ARCHITECTURE
On ne cite aucune construction importante exécutée par Jean Cousin. Mais Lefèvre de la Boderie le cite positivement dans la Galliade, parmi les premiers architectes de son temps, et son Traité de la perspective prouve ses connaissances en mathématiques qui le rendaient propre à tous travaux de construction et d'ornementation.
A Sens, on montre une maison qu'il fit construire , dit-on, sur ses dessins, et dont l'escalier est un joli chef-d'œuvre d'architecture dans le style de transition. M. de la Vernade en a donné une charmante description dans son Histoire de Sens :
« La légèreté, l'élégance de la cagesvelte et élancée, la courbure pleine de grâce des volutes, des détails de sculpture fins et de
bon goût, rendent ce morceau d'architecture digne du plus haut intérêt. »
Ce dessin est reproduit dans le Compte rendu de la quatorzième session du Congrès archéologique de France, p. 218.
A Fleurigny, on lui attribue l'ornement architectural du château, consistant en arabesques et sujets de fantaisie ornant la porte d'entrée, la cheminée monumentale de la salle du Prévôt, etc. Dans la Gazette des beaux-arts, M. Léon Lagrange apprécie ainsi la décoration de l'intérieur de la chapelle de Fleurigny :
« La fantaisie d'un peintre a pu seule faire imaginer ces chicorées impossibles, suspendues par un fil, ces choux violemment détachés du mur, ces feuillages à jour, ces pseudo-chapiteaux qui n'ont d'un chapiteau que le tailloir, découpés en fines arabesques où se jouent des génies et des animaux chimériques. C'est un luxe d'invention que le goût ne justifie pas toujours; mais c'est l'originalité sans frein, la liberté en ébauche, la jeunesse dans sa Heur, je dirai presque l'enfantillage du genre : on croirait voir le Gothique fleuri donnant la main au Rococo par-dessus la tête de la Renaissance (4), »
M. Lobet fait remarquer que si cette ornementation est de Jean Cousin, elle doit être de son jeune âge et de sa première manière, et que ce goût de Jean Cousin pour les mascarons, les fantaisies et les chimères avait déjà été remarqué par Alexandre Lenoir. On en voit de nombreuses traces dans l'ornementation des entêtes de livres et lettres initiales dessinées par Jean Cousin.
D'après M, Quantin , Jean Cousin aurait donné le plan de plusieurs chapelles dans le voisinage de Sens.
Par des actes authentiques déposés aux archives d'Auxerre, l'abbé de Vauluisant commanda à Jean Cousin un plan de
(1) Gazette des Beaux-Arts, tome XTX , \>. 487.
fortifications pour Gourgenay, village ressortant alors de cette puissante abbaye. C'est encore un point de ressemblance de plus entre Jean Cousin et Albert Durer , qui a donné aussi des plans de fortifications (1).
D'après une note de M. Quantin, archiviste d'Auxerre, insérée dans le Bulletin archéologique, t. II, p. 544, Jean Cousin, « paintre,. demeurant à Paris », en 1545, aurait été désigné par le bailly de Sens , dans le cas où il se trouverait à Sens et non à Paris, pour lever le plan de place et maisons contentieuses.