CHAPITRE III
Si vous considérez dans son ensemble l'état de l'art Japonais après la mort de Hoksaï, vous apercevez toujours les deux courants que vous aviez pu suivre jusqu’à lui, et qui continuent de couler sans se confondre : il y a toujours des artistes du genre classique et des artistes du genre vulgaire ; et il existe encore une clientèle raffinée pour les premiers, une clientèle populaire pour les seconds. Mais Le vieux courant classique, si magnifique lorsqu'il traversait les grands domaines de l’ancienne civilisation, ne vous apparaît plus, dans la région défavorable où il est entré avec la civilisation démocratique de l'ère nouvelle, que comme une rivière desséchée dont les minces filets d’eau pure se perdent peu à peu dans un lit de cailloux ; tandis que le courant vulgaire, jeune et fort, puissamment élancé entre ses larges rives, passe triomphant, vainqueur, aux acclamations de la foule. C’est Hoksaï qui a donné à ses flots cette énergie et cette violence souveraines; en vain les successeurs du grand artiste seront-ils faibles, languissants, indignes de continuer la tâche du maître : son génie les soulève, les porte malgré eux, saisit tous ces talents dans sa course géante et les enroule dans son tourbillon.
En face de cette puissance et de cette fécondité, la stérilité etla décadence de l’art classique ne sont que plus mani-
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festes. Placez-vous vers le milieu du xrx° siècle, à l'heure où Hoksaï disparaît, et voyez quels sont les pauvres restes des grandes écoles d'autrefois. L'école bouddhiste est presque éteinte; car n’ayant plus pour se soutenir ni les immenses richesses de ses époques florissantes, ni l’aide efficace des personnages influents, presque tous passés au shinntoïsme officiel, ni par conséquent les précieux loisirs que donnait à ses moines l’absence de soucis pécuniaires, elle ne saurait trouver désormais, ni en elle, ni au dehors, les éléments nécessaires à l’éclosion des grandes œuvres; et on ne citera guère, en notre siècle, que le nom d’un seulet dernier représentant des vieilles inspirations évanouies, celui de Kano Kadzounobe (1). L'école proprement japonaise, celle des Toça, a déjà perdu les Smiyoshi Hiroyouki (2) etles Smiyoshi Hironao (3), morts dans les quinze premières années du siècle ; un de ses bons artistes, Toça Mitsouats (4), lui est enlevé en 1852, et son plus illustre chef, Smiyoshi Hiroçada (5), en 1864; ilne lui restera plus que quelques peintres de bien moindre envergure, les Smiyoshi Hirokata (6), les Toca Mitskiyo (7),
(4) II florissait dans la seconde moitié de notre siècle. On peut voir une de ses meilleures peintures, représentant « les seize rakan » (disciples du Bouddha), dansle temple de Foudô, à Narita, près Tôkiô.
(2! Mort en 18141. (Cf. p. 69, n. 1).
(3) Fils du précédent, mort en 1814.
(4) Descendant direct de Toça Mitsouoki (voy. p. 36, n. 4) par son père Mitssada, son grand-père Mitsyoshi, son arrière-grand-père Mitsouské et enfin Mitsnari, fils de Mitsouoki.
(5) Ou Hirotsoura ; fils de Hironao (Cf. n. 3).
(6) Mort en 1883. :
(7) Fils de Mitsouats (C£. n. 4). — Morten 1871. Le meilleur des derniers Toça, qui ne sont plus représentés aujourd’hui que par Mitstaké, peintre bien inférieur à ses devanciers. (Voy. Nihon bijouts Ghah6, vol. I, fasc. 19, pl. 5.)
L'ART JAPONAIS APRÈS HOKSAÏ 129 les Toça Mitshboumi (1), pour la porter jusqu’à notre âge. L'école chinoise ne peut plus s’enorgueillir des Shiko Sôrinn (2), des Ouishi Kéçaï (3), et son maitre le plus éminent, Tani Bountchiô (4), le prodigieux évocateur des grandes sauvageries de la nature japonaise, «le vieux qui enlevait les montagnes » (5) et plantait le Fouji vivant sur son papier, est enterré depuis 1840; le genre nouveau qu'il a fondé sera représenté encore par nombre d'artistes, hommes et femmes, de sa propre famille (6) et par une belle série de disciples (7), mais tous d’un talent bien inférieur au sien, et en dehors de sa suite, l’école chinoise ne produira plus guère qu’un seul nom brillant, celui de Harouki Nammé (8), le fin coloriste de paysages délicats, d'oiseaux et de fleurs. L'école de Kano est peut-être encore plus épuisée ; si son nom glorieux continue de retentir, c’est seulement comme unlointain écho des bruyantes vic-
(4) Petit-fils de Mitstoki, lequel florissait vers 1800. Mort récemment.
(2) Paysagiste et peintre d'oiseaux qui florissait vers 1820.
(3) Appelé aussi Inn ou Shkoumé, chevalier du seigneur Okondaïra et peintre d'oiseaux, qui florissait au commencement du siècle.
(4) Cf. p. 78, n. 4. Les peintures auxquelles nous faisons allusion furent publiées surtout dans le Nippon Mézan dzoué (Tableau des montagnes célèbres du Japon), 3 vol., 4810. — Cf. le Nikon bijouts Ghah6, vol. I, fase. 7, série des maîtres anciens, pl. 4, et. surtout vol. Il, fasc. 3, pl. 16.
(5) Shazannré.
(6) Son fils Bounniji, sa fille Kitsouji, son beau-fils Bounnits, ses sœurs ShioukÔ et RannkÔ et son petit-fils Bounni, artiste vivant.
(7) Au nombre d'uue douzaine, qui ont continué son style jusqu’à nos jours.
(8) Connu aussi sous les noms de Shiouki, Rishô et Kôounshô. Mort en 1878. (Voy. le Nikon bijouts Ghahô, vol. II, fase. 3, série des vieux maîtres, pl. 48 )
HOKSAÏ. : [e]
130 ÉTUDE SUR HOKSAÏ
toires du xvr* siècle ; Icenn Hôghenn (1) est mort, et ne sera remplacé ni par son fils Sécenn Hôghenn (2), ni par son petit-fils Shôcenn-inn-hôinn (3); ces beaux titres d'honneur sont tombés, de siècle en siècle, comme de lourds manteaux qui maintenant écrasent des épaules trop faibles, et la maigreur des talents n’en ressort que mieux sous ces dépouilles des ancêtres géants. Restent les écoles à demi indépendantes, celle de Kôrinn, celle de Shijô ; et ce sont, en somme, les seules où on sente encore palpiter la vie. Mais le rénovateur de la gloire de Kôrinn, Hôits (4), le noble abbé dont la main exquise fit envoler tant de gracieux oiseaux, meurt en 1828, ne laissant que cinq ou six disciples sans grande âme (5), et les délicates floraisons qu'il avait fait épanouir dans le champ de l’art industriel se fanent dès que paraît le génie brûlant de Hoksaï ; tandis que l'académie de Shijô, si florissante à Kiôtô et à Ohçaka à l'heure même où Eddo acclamait le plus ardemmentnotre artiste, si justement fière de ses admirables peintres d’oiseaux et de fleurs, les Matsmoura Kéboun (6), les Mori Ippô (7), les Hoyenn (8), surtout de son illustre Ghannkou (9), l’organisateur d'une nouvelle victoire artistique
(4) Mort en 1828. — Lointain parent du fameux Taniou, par son père Mitchinobe, son grand-père Hiçanobe, son arrière-grandpère Tchikanobe, et son quatrième ancêtre Tsounénobe, fils de Naonobe, qui était frère de Taniou.
(2) Appelé aussi Oçanobe et Kaïshinnçaï.
(3) Appelé aussi Maçanobe ; mort en 1880.
(4) Fils du seigneur Sakai Outa-no-Kami et supérieur du temple de Nishi-Honggandji, à Kiôtô.
(5) Son fils Oho, et ses élèves Kiits, Shiouits, Kocon, Kôits, Hôni.
(6) Appelé aussi Shiçô et Kaké. Il florissait vers 1830. Mort en 1844.
(7) I florissait vers 1835.
(8) Il florissait vers 1840. Fondateur de la branche d'Ohçaka.
(9) Voy. p. 19, et pass.
du vieux style, perd tous ses meilleurs représentants vers le milieu du siècle (1), et tombe pour toujours, moins de trente ans après (2), ensevelie dans la gloire suprême dé Bounrinn (3) et de Yocaï (4).
À cette fière décadence d’un art noble qui se meurt parce qu’il s’est obstiné à vivre au sein d’une civilisation hostile, opposez l’invincible essor de l’école vulgaire, consciente de sa force et sûre de son public. En dehors même de la branche maîtresse sortie de Hoksaï, que d'autres branches vivaces et florissantes ! Voici d’abord, à la fin du xviu* siècle, celle des Katskaoua, élèves de Katskaoua Shounshô (5), et successeurs de la brillante lignée des Torii (6) dans le genre des figures d'acteurs et des scènes de théâtre ; sous leurs pinceaux, tous les héros d'autrefois revivent, abaissés sans doute et vulgarisés par . l’'emphase un peu grossière que l’art dramatique prête
toujours à ses personnages, mais puissamment tragiques
(4) Les trois meilleurs élèves de Ghannkou, son neveu Ghannrio, fidèle du prince Ariçoughaoua, son gendre Ghanntok (connu aussi sous le nom de Rennzan, dont il signa ses décorations du palais impérial) et son fils cadet Ghanntaï, autre décorateur du même palais, disparaissent, le premier en 1852, le second en 1859, le dernier en 1863.
(2) Bounnrinn et Yocaï meurent en 1878.
(3) Merveilleux paysagiste et l’un des plus poétiques décorateurs du palais impérial. (Voy. le Nihon bijouts Ghah6, vol. I, fasc. 3, série des vieux maîtres, pl. 9, et fasc. 42, id., pl. 2.)
(4) Le plus brillant élève moderne de l’école, et le seul qui ait eu le bon esprit de se dégager des motifs habituels qu’elle empruntait à la nature, pour peindre de préférence la figure humaine et faire revivre tous les personnages fameux de l’histoire nationale avec un sens parfait des caractères et des époques.
(5) Voy. p. 59, n. 5.
(6) Fondée par Torii Kiyonobe, vers 1700, continuée par Torii Kiyomas et Torii Kiyomits, et portée à sa perfection à la fin du siècle par Torii Kiyonigha. (Cf. p. 82, n. 9)
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dans leurs costumes flamboyants, avec leurs attitudes superbes et leurs masques qui respirent la terreur ; en même temps, ces peintres excellent dans un autre genre, tout de grâce et de charme, et évoquent par milliers ces joliesfigures de femmes galantes qu'undes leurs, Kitaghaoua Outamaro (1), sait représenter avec tant d'exquises élégances. Puis, dans la première moitié du xixe siècle, ce sont les Outaghaoua, élèves d'Outaghaoua Toyohar(2), les Toyokouni (3), les Kniçada (4), les Kniyoshi (5), qui reçoivent l'héritage des Katskaoua, continuent leur tradition théâtrale et l’élèvent à son plus haut degré de splendeur ; eux aussi élargissent leur champ d'action, illustrent des romans et des nouvelles, peignent des images pour les enfants, et pour les hommes des figures de guerriers ; et leur école produit enfin le merveilleux Hiroshighé (6), ce pompier de Eddo qui devint le plus grand paysagiste du siècle. Tandis que les Katskaoua et les Outaghaoua se livrent ainsi surtout à la reproduction des scènes de théâtre, un autre genre, qu'on peut appeler celui des « guides illustrés (7) », se développe d'une manière étonnante au sein d’une école voisine, que représentent surtout, à la fin du xvinr° siècle,
(1) 1754-1806. — Voy. « Outamaro », par M. Edmond de Goncourt. (Paris, 1891.)
(2) Mort pendant l’ère Bounnka (1804-1818).
(3) Toyokouni premier. — Mort en 1898, à 56 ans.
(4) Toyokouni second. — Mort en 1865, à 78 ans. (Cf. p. 110, n. 2.)
(5) Toyokouni troisième. — Mort en 1861, à 64 ans. (Cf. p. 123, n'2)
(6 Mort du choléra en 1858. Les principales œuvres de cet artiste furent publiées vers 1850. Ses séries de paysages de Eddo et de ses environs, du mont Fouji, de la grande route du Tôkaïdô, avec ses cinquante-trois sites célèbres, jouissent aujourd’hui encore de la même vogue qu'au moment de leur apparition.
(7) Le nom usuel, mesho, signifie : « sites fameux. »
Takahara Shiountchôsaï (1), lauteurdu plus fameux recueil sur Kiôtô (2), et au commencement du xix°, Hacéghaoua Settan (3), l’auteur du plus fameux recueil sur Eddo {4) ; entre les deux se place Ishida Ghiokzan (5) qui dans ses œuvres ajoute à ce thème favori de son groupe (6) l'illustration des vies de quelques grands héros japonais (7); grâce aux livres de ces artistes, vous pouvez suivre en esprit toutes les routes célèbres du pays, refaire les voyages aux sites connus, admirer en chemin les mille
beautés d’une nature prodi gieusement variée, et si vous vous arrêtez avec eux dans les principales cités, vous verrez se dérouler sous vos yeux toute l’existence pittoresque de jadis, avec les mœurs, les coutumes, les fêtes locales qui constituaient l'originalité dechaque province. Nous n'avons rappelé que quelques groupes généraux, avec quelques-uns des noms éminents qui s’y dressent; mais autour de chacun de ces foyers de travail, autour de chacun de ces hommes féconds, que d'artistes brillants, que de confrères et de disciples, par dizaines et par centaines, d’ère en ère et jusqu’à nos jours ! Quel prodigieux épanouissement de cette école vulgaire, d’abord si humble ! Pourtant, les divers genres que nous avons indiqués, et parmi eux surtout le genre théâtral qui les domine, ne peuvent suffire
(4) Contemporain de la première partie de la carrière de Hoksaï.
(2) Le « Miako mesho » (1786).
(3) Il florissait vers 1835.
(4) Le « Eddo mesho dzoué » (Endroits fameux de Eddo), en 20 vol. (1832-1836).
(5) Il florissait vers 1800.
(6) Il l’étendit même à la description de la Chine, dans le « Tédô mesho dzoué » (Lieux célèbres de la Chine), en 6 vol. (1805).
(7) Notamment le « Ehon Taikoki » (Biographie illustrée de Hidéyoshi), en 84 vol. (1798-1808).
à la gloire d’uneécole qui se vante de peindre le monde (1); il faut qu'une de ses meilleures équipes de travailleurs descende de la scène, aborde la réalité brutale et la transporte dans des œuvres sincères ; il faut qu'à la convention succède la vie ; ettelle est précisément la mission que va remplir l'école de Hoksaï.
Il est vrai que Hoksaï ne fut jamais professeur, au sens étroit du mot, et qu'il ne groupa autour de lui aucun atelier d'élèves ; il avait trop de bon sens pour ne pas comprendre que l’éducation est plus nuisible qu'utile, si elle tend à autre chose qu’à donner un éveil discret, et à conseiller quelques méthodes générales ; il se refusa donc toujours à enseigner ce qui doit être appris (2), et il fit bien. Mais, à défaut de leçons pédantesques, ses disciples reçurent de lui de merveilleux exemples, et son œuvre fut le levain puissant qui allait soulever des milliers d’esprits. Cette large influence, destinée à se propager dans toutes les régions de l’art et à remuer Jusqu'en ses plus intimes profondeurs la multitude des artisans populaires, s’exerça d’abord dans le petit cercle de sa famille. Son premier disciple, ce fut sa fille Ohé (3) : et la vaillante artiste mérite certes bien d’être mise en tête de la lignée ; rien de plus curieux que cette physionomie de jeune fille, indépendante et virile, seule héritière par le sang d’un génie dont ni ses sœurs aînées, nises frères n'avaient rien su recueil-
(1) Cf. p. 41, n. 1.
(2; Au dire de tous ses contemporains, Hoksaï n’aimait pas à enseigner : lorsqu'un jeune peintre lui demandait des leçons, il lui donnait ses propres œuvres comme modèles, le laissait travailler seul et, l'essai achevé, lui indiquait seulement ses principales fautes. (Témoignage de M. Rôghi. — Cf p. 101, n. 4)
(3) Voy. p. 117, n. 4, et pass.
lir, qu’elle représenta si excellemment dans son genre favori, celui des figures de femmes, et qu’elle transmit ellemême à de nombreux élèves. Puis vient un disciple de la première heure, Yanaghighaoua Shighénobe (1), qui, après avoir étudié la manière des Outaghaoua et celle de Hoksaï, épousa sa première fille, reçut son nom de Raïto et se rendit fameux par maintes illustrations des livres du jour. Outre ces membres de sa famille, notre peintre forme nombre d'élèves, dont quelques-uns meurent avant la fin de sa longue carrière de patriarche, tandis que les autres lui survivent et lèguent sa méthode à une foule d'imitateurs éloignés. Si vous cherchez à dresser la liste de ces disciples directs, vous retrouverez encore bien des noms, fameux ou obscurs, mais dont la filiation est certaine : Ouôya Hokké (2), un poissonnier amoureux des choses de l'esprit, qui abandonna son métier pour se mettre à l’6cole de Kano Youcenn, puis à celle de Hoksaï, produisit
(1) Nom de famille, Szouki; prénom familier, Djoubé. Le nom sous lequel il est le plus connu vient de ce qu'il avait d’abord habité à Hondj Yanaghighaouatchô (rue de la Rivière -des-Saules). II illustra, surtout entre 1813 et 1820, quantité de livres de tout genre, dont nous ne donnerons pas la liste, car le total auquel nous arrivons ne s’élève pas à moins de cent volumes; et entre temps, il faisait des voyages à Ohçaka ou $’amusait à fabriquer des poupées. Il mourut en 1832, âgé de 50 ans, tandis qu'il était occupé aux dessins du Æiokakden (Vies d'hommes bizarres) de Bakinn qui furent continués par son disciple Djouzan. (Cf. p. 117, n. À)
(2) Nom de famille, Iouakbo ; prénoms familiers, Hatsougoro et Kinnémon ; noms de pinceau, Koçaï et Kienn. Son nom de Ouoya veut dire : marchand de poissons. Entre autres ouvrages, il publia la « Hokké Manggha » (les Esquisses variées de Hokké). II mourut pendant l’ère de Temmpô (1830-1844). Sur sa pierre tombale, qui se trouve à Aoyama Rippôdji, on peut lire: « Tombeau de Kiennrôdjinn Hokké. — Il était habile artiste ; il aima toutes sortes d’études ; il conservait chez lui plusieurs milliers de livres, »
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dans le style de ce dernier, après s’en être inspiré par de vastes lectures, quantité de peintures qu'on a peine à distinguer de celles du maître, et laissa lui-même, en la personne de Kakouté Harounobe (1), un élève distingué, fin poète et illustrateur fécond ; Téçaï Hokba (2), le gaucher qui dessina tant de sujets pour les livres romanesques et peignit tant de tableaux minutieux, puis reçut la tonsure et légua son nom à deux bons disciples, Itsba et Youba; Shinnsaï (3), ainsi baptisé au temps où Hoksaï s'appelait Shinncé, et qui fut un des meilleurs auteurs d'illustrations pour les poésies légères ; Taïto (4), l’'aubergiste qui se fit artiste et tenta de voler le nom de son maître ; Hokcenn (5), Katsshika Hoksou (6), Hokoudjou (7), autres bons peintres de Eddo qui, comme les précédents, furent des disciples de la première heure ; Taouaraya Sôri (8),
(1) Nom de famille, Yashima ; prénom familier \Onokitchi ; nom de pinceau, Tékôkio ; nom de plume, Horikaoua Tard. Son fils Ghoké fut un peintre habile comme son père.
(2) Nom de famille, Ariçaka ; prénom familier, Ghorohatchi ; nom de pinceau, Shounshouncçaï. Ses principaux ouvrages parurent surtout entre 1805 et 1815.
(3) Prénom, Maçayouki; prénom familier, Handjirô ; nom de pinceau, Riourioukio. Ses ouvrages sont peu nombreux. (Cf. p. 70.)
(&) .Voy. p. 88, n. 1, 2, 3, Z.
(5) Nom de pinceau, Tdennrû (ne pas le confondre avec Katsshika Hokcenn, cité plus loin).
(6) Nom de famille, Shima ; prénom, Djoucenn ; noms de pinceau, Souitécai, Kankanrû, Rannçaï, et un nom spécial, Tokio (demeure de l’est, ne pas confondre avec Tôkid, capitale de l'est), qu’il prenait seulement lorsqu'il dessinait à la manière chinoise. Il publia d'assez nombreux ouvrages, surtout entre 1808 et 1813.
(7) Prénom Icé; nom de pinceau, Shoté. I illustra un petit nombre d'ouvrages vers 1840.
(8) Voy. p. 70, n. 2, et cf. aussi p. 63, n. 5.
le quatrième du nom ; Hokkououn (1), un charpentier que Hoksaï aima pour sa simplicité de caractère et qui, après avoir reçu ses leçons, alla répandre à Nagoya la gloire de l'école ; Boksenn (2), cet autre habitant de Nagoya chez qui Hoksai commença de dessiner son plus immortel chef-d'œuvre ; Takaï Sannkouro (3), l'industriel lettré chez qui il passa un an dans la province de Shinnshiou ; Katsshika Hoktaï (4), de Eddo, auteur d'illustrations estimées ; Riouté Shighéhar (5), de Ohçaka ; Katsshika Raïshiou (6), Katsshika Raïcenn (7), Katsshika Hôkougha (8), Katsshika Hokoumok (9), Katsshika Hokshiou (10),Katsshika Hokkouenn (11),artistes dont les noms et quelques rares travaux sont seuls parvenus jusqu’à nous ; Hokougha (12), un pauvre peintre dont la seule richesse était une provision d'excellentes couleurs qu'il distribuait généreusement à tous ses amis, et qui, à en juger par ses tableaux, ne semble pas en avoir gardé beaucoup pour
(4) Prénoms familiers, Kiougorô et Bounngorô ; nom de pinceau, Tôzaïnan. Lui aussi publia ses « Esquisses variées », la Hokkououn Manggha.
(2) Noms de pinceau, Hokté, Tôkôrû, Ghekkoté, Hiakçai. — Cf. p.89; n. 1.
(3) Appelé aussi Kôdaé. — Voy. p. 94.
(4) Nom de pinceau, Ehçaï.
(>) Nom de famille, Yamaghoutchi.
(6) Tout ce qu'on sait de lui, c'est qu'il était originaire de Eddo et qu'il fut disciple de Hoksaï.
(7) Disciple dont le nom seul nous est resté.
(8) Même obscurité. (Ne pas le confondre avec Hôté Hokougha, cité plus loin.)
(9) Auteur de quelques illustrations publiées vers 1810.
(10) Aucun renseignement sur son compte.
(11) Id.
(12) Nom de pinceau, Hôté. (Témoignage du libraire Mourayouki.)
138 ÉTUDE SUR HOKSAÏ
lui-même ; Hokghiou (1), Katsshika Hokriou (2), Katshika Taïits (3), Katsshika Hokouïts (4), Katsshika Hokmé (5), Katsshika Hokko (6), Katsshika Taïco (7), Katsshika Hokouyo (8), Katssika Téits (9), Hokdô Bokzan (10), Tônô Shiounré (11), Hakoué (12), encore des noms presque inconnus ; Raïshiou (13), qui, dit-on, réussit assez bien à imiter la manière de peindre des Hollandais ; Ghessaï Outamaça (14), de Nagoya ; Hokoué (15), Hokshiou Sekkaté (16), Hokouyo (17), trois peintres qui firent fleurir la branche d’Ohçaka ; Katsshika Içaï (18), de Eddo,
(1) Son nom seul nous est parvenu.
(2) Id.
(3) Id.
(4) Nom de pinceau, Kokéçaï.
(>) Aucun renseignement.
(6) Nom de pinceau, Ghakiôdjinn.
(7) Originaire de Nagoya.
(8) Id.
(9) Id. — Nom de famille, Konndô. Kiôçaï disait que ce disciple était mort vers 1875.
(10, Aucun renseignement.
(12) Nom de famille, Fkoutchi.
(43) Nom de famille, Yaçouda ; prénom, Naôyoshi ; prénom familier, Shighéhira ; nom de pinceau, Bounnkaken. (Renseignement du Boukô nemmpié).
(14) Nom de famille, Noumata. (Signalé dans le Dennshinn Ghaki6.)
(15) Nom de pinceau, Sekkarû.
(16) Nous ajoutons à son nom commun son nom de pinceau Sekkaté, pour le distinguer d'un autre Hokshiou cité plus haut (p. 147).
(17) Nom de pinceau, Sennkakouté. (Ne pas le confondre avec Katsshika Hokouyo, de Nagoya, cité plus haut.)
(18) Nom de famille, Shimizou ; prénom familier, Shôji; nom de pinceau, Souiokenn. Sa vie de Nitchirenn (Nüitchirenn Shôninn itchidaï dzoué), en 6 vol., date de 1858; mais la plupart de ses œuvres ont paru un peu avant l'ouverture de l’ère de Méji (4868),
qui semble avoir puisé surtout ses inspirations aux sources bouddhistes et qui composa notamment, pour une vie du saint Nitchirenn, des dessins dignes de son maître ; Katsshika Hokshiou Tsnémaça (1), Katsshika Hokké (2), Katsshika Hoksenn (3), dont les œuvres sont perdues ; Ghaçandjinn (4), de Eddo, bon déssinateur de sujets pour les poésies légères; Katsshika Maçahiça (5), dis- . ciple probable du maître, dont il visitait le tombeau il y a peu d'années ; peut-être encore Katsshika Hoksaï (6), un inconnu qui signa de ce nom les peintures exécutées sur la porte d’un temple, plusieurs années après la mort de Hoksaï lui-même; enfin, Katsshika Téits (7) et Katsshika Hokouï (8), qui devinrent élèves du vieillard dans les dernières années de sa carrière, vécurent longtemps dans la capitale, et ne paraissent être morts que depuis peu. En tout, près de cinquante disciples. .
Parmi tous ces dépositaires d’un grand nom, la plupart sont restés dans une obscurité qui contraste étrangement avec la gloire du maître, et il faut croire qu’ils méritèrent ce destin; les meilleurs d’entre eux, comme Hokké,
(4) Nous ajoutons son prénom Tsnémaça pour le distinguer du Hokshiou cité à la n. 16 ci-dessus
(2) Nom de pinceau, Shounniocaï.
(3) Nom de pinceau Ghaké Rôjinn Mandjiçaï.
(4) Ses dessins se trouvent dans le Ki6kashiou (Recueil de poésies légères)
(5) Un des trois inconnus qui visitaient la tombe de Hoksaï une ou deux fois par an, et le seul qui ait laissé son nom sur les registres du monastère. (Cf, p. 119, n. 1.)
(6) Voy. p. 88, n. 4.
17) Avant de devenir disciple de Hoksaï, il s'appelait Koubota Tsnéjiro. D’après M. Rôghi, il mourut à Tôkiô il y a peu d'années,
(8) Nom de famille, Fkao ; nom de pinceau, Hakousandjinn Pour sa mort, même renseignement.
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Hokba, Hokououn, Icaï, ne furent guère que de merveilleux élèves, copiant le style de Hoksaï à s’y méprendre, mais aussi, dès qu'ils voulaient inventer, glissant à des recherches inférieures, à des grâces voulues, à des enjolivements où n’éclatent plus ni la vigueur, ni la vie, ni la robuste santé du vieux peintre ; Hoksaï n’avait pas eu de vrais ancêtres, et il ne devait pas avoir de vrais héritiers. Ses plus dignes successeurs ne furent pas les disciples directs qui se paraient de son nom: ce furent les grands artistes, originaux et indépendants, qui, sans prétendre le suivre, reçurent néanmoins sa marque et conservèrent son esprit. C’est dans cette école vague, flottante, toute spirituelle, beaucoup plus que dans l’école régulière et positive, qu'il faut chercher l'influence réelle de Hoksaï. Or, parmi ces libres imitateurs, que de fameux artistes ! Kéçaï Ehcenn (1), le franc buveur qui, lorsqu'il était à jeun, produisait tant d'illustrations merveilleuses ; Kikoutchi Yoçaï (2) lui-même, le classique, qui ne put s’empêcher d'étudier Hoksaï et dont les œuvres prouvent qu'il s’en souvint, Shôfou Kioçaï (3) surtout, « le singe ivrogne
(1) Appelé aussi Ikéda. Il florissait entre 1895 et 1845, et publia d'excellents ouvrages dans lestyle des « Esquisses variées » de Hoksaï. D’après le Oukiyoé rouiké, il eût vendu sa toge pour avoir du vin de riz, et après une phase artistique très brillante, abandonna brusquement ses pinceaux, en disant que, comme toute apogée a son déclin, le mieux est de s'arrêter dès qu’on est parvenu à faire quelque chose.
(2) Voy. p. 131, n. 4.
(3) Ou Kaouanabé Kiôçaï. Né en 1831, mort en L889. Ses princi. pales œuvres ont paru entre 1870 et 1880. Voy. sur ce peintre les « Promenades japonaises » de M. Guimet, « Tokiô-Nikkô », pp. 179 seq. — A l'heure où nous écrivons, les disciples de Kiôçaï se prépa. rent à lui élever un monument, qui manque encore au grand inspirateur de cet artiste secondaire.
et fou», l'incorrigible bohème, qui malgré tout fut le dernier et le meilleur représentant du maître, le lointain héritier de sa verve géniale et de son puissant coup de pinceau. Mais si vous voulez mesurer encore mieux l'étendue et l'intensité de cette influence, laissez les hautes têtes du monde artistique et descendez dans le peuple, dans la région obscure où des milliers d'artisans travaillent sans relâche à décorer les innombrables objets de la vieusuelle ; voyez ces bronziers, ces potiers, ces laqueurs, ces sculpteurs sur bois ou sur ivoire, tous ces modestes ouvriers dont les créations étonnent l’Occident ; observez cette belle renaissance moderne, ce jeune essor des industries de luxe qui peu à peu se dégagent des antiques formules, tous ces essais tentés par des artisans dignes de leurs vieux devanciers, doués de la même foi et de la même conscience artistique, en route vers un idéal plus libre et plus vrai. Où ont-ils été chercher leurs modèles? Presque toujours dans les dessins de Hoksaï. De qui tiennent-ils leurs nouveaux sujets ? De Hoksaï. Qui a donné à leur main l'allure de la vie? Hoksaï.
Ainsi, l’école vulgaire s'élève de plus en plus, et cela, à la suite du maître. Visitez les deux salons de peinture que les derniers classiques et les jeunes novateurs opposent chaque année l’un à l’autre, dans le pare d'Ouéno (1), et comparez : chez les classiques, les vieux styles japonais triomphent encore, mais de plus en plus atteints par le progrès, entraînés aux libertés de l’école vulgaire ; chez
(4) L'exposition des peintres classiques n’est autre que celle de l'école des beaux-arts officielle. (Bijouts Ghakko.) Le titre choisi par l'association des jeunes novateurs est Méji bijouts-Kaï, qui signifie mot à mot « Société de beaux-arts de l'ère de Méji », mais qui au fond veut dire : « Société de l’art nouveau et éclairé. »
142 ÉTUDE SUR HOKSAÏ
les novateurs, tout est peint sous la double influence concordante du genre vulgaire et du genre européen ; ni l'une ni l’autre des deux écoles rivales ne présente de bien grandes œuvres; mais il y a entre elles cette différence que
la première sent la mort et que, si la seconde n'a pas.
encore trouvé la vie, elle s’y prépare ; c’est dans son sein que s’élabore l'avenir. La gloire de Hoksaï monte : l'Europe et l'Amérique le célèbrent, le proclament le premier peintre de son pays, le placent au rang des plus grands génies de l’univers (1); et au Japon, si les hautes classes le dédaignent encore (2), le peuple l’aime : or, dans un empire que la démocratie envahit maintenant comme tous les autres, c’est fatalement le goût du peuple qui finira par
prévaloir. Hoksaï a abaissé l’art de sa nation, mais il lui a
infusé une vie nouvelle; il a élargi le vieux palais de délices, et il en a ouvert les portes toutes larges aux fêtes de la multitude ; les délicats ont peut-être le droit d’expri-
(4) M. Duret : « Le jugement des Européens l’a placé en tête des artistes de sa nation. » (Gazette des beaux-arts, deuxième période, t. XXVI.) M. Gonse : « Hoksaï est un des plus grands peintres de sa nation ; à notre point de vue européen, il en est même le plus grand, le plus génial... Il peut être placé à côté des artistes les plus éminents de notre race... Un talent si complet et si original doit appartenir à l'humanité. » (L'Art japonais, vol. I, p. 269.) — Cf. Morse (American art Journal, 1880), F. V. Dickinns (The hundred views of Fuji, 1880, introduction), W. Anderson (The pictorial arls of Japan), etc.
(2) On croit volontiers en Europe que le jugement des Japonais sur Hoksaï s’est transformé devant l'enthousiasme de la critique occidentale: « Les Japonais, dit M. Duret, ont universellement recounu en lui un de leurs grands hommes ; » et telle est aussi l'opinion de M. Gonse. Mais, en réalité, le sentiment de la société lettrée est aujourd’hui exactement ce qu'il était il y a cinquante ans: le vulgaire continue d’adorer Hoksaï comme un dieu du dessin, l'élite de le considérer comme un artiste de troisième ordre.
ét
mer quelques regrets : mais à Coup sûr, au Japon comme ailleurs, leurs plaintes seront vaines, et rien n’empêchera l’école vulgaire d’escalader les marches sacrées à la suite de son grand initiateur.