‹ Étude sur J.S. Bach, 1685-1750Chapitre 3 sur 69 · LES ANCÊTRES DE BACH · texte numérisé non relu

LES ANCÊTRES DE BACH

Dès le commencement du seizième siècle, on trouve la famille Bach établie dans les environs d'Arnstadt en Thuringe; de là elle se répand dans toute cette région, qui fut le berceau de la Réformation. Si ces bons paysans ou honnêtes artisans ne sont pas de grands personnages, au moins jouissent-ils de la confiance de leurs concitoyens : en 1 56 1 Jean Bach est membre du conseil à Wechmar, près Gotha. Veit, probablement son fils, alla chercher fortune en Hongrie, où il exerça le métier de meunier ou celui de boulanger, ou peut-être encore les deux à la fois, comme cela se voit assez souvent. Ses descendants honoraient en lui le premier musicien de la famille. Même quand il travaillait au moulin, il ne quittait pas sa guitare. J.-S. Bach fait remarquer que, bien que Taccom-

pagnement de la meule dût produire un singulier effet musical, son aïeul aura certainement appris ainsi à jouer ferme en mesure. Mais Veit Bach ne devait pas jouir longtemps des avantages de sa nouvelle position ; chassé de Hongrie par la réaction catholique, il vendit tous ses biens pour rentrer dans son ancienne patrie, à Wechmar. A partir de ce moment, le talent musical ne sort plus de la famille. Jean, fils de Veit. est déjà musicien de profession. C'était, paraît-il. un joyeux compère, acclamé partout où il se montrait, toujours prêt à rire et à faire rire. Il eut beaucoup d'enfants, dont plusieurs embrassèrent la même carrière que leur père; à leur tour ils font souche d'artistes, de sorte que le nombre des Bach musiciens devint légion1. A Erfurt, au lieu de dire les musiciens de la ville, on disait «les Bach». Pour ne pas se perdre de vue, la famille, répandue dans toute la Thuringe et jusqu'en Franconie, éprouvait le besoin d'avoir des réunions an-

i. Le tableau généalogique le plus complet de la famille Bach se trouve dans l'ouvrage de M. Bitter sur les fils de Jean-Sébastien. (2 vol. Berlin 1868.)

nuelles à Eisenach, à Erfurt, à Arnstadt, villes où ses représentants étaient le plus nombreux. Les Bach s'assemblaient en congrès pour discuter les affaires communes ; on se communiquait les naissances, les mariages et les décès, on échangeait des idées sur tout ce qu'on pouvait avoir vu ou appris. La partie musicale de la diète des Bach commençait par le chant d'un choral, puis chacun se faisait entendre seul à son tour et la séance finissait souvent fort gaiement. On vit dans ces réunions jusqu'à cent vingt personnes portant le même nom. Les Bach contractèrent de nombreux mariages avec des filles de musiciens, comme le comportait l'usage de la corporation. Ces unions ne peuvent être restées sans influence sur l'hérédité du talent musical ; «la famille Bach présente l'un des plus beaux exemples ' de sélection artificielle — ou naturelle — qu'on rencontre dans l'espèce humaine.»

Le troisième fils de Jean Bach, nommé Henri, doit avoir été un artiste distingué; ses

i. Ribot, L'hérédité psychologique, page y3.

deux fils Jean-Michel et Jean-Christophe furent les plus grands compositeurs de la famille avant celui qui devait les dépasser tous, Jean-Sébastien. Tandis que cette branche cadette se voue surtout à l'orgue et à la musique religieuse, les descendants de Christophe, second fils de Jean, s'adonnent de préférence à l'art profane. Un des fils de Christophe, Jean-Ambroise, épousa en 1671 Elisabeth Lâmmerhirt, d'une famille d'Erfurt alliée déjà à la sienne. De ce mariage naquirent deux filles et six fils. C'est au dernier venu qu'il était réservé de concentrer en lui toutes les facultés qui se trouvaient éparses chez ses ancêtres et ses cousins. Il sera un génie de premier ordre dans la musique religieuse comme dans la musique profane, dans la création artistique comme dans l'exécution ; il sera fort, sain de corps et d'esprit, profondément pieux, travailleur consciencieux et infatigable, père d'une nombreuse famille d'artistes : c'est Jean-Sébastien.

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