûrement des meurtriers de Siegfried. 11 est probable que si Hrunhild, au lieu d'être l'indomptable Walkyrie des antiques sagas, avait été la châtelaine d'un burg féodal, elle ne se serait pas acharnée à la perle

1. Iv , 2243, 2231. — 2. Kr., IMÎHJ ci s. — 3. Iv., 3181 cl ss - 4. Er., 2923 et ss. — 5. Joaiiroy. op. c, p. 227. — 0. Kral)l)cs, op. c. p. 42, noie 225; p. 56, note 315; Schuli/, op. r.. p. 1<)3 ; AVeinlioM : Die (IcKfschcn t raucn^ II, p. 27 cl ss. — 7. El*., tJ5i2 n s>. — 8. Er., 0545 el ss.

LA SOCIÉTÉ CUEVALERRSgU£ D*APRÈS HARTMANN. 3i3

de Siegfried, mais serait devenue son amie, en vertu du principe admis dans la poésie arthurienne, que Tamour est dû au courage, et que la valeur de l'amant excuse la faute K S'il célèbre quelquefois le dévouement conjugal, le poème arlhurien n'hésite pas à montrer la plus large tolérance envers l'adultère. Iseult trompe sans remords le roi Mark, Guenièvre préfère le brillant Lancelot au patriarcal Arthur, Fénice quitte Alis pour s'enfuir avec Cligés. Si Laudine ne trahit pas son époux vivant, elle tarde vraiment trop peu à voler avec ravissement dans les bras de son meurtrier.

Le poème arthurien ne prétend pas nous intéresser à l'amour conjugal. Le mariage y est le plus souvent la conclusion du récit. « Un chevalier inconnu.... vient d'arriver à la cour d'Arthur, quand une aventure quelconque, regardée par tous comme impraticable, sollicite son courage; il quitte la cour, accomplit l'aventure et ensuite beaucoup d'autres, et finit par épouser une jeune fille qui s'y trouve mêlée et qui lui apporte en dot un royaume 2. > H semble que la poésie chevaleresque fasse fi du bonheur domestique, des joies du foyer, des devoirs réciproques des époux : elle s'intéresse surtout à l'amour libre qui se donne et se reprend, suivant le caprice des cœurs et le hasard des événements 3. Aussi est-il souvent question de Vamie dans le poème arlhurien. Vamie est la compagne du chevalier, elle séjourne avec lui dans sa demeure, le suit dans ses voyages, partage sa bonne ou sa mauvaise fortune ; mais elle n'est pas attachée à lui par un lien légal. On a soin de la distinguer de la femme légitime 'k Mieux que celle-ci elle ressemble aux héroïnes de la légende celtique, aux Viviane, aux Dames du lac, aux Orgueilleuse, qui, comme on l'ajustement remarqué, ne font jamais venir à l'esprit l'idée du foyer ni celle des enfants &. La destinée de Vamie est d'être la compagne du chevalier dans l'aventure,

1 et si vous pooz folie trover en vos amors, ceste folie est desors loles

autres honorée, car vous aimez la signorie et la Hor de tous les chevaliers del monde (P. Paris, op. c, IV, p. 72). — 2. G. Paris, la Litt. fr. au m. «., p. 07. — 3. Telle est la nature do l'attachement de Gahmuret pour Belakane et Herzeloide, de Gauvain pour la dame de la Mule sans frein^ etc. — 4. Er , 6171. — 5. Nuit : Studies on the legend of the lloly Grail.

3ii ÉTUDE SUR HARTMANN U*AUR.

de partager son sort, honorée s'il est vainqueur, couverte de honte par sa défaite, misérable s^ilesl prisonnier ou mis à mort >. Souvent elle est la cause du combat, soit que son ami revendique pour elle le prix de la beauté, soit que, le désir de la pos* séder tenlant un chevalier étranger» celui-ci assaille son compagnon, soil enfin que, menacée ou opprimée, elle ait besoin de Tappui d*un héros rencontré par hasard ou patiemment recherché.

Vamie a droit à tous les égards de la femme mariée. Il n*en est pas de même de la suivante, qui occupe une situation inférieure et que Ton ne traite pas comme la demoiselle, A la cour d*Arthur, Lunete n*a été saluée que par le seul Ivain. Cesl, de la part de Gauvain, un acte d'extrême condescendance de remercier gracieusement la soubrette .de Laudino des services rendus à son ami. Les suivantes des poèmes chevaleresques, malgré leur rôle parfois important dans l'action, restent en dehors du lîionde courtois, de même que les confidentes de notre tragédie classique sont en dehors du monde héroïque.

Soit épouse, soit amie, la dame a sa place marquée dans tous les actes importants de la vie sociale. Si le poème populaire la tient éloignée des banquets -, s'il la fait vivre à l'écart au point que Siegfried puisse passer une année entière à la cour des frères de Ghriemhiid sans apercevoir celle-ci une seule fois, si les chansons de geste la montrent dédaignée par tous, même par son père qui souhaite des enfants mâles 2, elle parait, dans les poèmes chevaleresques, à toutes les solennités. Elle anime et embellit de sa présence les fêtes et les réunions. Déjà Conrad raconte (juo beaucoup de nobles dames se trouvent au camp de Charlemagne '•. Elles assistent sinon aux tournois, du moins aux joutes et aux duels judiciaires, (le sont elles qui désarment le chevalier à son arrivée au château. 11 n'est guère de demeure seigneuriale où l'on n'en rencontre au moins une. Leur beauté et leurs charmes enchantent lesonibn» burg. L'étranger est ravi par leur gracieux accueil. L'endroit où elles résident est un sé-

1. Kr , ÎH)82 01 ss. — 2. Schwurzo, Z. f. d. PhiL, 16. p. 420. — 3. Krabbes, oj». i*., p. 1>. — 4. I^olandslicd^ iy61.

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