‹ Étude sur J.S. Bach, 1685-1750Chapitre 11 sur 69 · Oeuvres, tome V, livraison 1, n · texte numérisé non relu

Oeuvres, tome V, livraison 1, n

que les autres cantates de Bach développent, avec toutes les fines nuances dont la musique seule est capable, une seule et même disposition d'esprit. L'évangile du jour contient la parabole de l'enfant prodigue. L'introduction de la cantate est une sonate du genre créé par le compositeur vénitien J. Gabrieli : sur des harmonies lentes et larges, le violon et le hautbois entrelacent une mélodie passionnée en imitations concertantes. Les premiers morceaux sont amèrement tristes ; l'âme est près d'être submergée par les flots de larmes; mais des voix d'une suavité touchante se font entendre : « Pourquoi t'affliges-tu? confie-toi à l'Éternel.» Alors l'âme espère, elle a la promesse de Jésus, elle renaît à la joie, elle éclate en chants de triomphe : « Gloire à l'Agneau qui fut immolé ! Alléluia ! » On voit que le poète n'a fait que paraphraser la parole évangélique; les contrastes permettaient au musicien de déployer toutes les ressources de son art. Seul, le duo entre Jésus et l'âme, prête à plus d'une critique; il est sur l'extrême limite de la musique religieuse. Bien que, conformément au principe mulîer taceat in eccîesia,

le soprano fût chanté par un jeune garçon, l'analogie avec un duo d'opéra est trop forte pour que nous n'en soyons pas blessés. Le goût du temps ne s'y opposait pas. En revanche, le chœur dans lequel l'àme reprend courage, construit sur le choral Wer nur den lieben Gott lasst ivalten, et Yalléluia final sont de vrais chefs-d'œuvre ; rarement Bach sest montré aussi aimable, aussi populaire dans la meilleure acception du mot, aussi lumineux que dans ce dernier morceau.

L'instrumentation en est brillante ; trompettes et timbales s'associent aux éclats de l'orgue, tandis que les violons s'élèvent dans les hauteurs resplendissantes de clarté.

Citons enfin une troisième œuvre des heureuses années de Weimar, la cantate pour le 26 décembre 1716: Wachet, betet, seid bereit (Veillez, priez, soyez prêts) '. Le sujet en est la venue du Christ pour le jugement dernier, l'évangile saint Luc, chap. XXI, vers. 2 5-36. Bach évoque avec une prédilection marquée les scènes grandioses de la fin du

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