L HOMME
éternelle, nous autorisent à croire qu'il a dès lors rompu définitivement avec la poésie amoureuse. Aux œuvres que Ton pourrait réunir sous le titre Amour succèdent les poèmes épiques, les récits que Ton peut grouper sous le nom Aventure et qui se composent de deux œuvres de longue haleine : /vain et É7'ec, Outre cette sorte de conversion, d'autres raisons ont pu déterminer Hartmann à abandonner la chanson pour Tépopée. H est cerlain que ses poésies lyriques n'ont pas eu l'éclatant succès de celles de Hausen, de Reinmar et d'autres Minnesinger mieux doués. Il est possible aussi que Hartmann se soit rendu compte que son talent abondant se prêtait mieux à la poésie narrative qu a la poésie lyrique. Peut-être enfin est-ce, comme on l'a dit, le succès de V Enéide de Veldcke ^ ainsi que la faveur dont il avait vu honorer en France les poèmes arthuriens, qui l'ont décidé à introduire ce genre en Allemagne. Quoi qu'il en soit, ce fut, pour l'auteur du /. Biichlein, la meilleure des inspirations de délaisser le Minnesang pour aborder le récit arthurien. C'est ici, en effet, qu'il a acquis la gloire la plus retentissante et la plus durable. Érec et Ivain, la grande nouveauté de l'époque, eurent sur le-champ un immense succès. Presque inconnu la veille, Hartmann passait subitement au rang des premiers poètes de l'Allemagne, dont il devint bientôt le plus imilé.
Et cependant Hartmann lui-même ne créait pas de toutes pièces. Le conteur qui servit de modèle à tant d'autres travaillait, lui aussi, d'après un modèle. Dos œuvres françaises qu'il avait connues dans son séjour en Carlingie, celles de Chrétien de Troyes, le plus célèbre et le plus habile de ceux qui, en France, mirent en vers la « matière de Bretagne, » lui avaient paru les plus intéressantes. !l choisit, dans le nombre considérable des productions du fertile Champenois, le poème d'/yam et celui d'Érec; il les traduisit en allemand, ne faisant subir au premier que des modifications peu importantes, traitant le second plus librement.
Il est impossible de déterminer de façon exacte l'époque à laquelle ces deux poèmes ont vu le jour. Dans le cinquième livre