‹ Étude sur Jean CousinChapitre 21 sur 72 · A PARIS · texte numérisé non relu

A PARIS

Église Saint' Gervais.

Il n'y reste rien des vitraux de Jean Cousin dont la description nous a été donnée par Félibien. On y voyait, dit-il, les trois vitraux suivants de ce maître :

1° Le Martyre de saint Laurent;

2° La Samaritaine conversant avec le Christ ;

3° La Guérison du paralytique.

11 y avait aussi dans une chapelle autour du chœur à droite la Réception de la reine de Saba par Salomon.

Tous ces vitraux ont été détruits vers 1775 , et, en examinant les fragments qu'on a recueillis pour orner les parties hautes de quelques-unes des fenêtres de cette église, aucun, un seul excepté , ne se rapporte, du moins d'une manière

(1) Je tiens du propriétaire actuel du château d'Anet, M. Moreau, qui, seconde pàr le talent de M. Lefer, restaure ce beau monument de l'art fiançais avec tant de zèle et de goût, que tous deux s'étant rendus au Louvre, auprès de M. de Nieuwerkerke, pour rechercher dans lès combles du Louvre ce qui pourrait être recueilli des Terres de Jean Cousin, toutes leurs recherches furent vaines; il n'en reste aucune trace.

reconnaissable, à l'un des trois sujets indiqués par Félibien comme étant de Jean Cousin.

Mais on voit au fond du chœur de cette église un grand et magnifique vitrail représentant l'Annonciation et la Naissance du Christ, accompagné de deux autres vitraux moins importants , et qui tous trois sont attribués à Robert Pinaigrier, et, en effet, le dessin diffère de celui de Jean Cousin. Cependant, quant à l'architecture, elle est semblable à celle qui caractérise le vitrail de Saint-Eutrope à la cathédrale de Sens et qui est de Jean Cousin; on en voit un spécimen dans V Histoire de la peinture sur verre par M. de Lasteyrie.

On peut donc croire que Jean Cousin, qui, selon les anciens historiens, a décoré, conjointement avec Pinaigrier, l'église de Saint-Gervais, concourut au dessin, du moins quant à la partie architecturale, de ce beau vitrail, l'un des plus importants qui existe en France , et dont l'effet est admirable , surtout lorsqu'un rayon de soleil l'illumine*

Tout récemment on vient de replacer à l'église Saint-Gervais un grand et beau vitrail représentant le Jugement de Salomon. M. Filon, qui l'a remonté avec grand soin, FattribueàPinaigrier; mais le style en est tout différent et me paraît se rapprocher de celui de Jean Cousin, à en juger par le vitrail de Fleurigny parfaitement conservé, et dont on ne saurait mettre en doute l'authenticité constatée par Félibien. A moins que M. Filon n'ait des motifs que j'ignore pour attribuer cette œuvre à Pinaigrier, je crois devoir la ranger parmi les œuvres les plus remarquables de Jean Cousin. Dans l'un des compartiments accessoires en haut de ce vitrail, on voit représentée la Reine de Saba, mais en petite dimension et de peu d'importance. Serait-ce ce vitrail que Félibien dit avoir été exécuté par Jean

(1) M. E. Déligand, dans sa Notice sur Jean Cowsm,. attribue ce vitrail à Jean Cousin, et dit que « l'on avait cru y lire la date de 1531, tandis que c'est 1551 qu'il porte». Je n'y ai aperçu aucune date.

Cousin dans une chapelle de cette même église de Saint-Gervais ?

Dom Germain Brice, dans sa description de cette église , dit que les vitres en sont estimées et qu'elles sont de Jean Cousin,

« Qui excellait dans ce genre d'ouvrages dont on est sagement revenu à présent, à cause de l'obscurité que les couleurs produisent. Elles ont été faites vers Tannée d586. » [Description de la ville de Paris, t. II, p. 146.)

Église des Jacobins.

M. Alexandre Lenoir avait recueilli quelques fragments de vitrail représentant le Calvaire, qu'on voyait dans cette église, et qu'il attribue à Jean Cousin.

« Ce qui en reste, dit-il, fait regretter ce qui en a été détruit. Le dessin en est vigoureux, la couleur brille; il est d'un grand style. On s'aperçoit aisément que ce maître a été nourri des productions de Raphaël. »

Église Saint-Êtienne-du-Mont.

Le vitrail qui servait de porte au petit cimetière de l'église paroissiale de Saint-Étienne-du-Mont, où Le Vieil dit l'avoir vu, a disparu.

Alexandre Lenoir, dans son Musée, mentionne, en outre sans aucune indication de provenance, trois autres vitraux : « Une descente de croix et deux sujets de l'Ancien Testa- « ment peints en grisaille légère et de la manière la plus « suave » .

On ignore ce qu'ils sont devenus.

Les charniers de Saint-Étienne-du-Mont étaient ornés de vitraux peints, qui existent encore en partie, quoique trèsmutilés et très-mal restaurés. Ces vitraux pourraient bien être de Jean Cousin, car ils ont été gravés par son ami et peut-être

son élève Léonard Gaultier, dans un ouvrage fort rare où il n'est pas même dit que ces curieuses et fines gravures reproduisent ces vitraux. Voici le titre de l'ouvrage , qui manque dans nos grandes bibliothèques de Paris et dont M. le curé de Saint-Étienne-du-Mont possède un très-bel exemplaire : La Conférence des figures mystiques de l'Ancien Testament avec la vérité évangélique , par Guillaume de Requieu (Paris, Ant. du Breuil, 1602, in-8°). Aucun iconographe n'a fait mention de ces gravures , dues au burin de Léonard Gaultier, qui les a toutes signées. Quant aux vitraux qu'elles représentent, Dezallier d'Argenville, dans son Voyage pittoresque de Paris, les mentionne comme très-curieux.

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