‹ Étude sur HokusaiChapitre 26 sur 33 · PUS PE EST OT PPT TO NU TT · texte numérisé non relu

PUS PE EST OT PPT TO NU TT

qui explique pourquoi, tandis que ses compatriotes ne l’aiment guère, tous nos critiques le fêtent. Pour un vieux Japonais qui, maintenant comme jadis, n’estime rien tant que l'antique splendeur du dessin calligraphique, et qui pense que, « si l’art du Japon est une fleur, l’art de la Chine est le fruit mûr (1) », Hoksaï est un barbouilleur de bas étage (2) : mais pour l'Européen habitué à tout juger d'après les règles du goût occidental, Hoksaï est le plus grand artiste de sa nation; et cet excès de sympathie ne suffit-il pas à montrer au moins qu'il est des nôtres (3) ? L'art de Hoksaï est un art de transition: en l'étudiant, on

(1) Expression passée en proverbe chez les artistes.

(2) Nous pouvons citer à ce propos un trait caractéristique : le supérieur du monastère où est enterré Hoksaï nous disant : « Un marchand du quartier m'a apporté hier un dessin original de cet artiste, qu’il m'offrait pour cinq sous; mais j'ai refusé. » Et en effet, si quelqu'un a sa maison tapissée de tableaux des grands maitres, il n’achètera pas, même pour cinq sous, un dessin original d’un caricaturiste dont le nom est fameux, mais dont les œuvres ne sont pas belles à contempler. — À cela, comparez l'enthousiasme des collectionneurs européens pour les œuvres de Hoksaï que les marchands de Tôkiô exportent à l'étranger, revêtues de montures superbes. (Par ex : Gonse, lac. cit.) Peut-être est-il bon de faire remarquer, à ce propos, qu’au Japon les peintures de l’école vulgaire ne sont jamais honorées de pareilles montures, sauf dans des cas très particuliers (cf. par ex. p. 93), et que, même pour les peintures classiques, dont le cadre de soie est toujours savamment harmonisé avec les tons de l’œuvre, les manuels d'experts (comme le Ghakow senn ran, déjà cité) prennent soin de mettre en garde les acheteurs contre une exagératiôn de richesse qui n'appartient d'ordinaire qu'aux tableaux bouddhistes.

(3) L’admiration des Européens à d’ailleurs d’autres causes, secondaires peut être mais certaines, et notamment ce simple fait qu’il est aisé de voir les œuvres de Hoksaï, répandues dans toutes les grandes collections du monde, publiques et privées, tandis que très peu de personnes ont vu les chefs-d’œuvre de l’art classique du Japon. — Comme contre-partie, nous avons constaté que le musée des Beaux-

344 ; ÉTUDE SUR HOKSAÏ

apprend à mieux connaître, et peut-être aussi à mieux aimer l’art classique qui le précède ; mais en même temps qu'on s’éclaire ainsi sur le passé, on commence à entrevoir l'avenir, et en contemplant la longue évolution nationale dont il marque le terme, on devine à peu prèsle développement futur, prochain peut-être, dont il a posé le point de départ.

Arts de Tokio, qui est très riche, n’a pas encore admis une seule page déssinée ou peinte par Hoksaï. On ne trouve ses œuvres qu’à la Bibliothèque impériale, où les érudits vont les consulter comme document historique.

Page 1