‹ Étude sur J.S. Bach, 1685-1750Chapitre 12 sur 69 · Oeuvres, tome XVI, nu · texte numérisé non relu

Oeuvres, tome XVI, nu

monde et de la gloire du Messie; son mysticisme s'y complaît; la terreur des mortels, le bonheur des élus offrent à l'art du musicien des contrastes du plus grand effet. Bach n'a pas souvent créé de mélodie aussi simplement belle que Y adagio du dernier air de basse; accompagnée seulement des harmonies diaphanes de l'orgue, la voix s'élève librement, pressentant déjà le repos des bienheureux.

Il y a un charme indéfinissable dans les compositions de l'époque de Weimar. Elles ont encore la fraîcheur de la jeunesse et déjà la solidité de l'âge mûr; elles sont empreintes de la douceur bienveillante d'un homme qui, se sentant heureux et fort, voudrait communiquer à tous son bonheur et sa santé. Si parfois, des profondeurs mélancoliques de l'âme, quelques teintes sombres montent jusqu'à la surface, elles se fondent bientôt dans la sérénité joyeuse que la foi chrétienne donne au pieux artiste; elles passent comme l'ombre d'un nuage qui va disparaître dans le ciel pur. Il semble aussi que l'organiste de la cour ducale ait voulu rendre accessible aux

JEAN-SÉBASTIEN BACH. 6j

humains les sommets rayonnants qu'il avait gravis comme en se jouant. A cette époque, bien plus que dans la suite, Bach visait à faciliter l'exécution de ses cantates : elles sont plus aisées à comprendre et à rendre, tant pour les voix que pour les instruments; elles sont en général aussi plus agréables à l'oreille que celles des années postérieures, où la sévérité finira par l'emporter.

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