‹ Étude sur J.S. Bach, 1685-1750Chapitre 9 sur 69 · LA CANTATE. « ICH HATTE VIEL BEKUMMER · texte numérisé non relu

LA CANTATE. « ICH HATTE VIEL BEKUMMER

NISS. »

Bach ne se contentait pas d'étudier les Italiens tout en rivalisant avec eux, ni d'être réputé, à vingt-cinq ans, le premier organiste de l'Allemagne. Réformer la musique d'église protestante, telle était son ambition. A Miihlhausen déjà ce rêve le hantait; il ne l'a pas quitté jusqu'à la fin de sa vie. La cantate d'église, mélange informe de paroles bibliques et de chorals, tombait en décadence : Bach la releva.

Il a écrit à Weimar beaucoup de cantates, dont un grand nombre ne sont pas encore publiées. Toutes ont ceci de commun que les solos y ont le rôle dominant, tandis que les

chœurs sont peu développés. Nous ne citerons que quelques-unes des plus connues et des plus considérables.

C'est environ à l'an 171 1 qu'il faut attribuer YActus tragicus 1 , cantate destinée , semble-il, à un service funèbre, en souvenir d'un homme déjà âgé, resté inconnu. Cette pièce n'a pour toute instrumentation, outre la basse continue, que deux basses de viole2 et deux flûtes, ce qui lui donne un caractère doux et éthéré, frappant surtout dans la délicieuse introduction. C'est un drame que cette cantate, mais un drame tout lyrique, purement intérieur. Au début, c'est la loi de

1. Oeuvres, tome XXIII, n° 106. M. Rust (Oeuvres, tome XXVIII, page i3) fait, d'après des indices extérieurs, remonter cette cantate aux années 1707 ou 1 708, alors que Bach était encore à Miihlhausen. Une telle maturité serait étonnante pour un jeune homme de 22 ou 2 3 ans, mais avec Bach on peut s'attendre à toutes les surprises dont le génie seul est capable. Il est intéressant de relire le jugement que Mendelssohn portait sur cette cantate. (Lettre du 2 3 mars i835.)

2. La basse de viole (viola di gamba) était accordée en ré, sol, ut, mi, la, ré. On la remplace aujourd'hui par le violoncelle.

l'Ancien Testament, la mort implacable qui règne ; dès que les voix ont fait entendre leur invocation à Jésus, la grâce triomphe. «Aujourd'hui tu seras avec moi en paradis, » répète la basse d'un air magnifique, tandis que le chœur répond: «La mort n'a plus de terreurs ; je m'endors dans ta paix ; gloire à Dieu en Jésus-Christ. »

Le grand chœur du milieu est la pièce la plus importante de cette œuvre. Altos, ténors et basses redisent sans cesse : « C'est l'ancienne alliance, tu dois mourir,» pendant que les sopranos appellent d'une manière toujours plus pressante: «Viens, ô Seigneur Jésus, viens. » Mais le mourant n'est pas seul à prier : l'église invisible se joint à lui dans le sentiment de la même foi. Des hauteurs éternelles, bien au-dessus des voix humaines, descend, paisible et consolante, l'antique mélodie du choral : « C'est en Dieu que je me confie. » On ne saurait trop admirer l'art avec lequel Bach, qui pourtant n'avait que 26 ' ans, a fondu tous ces éléments en un ensemble

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