Oeuvres, tomes XVI et VII
4. Oeuvres, tome XI, livraison 1, d'après la nouvelle forme que Bach lui-même donna à son œuvre. L'édition de 181 1 est faite d'après la première composition.
grande œuvre a été une des premières à sortir de l'oubli dans lequel étaient tombées toutes les compositions d'église de Bach, à l'exception de ses motets; elle a été imprimée en 1811, et dès lors elle a conquis de plus en plus l'admiration générale.
On connaît le texte : c'est le cantique de Marie. Bach l'a conservé en latin, tel qu'il retentissait depuis des siècles dans toutes les églises de la chrétienté. C'est un hymne de joie et de reconnaissance qui s'enchaîne parfaitement au récit de la naissance du Messie, et qui avait ainsi sa place dans le service de Noël. Il semble qu'en composant les chœurs non pas, selon son habitude, à quatre voix, mais à cinq, comme c'était l'usage au dixseptième siècle, Bach ait voulu accentuer le caractère liturgique de cette œuvre et la rattacher aux traditions du passé; en reprenant, pour terminer, le thème du premier chœur, il suit aussi les habitudes des Italiens qui aimaient à finir leurs messes, leurs Requiem, leurs Magnificat comme ils les avaient commencés.
Bach a su résoudre le problème si difficile
de composer, sans lasser ses auditeurs, une œuvre qui est d'un bout à l'autre l'expression de la joie. Mais aussi quelle profonde intelligence du texte, quelles nuances dans la musique ! Si dans le premier chœur il laisse libre cours à sa joie débordante, il sait bien une autre fois lui donner le caractère grandiose de l'adoration d'une multitude, ou lui prêter les accents triomphants de la victoire, ou enfin la faire monter sur les ailes des anges jusqu'à la voûte des cieux. Et quelle variété dans les solos ! De la joie enfantine et douce jusqu'à l'humble fierté de la mère du Christ, la gamme du bonheur est parcourue tout entière.
Noël, on le sait, occupe une place considérable dans la vie allemande ; le peuple et la famille le célèbrent aussi bien que l'église; c'est la fête des enfants et la fête des vieillards, c'est le jour où revivent les joies pures, les attentes naïves du jeune âge. Les bergers de Bethléem, les armées célestes, la crèche dans l'hôtellerie, ont gardé toute leur poésie. On ne s'étonnera pas que Bach, ce petit-neveu de Luther, ait aimé à s'inspirer des émotions
de Noël, douces entre toutes. Outre les œuvres que nous venons de citer, il y a puisé le sujet d'au moins six cantates1 et d'un oratorio complet. U oratorio de Àroè7% écrit en 1734, se compose de six parties distinctes, destinées aux trois jours de Noël, au ier janvier, au premier dimanche de l'année et au jour des Rois. Ces six cantates, quoique réparties sur six jours différents, forment néanmoins un ensemble, dont chacune n'est qu'un élément; elles sont reliées les unes aux autres par le sujet qui leur est commun, la venue du Christ, et elles reçoivent de la musique leur cachet d'unité. Ce n'est pas un oratorio dans le genre de ceux de Hândel (à l'exception du Messie, qui est sous tous les rapports une œuvre à part), avec une action dramatique, des personnages réels et bien individualisés; c'est un récit tiré des évangiles selon saint Matthieu et saint Luc, entrecoupé de méditations et de réflexions lyriques. Les unes ont un caractère tout à fait personnel : ce sont les