‹ Étude sur Jean CousinChapitre 32 sur 72 · GRAVURE EN CREUX SUR CUIVRE · texte numérisé non relu

GRAVURE EN CREUX SUR CUIVRE

Jusqu'à ces derniers temps on connaissait très-peu de gravures exécutées par Jean Cousin. C'est au zèle de M. de Baudicour qu'on est redevable de plusieurs pièces ignorées. Toutes sont de simples eaux-fortes. Sa collection , qu'il a bien voulu mettre à ma disposition, me permet donc de donner une énumération plus complète de cette partie des œuvres de Jean Cousin (2). M. Georges Duplessis a fort bien apprécié le mérite de Jean Cousin comme graveur dans son Histoire de la gravure en France (3).

1° L' Annonciation. Au bas on lit I. COVSIN. Largeur : 0,197 ; hauteur : 0,130. Elle est décrite par M. Renouvier et par M. Georges Duplessis. La gravure sur bois qu'on voit p. 164 de la Bible dite de le Clerc, 1664 , offre quelque analogie avec cette estampe.

(1) Alberti Dureri, pictoris et architecti prasstantissimi, de urbibus, arcibus castellisque condendis acmuniendis, etc. Parisiis, exofficina Christ iani Wechelii sub scuto Basiliensi, 1535, in-fol.

(2) En 1854, M. Renouvier ne connaissait que trois des gravures de Jean Cousin, qu'il vit chez M. de Baudicour. Notre Bibliothèque n'en possédait alors qu'une seule. J'en possède quatre.

(3) Paris, Rapilly, 1861, page 63.

2° Le Sauveur descendu de la Croix. Elle est décrite par M. Renouvier et M. Georges Duplessis. Je possède cette gravure ainsi que le dessin original qui a appartenu à M. Destailleur. Ce dessin offre des différences sensibles avec la gravure. On en peut juger par la reproduction au trait que j'en donne.

L'exécution de cette gravure est large et rend très-bien la belle composition du dessin ainsi que l'expression des figures, sans chercher à flatter par le fini de l'exécution. On lit au bas, sur une pierre : I. COVS1N. Larg. : 0,298; haut. : 0,168.

3° La Sainte Famille. Cette belle eau-forte de Jean Cousin, supérieure aux précédentes , a été acquise récemment par M. de Baudicour. Dans cette gravure, la Vierge, assise à gauche, présente l'Enfant divin à saint Jean que soutient sa mère Elisabeth. A gauche, derrière la Vierge, est saint Joseph en contemplation , la tête appuyée sur sa main. Le fond du paysage offre des monuments d'une riche architecture comme dans les œuvres de ce maître. Sur le devant, à terre, on lit sur l'épaisseur d'une pierre plate qui est placée en angle sur une autre pierre, comme dans ses autres compositions, les mots : I -f- C -h INVENTOR, et au-dessous, en date, 1544.

Quoique ce soit la même hardiesse et simplicité de dessin et la même sûreté de la pointe, la taille est cependant un peu plus large que dans les autres estampes , ce qui s'explique par la plus grande dimension de la planche. Espérons que cette heureuse découverte d'une œuvre aussi importante de Jean Cousin ne sera pas la dernière. Elle a été décrite par Mariette. Hauteur, d'un trait carré à l'autre, 265 c, largeur, 210 c 4° La Conversion de saint Paul. M. G. Duplessis a décrit cette grande composition dont la largeur est de 0,430 et la hauteur de 0,290, d'après les deux états différents que possède M. de Baudicour et qui ne se trouvent que chez lui. Quoiqu'on n'y voie pas le nom de Jean Cousin, on croit qu'elle a été

gravée par lui-même; M. G. Duplessis dit qu'elle pourrait bien être son coup d'essai en ce genre. Elle diffère complètement, et par la composition et par la dimension, de la gravure représentant le même sujet, la Conversion de saint Paul, où est inscrit le nom de Jean Cousin, mais qui est gravée par Etienne Delaune.

5° Bacchus et la Vendange. Dans cette pièce en rond de 12 centimètres de hauteur, Bacchus est représenté assis sur un tonneau sur lequel on lit I. S. 1582. 11 est couronné de pampres, et tient dans chaque main une grappe de raisin. Le fond du paysage, où l'on voit un autre jeune enfant foulant des raisins, offre toute l'ornementation architecturale si caractéristique dans les œuvres de Jean Cousin ; le Bacchus représenté nu avec une guirlande de pampres de vigne en ceinture est d'un beau dessin et presque entièrement au trait. Cette eau-forte, comme toutes celles de Jean Cousin, est exécutée largement, et si l'on y remarque un peu plus de lourdeur que dans les autres, on peut l'attribuera l'effet de l'âge. Cousin aurait eu alors près de 82 ans; c'est cette même date que porte le dernier portrait de sa famille qu'il ait peint.

Le caractère du dessin et l'ornementation indiquent suffisamment la main de Jean Cousin, et les lettres I. S. doivent signifier Johannes Senonensis. On trouve ailleurs la marque de

Cousin ainsi indiquée : I. C. S. IN. h 1-4- C +• — I.

COVSIN. — CVSINVS INV. — G-S. IOHANNES CVSINVS SENON. J'ai acquis cette petite pièce dans un lot de gravures d'Etienne Delaune , parmi lesquelles un beau médaillon portant la date 1561 et représentant Médée, qui me paraît dessiné par J. Cousin.

6° Un Homme tenant une tablette. Cette eau-forte fort rare se trouve à la Bibliothèque impériale et chez M. de Baudicour. Elle ne porte pas de signature, mais son style et sa gravure suffisent pour l'attribuera Jean Cousin. M. G. Duplessis l'a décrite. Hauteur : 0,210; largeur: 0,116.

« Les gravures à l'eau-forte, traitées en croquis, dit M. G. Duplessis , n'ont pas la perfection que peuvent offrir des œuvres exécutées à loisir et mûries lentement; mais elles donnent la mesure réelle du talent de ce maître, qui possédait à un degré fort élevé la science de la l'orme, le sentiment de l'élégance et de la beauté (1). »

Dans le carton des maîtres anonymes de l'École de Fontainebleau, qui est au Cabinet des estampes, deux gravures me paraissent être incontestablement de Jean Cousin : Tune représente un grand mascaron où l'on voit une fontaine avec la date de 1545; en tête sont les lettres I C, au bas est le monogramme NP, qui doit être la marque du graveur. Les figures en raccourci sont dans le goût des titres du Traité de perspective de Jean Cousin et du livre des Proportions humaines. L'autre gravure, sans aucune indication ni marque, représente un homme sur un cheval hennissant. On y voit la pyramide avec encadrements et feuillages en pendentif, qui sont les types caractéristiques de Jean Cousin dans ses compositions, et au bas cette marque I9V, qui serait une nouvelle manière d'indiquer (I) Ioannes (ÇV) GVSINVS en employant une forme archaïque.

DESSINS DE JEAN COUSIN GRAVÉS SUR CUIVRE PAR ÉTIENNE DELAUNE ET LÉONARD GAULTIER.

On en connaît trois, dont deux signés de Etienne Delaune^ et l'autre de Léonard Gaultier. La Conversion de saint Paul et le Moïse montrant le serpent d'airain^ sont gravés parDelaune, la Fortje de Vulcain par Léonard Gaultier. Peut-être découvrira-t-on d'autres compositions exécutées d'après les dessins de Jean Cousin, soit en taille-douce, soit en émail.

i° Conversion de saint PauL Parmi les différences qu'offre

i Voyez son Histoire, de la Gravure en France, j>. G».

cette gravure faite par Delaune avec celle du même sujet dont nous avons parlé (voy. p. 109), la plus reconnaissable est que le Christ porté sur les nuages par les anges figure au milieu de la planche, tandis que dans l'autre composition il est à gauche. Sur celle-ci , le nom de Jean Cousin est ainsi écrit sur la pierre à gauche : C-S IN. {invertit). Dans l'une et dans l'autre, de même que dans les autres planches de Jean Cousin, les détails de l'architecture et le feuille des arbres font aisément reconnaître leur commune origine. M. G. Duplessis les a décrites dans ses notices consacrées à Etienne Delaune, p. 34, et à Jean Cousin, p. 14.

On connaissait deux états de cette planche, l'un avec les lettres G-SIN., l'autre, premier état, sans ces lettres. Cet exemplaire, peut-être unique, est chez M. de Baudicour. Mon exemplaire ne porte pas les mots : Cum privilegio régis, indiqués par M. G. Duplessis et qui se trouvent sur les deux états chez M. de Baudicour. Il y a donc trois états; le mien serait le second.

Largeur: 0,305; hauteur: 0,236.

Dans la Bible dite de Jean Leclerc on en voit une imitation presque servile, p. 267, édit. de 1614.

2° Moïse montrant au peuple le serpent d'airain. M. G. Duplessis a décrit cette belle et grande composition de Jean Cousin dont le nom se lit sur une pierre à droite : CVSINVS INVEN. ; à gauche le nom d'Étienne Delaune est inscrit : STEPHANVS F. CVM PRI. 0,343 de large sur 0,326 de haut.

M. le marquis de Yalori en possède un très-beau dessin au bistre et avec hachures, absolument de mêmes dimensions.

On connaît deux états de cette gravure qui se trouvent chez M. de Baudicour. Le premier n'a pas les éraillures; c'est celui-là que je possède. Le paysage et les détails architecturaux des fonds sont conformes à mes observations p. 15.

3° La forge de Vulcain, ses cyclopes forgeant la foudre. Des forgerons nus au nombre de huit, au milieu desquels on

reconnaît Vulcain dont la tête est couverte, sont dessinés fièrement. L'un d'eux tient dans sa tenaille un fer enflammé que d'autres frappent sur l'enclume.

Cette belle composition , véritable chef-d'œuvre de l'école française, est très-bien gravée par Léonard Gaultier. On y lit : JOHANNES CVSINVS SENON. INV. Sur le devant est un Amour appuyé sur un vase et sur une pierre où on lit : Leonar. Galter. fecit, 1581 (1).

4° Les douze Mois de Vannée. Ces belles compositions gravées en taille-douce par Delaune (nos 226-236 , Rob. Dumesnil) sont des copies réduites d'après des gravures sur bois d'un plus grand style, et que je crois de Jean Cousin.

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