‹ Étude sur Jean CousinChapitre 22 sur 72 · A VINCENNES · texte numérisé non relu

A VINCENNES

La Sainte-Chapelle.

Dans la Sainte-Chapelle, la verrerie est entièrement de la main de Jean Cousin. On y voit Y Annonciation, les portraits en pied de François Ier et de Henri II, Y Approche du jugement dernier, d'après l'Apocalypse. Ces magnifiques vitraux, que Lenoir regarde comme les plus beaux monuments de la peinture sur verre en France, avaient beaucoup souffert. Le ministre Benezech autorisa Lenoir à les recueillir dans le Musée des monuments français ; depuis ils ont été replacés à Vincennes (1).

« Plusieurs de ces vitraux, dit M. Lenoir (2), ont été totalement abîmés par la grêle; ils représentent divers passages de l'Apocalypse. Ceux qui ont été conservés sont au nombre de sept. Les deux plus beaux étaient dans le sanctuaire : la composition en est vigoureuse; elle représente la chute du monde ou les approches du dernier jugement. La terre est ébranlée, les flammes soulèvent les flots

(1) Haag, la France protestante, p. 104, article Jean Cousin.

(2) Lenoir, Description du Musée français, 4e édit., p. 36.

de la mer, roulant des malheureux qui cherchent à combattre la mort qui vient les frapper. Des anges, au milieu des éclairs, sonnent la trompette universelle. Ces contrastes sont frappants et touchent l'âme du spectateur.

a Chacun des sujets est divisé par des encadrements, peint en grisaille, formant des voûtes, de façon à donner de la profondeur aux sujets. On voit dans les angles du haut les chiffres de Henri II et de Diane de Poitiers, et dans le bas des groupes de trophées de guerre ornés de salamandres.

a Les vitraux de la nef ont la même distribution : ils représentent les portraits en pied de François 1er et de Henri II , de grandeur naturelle. Plusieurs ont été très-dégradés. Au bas de l'un d'eux on voit la Vierge ayant l'Enfant Jésus sur ses genoux. Ces peintures sont sublimes, elles ont plutôt l'air d'être exécutées sur la toile que sur le verre. Jean Cousin y a réuni et employé toutes les ressources de son art. Son dessin semble être celui de Jules Romain, sa couleur et son faire celui du Corrége. Une fausse tradition annonçait que Jean Cousin avait exécuté ses peintures sur des cartons de Jules Romain : c'est une erreur accréditée par des gens qui ne savent pas découvrir dans les œuvres des grands maîtres ces traits fins qui décèlent leur âme dans leur composition, cette délicatesse presque surnaturelle qui constitue le dessin et l'expression , qui fait qu'un tableau de Michel-Ange ne ressemble point à un tableau de Raphaël (1). »

MM. Haag ajoutent ces réflexions à ce jugement un peu enthousiaste , quoique vrai au fond :

« C'est à cette difficulté de bien juger les œuvres de l'art que l'on doit attribuer la diversité des jugements qui ont été portés sur la manière de Jean Cousin. Les uns y ont cru reconnaître une imitation du Parmesan, d'autres de Raphaël, d'autres enfin de Michel - Ange. Mais cette diversité même d'opinion prouve que sa manière était à lui. Telle est la fortune des hommes de génie, ils se rencontrent sans se chercher ni se connaître (2). »

(1) M. de Lasteyrie a reproduit la scène de l'Apocalypse, et la représentation de Henri II agenouillé, dans son grand et bel ouvrage : Histoire de la peinture sur verre.

(2) Quand je suis allé examiner, en mai 1869 et en janvier 1870, les vitraux de Jean Cousin dans la chapelle de Vincennes, ils étaient en partie démontés pour

Millin, dans les Antiquités nationales , nous donne une reproduction figurée, mais malheureusement bien imparfaite, de plusieurs vitraux de la Sainte-Chapelle de Vincennes.

« Parmi les sujets groupés au n° X, planche 9, tome II, on voit Diane de Poitiers représentée dans le purgatoire, au vitrail du milieu de la nef à gauche; elle est nue et tient les bras serrés sur la poitrine, et semble demander de sortir de ce séjour de douleurs où quelques faiblesses la retiennent, pour rentrer dans la demeure des bienheureux.

« La figure A représente le duc de Guise le Balafré. Il est à genoux devant un prie-Dieu sur lequel il y a un livre et un trophée d'armes; en face de lui on voit un bouclier chargé d'une croix de Lorraine.

« Un autre personnage également agenouillé ressemble pour le costume à celui de Henri IL Ses armoiries remarquables par les seize alérions d'azur (armes des Montmorency) sont supportées par deux anges. »

Millin, t. II, p. 60, dit qu'on y voyait dans l'origine le portrait du cardinal de Lorraine, mais que ce portrait avait été enlevé, sans doute à la suite du meurtre de ce cardinal à Blois.

Quelques-uns attribuent aussi à Jean Cousin les deux vitraux de l'extrémité de la nef de la même chapelle représentant les Quatre saisons.

Dans la planche VI , la figure 4 représente une Vierge tenant l'Enfant Jésus, assise dans un beau siège antique,

Et la figure 5 un cordelier.

A la figure 6 est le portrait de François Ier, agenouillé et revêtu du grand habit de l'ordre de Saint-Michel avec la fraise et le collier.

être réparés. Mais ce que j'en ai vu , particulièrement la scène de l'Apocalypse, fort bien reproduite par M. deLasteyrie, justifie l'éloge qu'on en a fait. Nous espérons qu'à l'aide des fragments tenus en réserve, M. Viollet-le-Duc parviendra à rétablir, du moins en partie, ce qui décorait cette chapelle lorsque l'explosion de la poudrière en 1822 endommagea les vitraux de Jean Cousin. Les soins si éclairés et si consciencieux qu'apporte M. Viollet-le-Duc à la restauration de nos anciens monuments nous font vivement désirer que ce travail ne reste pas plus longtemps suspendu.

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