‹ Étude sur J.S. Bach, 1685-1750Chapitre 13 sur 69 · AVEC MARCHAND · texte numérisé non relu

AVEC MARCHAND

Les témoignages de satisfaction de la part du duc et d'admiration de la part des étrangers ne manquèrent pas à Bach. Dès 17 14 il avance au grade de maître de concert, c'est-àdire de chef des premiers violons. Il avait donc le plus haut rang dans l'orchestre et il dut sans doute souvent le diriger, Drese, le maître de chapelle en titre, étant âgé et fréquemment malade.

L'organiste de Weimar avait vu sa renommée s'accroître à un tel point que, dans toute l'Allemagne centrale, il était considéré comme une autorité de premier ordre dans tout ce qui concernait son instrument. S'agissait-il d'essayer un orgue nouvellement construit ou réparé, de vingt-cinq lieues à la ronde on

le faisait venir comme expert; il se rendait volontiers à l'invitation, et partout où il avait paru, il laissait des admirateurs passionnés, émerveillés de sa science, de son jugement et surtout de son génie d'exécution, éblouis par le virtuose au point d'en oublier l'artiste. Bach faisait ces voyages assez régulièrement en automne, alors que ses fonctions le retenaient moins rigoureusement à son poste.

C'est ainsi qu'appelé par le prince héritier de Hesse, il vient à Cassel, et joue seul dans l'église devant son auguste auditeur; celui-ci, enthousiasmé, ôte de son doigt une bague ornée d'une pierre précieuse et la remet au grand artiste. C'est ainsi encore qu'à deux reprises il se rend à Halle: son succès est immense; les autorités de la ville font tous leurs efforts pour le retenir, mais le duc Ernest-Guillaume réussit pourtant à le garder à Weimar; il comprenait que pour posséder un pareil génie il pouvait bien faire le sacrifice d'une trentaine de gulden '.

1. Environ ioo fr., le gulden (florin) d'alors valant de 3 fr. 3o à 3 fr. 5o.

En 17 14 Bach alla pour la première fois à Leipzig, probablement poussé par le désir de faire la connaissance de Kuhnau. Là, le 2 décembre, à l'église de Saint-Thomas ou de Saint-Nicolas, il fit exécuter sa cantate ' : «Viens, Sauveur des gentils.» Pendant tout le culte il occupa l'orgue qui devait plus tard si souvent retentir sous ses doigts. Le service étant long et compliqué2, Bach écrivit l'ordre des cérémonies sur la couverture de sa partition. Ce précieux autographe existe encore et se trouve, comme tant d'autres, à la bibliothèque de Berlin.

Une autre fois, c'était en 1716, le duc mena son organiste à une grande fête de chasse arrangée par le prince de Saxe-Weissenfels. Il était fier de pouvoir faire chanter en l'honneur de son cousin une cantate d'occasion, toute bourrée d'allégories mythologiques, dont le poète et le compositeur, Frank et Bach, étaient tous deux à son service. Bach avait mis beaucoup de soin à cette

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