‹ Étude sur J.S. Bach, 1685-1750Chapitre 39 sur 69 · Oeuvres, tome XII, livraison · texte numérisé non relu

Oeuvres, tome XII, livraison

ne sont pas assez distinctes les unes des autres, parfois aussi les réflexions sont hors de saison. Bach a senti lui-même l'insuffisance de son texte et surtout l'absence de contrastes bien accentués. Pour y remédier, il a donné aux chœurs dramatiques un développement extraordinaire, allant presque jusqu'aux limites de l'oratorio. Il y gagnait au point de vue purement musical, mais il prêtait trop de relief à des paroles peu importantes en elles-mêmes, quoique prononcées par une foule. Il s'en est du reste aperçu mieux que personne, et dans la suite il a beaucoup remanié et corrigé, sans arriver à être complètement satisfait.

La Passion selon saint Jean a quelque chose de sombre, d'agité, une âpreté qui ne s'accorde guère avec l'idée que nous nous faisons du disciple aimé de Jésus. Le premier chœur, qui est pourtant une invocation à Dieu et une glorification de sa puissance et de sa miséricorde, a déjà ce caractère ; il persiste encore dans le chant d'adieu aux restes mortels du Christ, malgré l'espoir du repos dans la vie future, qui y trouve une éloquente expression.

Il y a cependant des beautés de premier ordre dans cette œuvre de Bach : les airs de basse avec chœurs, l'air d'alto «Tout est accompli », le chœur des Juifs et surtout les chorals ne peuvent manquer de faire une profonde impression. Mais nous ne conseillerions à personne d'aborder le grand maître par la Passion selon saint Jean. Pour l'apprécier justement, il faut s'être déjà familiarisé avec son style, en étudiant des œuvres plus facilement accessibles et d'un extérieur moins sévère.

La Passion selon saint Matthieu ' a été donnée le Vendredi-saint i5 avril 1729, mais Bach avait commencé à y travailler longtemps auparavant. Bon nombre de morceaux qui étaient déjà prêts trouvèrent, suivant la coutume que nous avons signalée, leur emploi dans le grand service funèbre qui fut célébré à Cœthen en l'honneur du prince Léopold, mort en novembre [728.

De tout ce que Bach a écrit, c'est l'ouvrage qui fait le plus facilement la conquête des

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