CHE EMA
(42) Id., I, 16, 17.
(13) Id., I, 23, 24.
(14) 1d., IT, 14.
(15) Id., III, 7, 8.
(16) Td., III, 24.
(17) Id, II, 15. — Voy. une reproduction de cette gravure dans Gonse, op. cit., vol. I, p. 83.
(18) Cent aspects du mont Fouji, IX, 8.
(19) Td., IIL, 6.
(20) Id., IL, 20.
d’une terrasse de monastère (1) ; encadré dans un trou de rochers (2), dans une couronne suspendue à la porte vide d'un temple (3), ou entre les jambes d’un tonnelier (4) ;
rapetissé, dans une lointaine perspective, sous la courbure d'une cascade (5), sous celle d’un pont (6), sous le treuil d’un puits (7), sous un arbre que des bûcherons font tomber (8); peint sur un tableau (9). Le voici enfin contemplé par des guerriers (10), par des paysans (11),par des plâtriers sur leur échafaudage (12), par un épicurien lettré (13), par un poète mélancolique (14), par un artiste penché sur le dessin qu'il en fait(15); regardé par tousles êtres de la création, depuis les premiers oiseaux du matin (16) jusqu’au loup nocturne (17) ; etcomme pour symboliser la fatigue de
HA) Cent aspects du mont Fouji, II, 13.
(2) Id., II, 24.
(8):1d., II,-20.
(4) Id., IL, 7.
(5) Id., III, 20, 21.
(6) Id., IT, 16; III, 13, 14.—Cf. Esquisses variées, Il, 16 ; VIL, 45, 16.
(7) Gent aspects du mont Fouji, III, 1.
(8) Id., III, 18, 19.
(9) Id., TITI, 11.
(10) Id., IT, 56; III, 23, 24.
(41) Id., I, 9, 40 ; IT, 1, 2; III, 13, 14; et pass.
(42) ZdS IIS 16.
(13) Id., III, 22, 23.
(14) Id., II, 22.—{On peut comparer à cette page un délicieux tableau de Hoksaï, reproduit dans le Nikon bijouts Ghah6, vol. 1, fasc. 8, 2 série, n° 410. (Le Fouji contemplé par un jeune garçon perché sur un saule, et qui oublie dans son ravissement la commission dont il a été chargé.)
(45) Cent aspects du mont Fouji, III, 12, 13.— Cf. Esqu'sses variées, NGPLTe
(16) Cent aspects du mont Fouji, I, 11, 15, 16; IT, 48; III, 10. — Cf. Recueil de peintures, III, 20. ’
(17) Cent aspects du mont Fouji, III, 20, 21.
166 ÉTUDE SUR HORSAÏ
l'artiste après ce grand travail, à la dernière page du livre (1)un vieux bonze, ébloui d’une journée de lecture sur les saints rouleaux, lève ses bras, tord ses mains, s’étire, la tête renversée devant sa fenêtre, où la vue du Fouji neigeux rend la fraicheur à ses yeux et la sérénité à son âme. En tout cela, il y a peut-être un peu trop d’esprit, el pas assez de grandeur simple. Le maître s’est un peu perdu dans la recherche des points de vue inusités; il s’est trop amusé dans la joyeuse compagnie de ces bonshommes campagnards qu'il dessinait ébahis devant l'énorme volcan ; il a trop fortement enfoncé sur ses tableaux l'empreinte de l’école vulgaire. Mais si on oublie les choses sublimes qu'il eût pu peindre pour ne songer qu'aux choses vivantes qu’il a peintes, si on considère le sentiment passionné qu'il éprouvait pour la montagne légendaire et que la minutie même de ces rares études fait éclater, si on jette enfin les yeux sur cette noble silhouette qu'il en a tracée d'un seul coup de pinceau (2), et qui est néanmoins une des pages les plus complètes de l’ouvrage, on comprend quelle intime et chère familiarité l’unissait à son sujet, et devant ces touches hardies, ces caresses d’amoureux un peu brutal, mais très épris, on se rappelle malgré tout l'accent du vieux poète (3): « Là-bas, où le pays de Kaï touche au pays de Sourougha (4), le FouJiyama lève sa tête altière. Devant lui, les nuages du ciel s’arrêtent en adoration, et les oiseaux n'osent tenter ces cimes prodigieuses où les neiges fondent sous l’ardeur des feux, où les feux terribles s’étei-
(1) Cent aspects du mont Fouji, III, 5.
(2) Id., 11,25.
(3) Dans le Recueil des dix mille feuilles.
(4) Pour ces deux provinces, voy. les Cent aspects du mont Fouji, II, 12 et pass.
gnentsous les neiges. Quels mots pourraient dire, quelles strophes chanter ta majesté divine ? C’est ta poitrine qui arrête les torrents de la Narouzaoua, c’est de tes flancs que les sources de la Foujikaoua jaillissent. O grand Foujiyama, élancé aux cieux, tu es un trésor donné aux hommes, un dieu protecteur qui veille sur le Japon ; que sur toi, à Jamais, mes yeux se réjouissent ! »
Cette conscience artistique dont nous venons de voir des preuves si manifestes, Hoksaï l’appliqua à bien d’autres objets. Pour donner quelque idée du paysagiste, nous avons suivi avec lui une grande route et visité une montagne sauvage : il fallait choisir; mais que d’autres points de vue à signaler, si on voulait décrire plus complètement cette œuvre qui contient presque toute la géographie pittoresque de l'empire (1) ! Que d’autres routes ! Que d’autres montagnes, avec leurs défilés, leurs forêts, leurs lacs, leurs cascades! Que de plaines avec leurs rivières ! Que de regards jetés sur l’immense mer! Parmi les routes, vous pouvez parcourir le Nakacenndô (2), la grande voie de l'intérieur, le Ohshkaïdô (3), la grande voie du nord, le Réheshikaïdo (4), la grande voie de Nikkô. Parmi les montagnes, voici celle de Nikkô ellemême (5), avec son pont de laque rouge, son noir manteau
(1) Pour s’en rendre compte, il suffit d’un coup d’œil sur le catalogue des œuvres de Hoksaï (Cent paysages; Vues réelles des divers aspects des montagnes célèbres; Cent vues de sources thermales ; Vues de cent ponts ; Vues de toutes les provinces ; Vues des provinces de BG et de S6 ; Le tourbillon de la province d’Aoua, etc.).
(2) La plus ancienne voie pour aller de Kiôtô aux provinces de l’est. — Voy. Esquisses variées, VIT, pass.
(3) Voy id., ibid.
(4) Id., ibid.
(5) Voy. la Description illustrée de la montagne de Nikkô, pass.
168 ÉTUDE SUR HOKSAÏ
de cèdres antiques, ses nobles avenues, ses temples somptueux, ses grands tombeaux perdus dans les forêts, toutes les gloires de l’art et de la nature confondues ; puis, audessus de cette région sacrée, si belle que le proverbe a pu dire: « Avant d’avoir vu Nikkô, ne prononcez pas le mot : splendide (1) », c’est l'ascension au lac de Tchouzennd}i (2), d’où retombe la fameuse cascade de Kéghon (3), et que domine à son tour la masse imposante du Nanntaïçan (4), frère lointain d’'Ikao (5), la montagne idéale, si pure, si lumineuse, si sereine ; ou bien, si vous voulez ajouter à la grandeur la terreur, voici les volcans fameux, l'Açamayama (6), qui fait onduler sur le haut plateau de Karouïzaoua sa noire chevelure, l’Acçoçan (1), qui s’enorgueillit du plus vaste cratère du monde (8) et, moins redoutable, le cône de l’île d’Oshima (9), dont l’éternelle colonne de fumée grise se détache sur l’azur du ciel et de la mer. Parmi les rivières, qu'il nous suffise d’indiquer les six Tamagahoua, tant célébrées par les poètes, et dont notre artiste a laissé des vues vraiment exquises (10),supérieures
(4) « Nikkô-ono minaï outchi-oua, — Kekkiô to iou-na ! »
(2) Voy. la Description illustrée de la montagne de Nikk6, fin.
(3) Pour cette cascade et quelques autres, voy. Esquisses variées, XII, 11, 12 ; Recueil de peintures, NT, 5 ; etc.
(&) Description illustrée de la montagne de Nikkô, pass. ; les Cent aspects du mont Fouji, I, 2; etc.
(5) Description illustrée de la montagne de Nikkô, pass.
(6) Voy. Jardin des peintures, III, 3.
(7) Dans l’île de Kioushiou. — Recueil de peintures, III, 15.
(8) Ce cratère a 50 kilomètres de circonférence, et plus de cent-petits villages sont rangés tout autour.
(9) A une faible distance du port de Yokohama. — Esquisses varises, NIII, 26.
(10) Voy. une série de six magnifiques tableaux reproduits dans le Nihon bijouts Ghahô, vol. I, fasc. 9, 2e série, no 1. — Cf. aussi le Jardin des peintures, I, k, 5.
peut-être, sinon par la vie, du moins parla noblesse de l’idée, à tous les autres paysages sortis de son pinceau d'homme du peuple. Et si, à ces paysages, vous joignez ses marines, si vous contemplez dans ses tableaux, tantôt l'océan glauque, horrible et prestigieux, qui se heurte aux rochers, brise les jonques des pêcheurs, écrase tout sous le perpétuel assaut de ses fantasmagories divines et impitoyables (1), tantôt la mer bleue, semée d’écueils gris, jetant mollement ses franges argentées au sable fin des grèves où les petits enfants ramassent des coquillages roses (2), vous reconnaîtrez que le génie de Hoksaï, s’il ne fut pas toujours égal à celui de la nature, fut peut-être parfois aussi riche et aussi souple.
Pour bien juger le sentiment qui a inspiré ces paysages, il faudrait descendre à des détails plus précis, entrer dans les nuances de la pensée japonaise, voir se refléter en notre artiste l'esprit particulier de sa nation. On comprendrait alors pourquoi, né dans un pays plein de choses sublimes et de choses gracieuses, il préféra le plus souvent ces dernières, et pourquoi aussi, malgré sa condition d'artiste vulgaire, il mit souvent dans son pinceau des teintes si rares et si distinguées. Car la nature japonaise a bien ses jours de colère : elle a le grand orage prodigieux, qui s'organise un soir sur la cime d’un volcan, puis part comme une cavalerie conquérante, aux armures noires, aux sabres brillants d’éclairs, s’élance à travers l'atmosphère ébranlée, rebondit de sommets en sommets, verse à torrents sur son passage les foudres et les averses de grêle, et soudain s’évanouit, disparaît en triomphe à
(1) Par ex., Esquisses variées, NII, 3, 4 ; Recueil de peintures, UT,
18,49; etc. Ë (2) Par ex., Recueil de peintures, I, 4, 2.
l'horizon sous un arc-en-ciel, après avoir tracé un long sillon de ruines dans les plaines des hommes (1); elle a ses vents tournants, ses typhons monstrueux, nés de la tempête, qui s’ébattent en liberté au large de l'océan, et de là, d'un seul coup de leur formidable queue, brisent les vaisseaux lointains, balaient les îles, arrachent les arbres comme des fétus de paille, enlèvent les toits comme des chapeaux dans les airs (2); mais ces fureurs sont rares, et d'ordinaire le ciel n’a pour son peuple aimé que des heures de sourire. C'est la splendeur sacrée du soleil levant (31, dont le disque de pourpre, émergeant du sein des flots, est devenu là-bas comme une propriété nationale. C'est le clair de lune (4), si cher aux Japonais que leur poésie, vouée en grande partie à ses louanges (5), a presque négligé d'apercevoir les étoiles (6): le clair de lune, que tout le peuple de la capitale va admirer pendant des nuits entières, à certaines dates fixées par la tradition (7), en chantant et en improvisant des vers pleins
(1) Par ex., Esquisses variées, NII, k, 5, 22, 23, etc.
(2) Esquisses variées, XII, 8, 9 ; XIV, 9, 10, 26, 27. Cf. les Effets de vent, de pluie, de givre et de neige, pass.
(3) Voy. par ex. Recueil de peintures, I, 1, 2 ; III, 6,7.
(4) Esquisses variées, XIV, 5, 6, 10, 11 ; etc. Cf. surtout les Cent clairs de lune.
(5) Poésies toujours très courtes, mais toujours aussi d’un sentiment profondément esthétique ; par exemple celle-ci, du Recueil de dix mille feuilles : « Oh! la lune d’une nuit d'automne, qui rend visible le nombre même des oies sauvages volant au loin, avec leurs ailes qui coupent les nuages blancs ! »
(6) Chez notre artist: aussi, vous trouvez une infinité de clairs de lune, et presque point d'étoiles, sauf la Grande-Ourse, qui était devenue pour lui presque une armoirie depuis le jour où il prit le nom de Hoksaï. (Voy. par ex., Esquisses variées, IX, frontisp.; XIII, 27 ; etc):
(7) Surtout la 26e nuit du 7° mois, la 15e nuit du 8e mois et Ja 13e nuit du 9e mois de l'année lunaire.
pe
de tendresse ; que les délicats considèrent comme le plus exquis spectacle qu'ils puissent offrir à un hôte, dans une soirée intime (1), et pour lequel on a bâti çà et là des maisons de forme particulière, uniquement combinées de manière à permettre de goûter, dans un silence recueilli, sans rien qui gène la vue ou trouble la pureté de l’âme, les splendeurs de cette lumière de rêve, si enveloppante qu’elle illumine un jardin sans y laisser place pour l'ombre d’un bouleau, si magicienne qu’elle paraît changer les pins bleuis en des sources de clartés mystérieuses, si transparente que le moindre souffle de la nuit, traversant l’onde immense dont elle emplit l’espace, semble faire frissonner la nappe limpide d’un lac aérien. C’est enfin la neige (2), si charmante là-bas, si fine, si légère, qu'on la regarde comme la fleur de l'hiver, et que les pruniers grêles qu’elle décore de ses blancheurs ne peuvent devenir plus souverainement beaux que le jour où elle s’efface pour y laisser fleurir cette autre neige, printanière et parfumée, que le ciel ne connaît pas.
Car le vrai triomphe de la nature, c’est la fleur, et à cet égard, la parure du Japon est magnifique. La variété des climats y a engendré une variété de végétations correspondante. Sur cet enfer couronné de cônes de neige fleurit un jardin de paradis, où se trouvent rassemblées à la fois
(4) Tski-mi (contemplation de la lune).
(2) Voy. par ex., Recueil de peintures, IT, 16, 17. Cf. les Effets de vent, de pluie, de givre et de neige, pass. ; La neige du jardin, etc.
toutes les splendeurs des zones de feu et des zones glacées. |
Parcourez l’œuvre de Hoksaï : elle vous apparaît comme une flore illustrée, où vous reconnaissez, au milieu des espèces propres à sa patrie, quantité de plantes qui s’épanouissent aussi dans les régions du globe les plus diverses, depuis les pauvres petites fleurs rabougries que vous avez pu voir, accrochées au bord d’une crevasse de neige, sur quelque pic élevé des grandes Alpes, jusqu'aux reines opulentes des pays tropicaux. Ce sont d’abord les plantes des lieux froids : les bouleaux (1), les mélèzes (2), les pins chétifs (3), les cryptogames (4\ qui constituent l’extrème végétation des contrées boréales de l’Europe; Les anémonées (5), les armoises (6), les fougères (7), le précieux ghinnsang (8) des déserts de la Sibérie ; les rhododendrons rouillés (9), les campanules tachetées (10), les saxifrages (11) grèles de nos hautes montagnes françaises ; et à côté, des espèces particulières aux cimes du Japon, comme ces gros chardons épineux (12), ces renouées (13)
(1) Esquisses variées, IV, 12.
(2) Id., I, 23, 24.
(3) Id., ibid.
(&) Id., VIII, 27 ; IX, 20, 21.
(5) Comme l’adonis sibirica. — Dessins d’après nature, I, 30. Livre de dessins d'oiseaux et de fleurs, 29.
(6) Comme l’artemisia sibirica. — Id., ibid.
(7) Comme l'asplenium sibiricum. — Id., ibid.
(8) Les Chinois paient plusieurs milliers de francs une seule racine de l’espèce sauvage de cette plante aphrodisiaque. —- Voy. Conseils sur la peinture, IT, 21. :
(9) Esquisses variées, VII, 7.
(10) Id. IV, 8.