L'ARTISTE
Plus on observe les choses de ce monde, plus on est éffrayé de leur complexité infinie. On est placé devant un immense tableau, où tous les personnages s’agitent et se confondent dans un formidable pêle-mêle, et qui de plus se meut, glisse tout entier avec une vitesse prodigieuse ; on prend la pauvre petite lampe de la critique, on la promène devant des figures fuyantes, on ne parvient même pas à éclairer celles qui passent; combien plus, celles qui s’évanouissent dans le lointain des âges écoulés ! Dans ce grand déroulement de l’histoire, tout se tient; aucun individu n’est indépendant des autres; mille liens invisibles rattachent entre eux les membres de chaque groupe, de chaque siècle, de chaque civilisation. A tel point qu'il semble impossible de comprendre à fond aucun détail de l’interminable toile, puisque, pour le bien saisir, il faudrait, sous un éclair d’en haut, avoir la vision énorme de tout l’ensemble dont il dépend. Dans ces conditions, nul ne peut se flatter de dire la vérité complète sur un homme, surtout s’il était étranger et s’il est mort, s’il a vécu en un temps et dans une société que le critique ne peut examiner avec les yeux de son corps, sil a appartenu,
sceau.