‹ Étude sur Jean CousinChapitre 33 sur 72 · LIVRE DE LA PERSPECTIVE · texte numérisé non relu

LIVRE DE LA PERSPECTIVE

Savant en mathématiques et plus particulièrement en géométrie, Jean Cousin, à l'exemple d'Albert Durer, a composé un traité de perspective grand in-folio dont voici le titre : «Livre de Perspective, de Iehan Cousin , Senonois, maistre painctre à Paris. Paris, de l'imprimerie de Iehan le Royer, imprimeur du roy es mathématiques , » 1560, in-fol., fig. en bois. Il n'y eut qu'une seule édition de cet ouvrage, devenu fort rare.

Il est dit dans la préface que le livre est accompagné de gravures pourtraites de la main de l'auteur (Jean Cousin) sur planches de bois, et gravées par l'éditeur, imprimeur de ce livre, et par Aubin, directeur de la Monnaie et beau-frère de l'imprimeur.

Voici ce qu'on lit dans la Description de Paris, de Piganiol

(1) M. de Baudicour possède le premier élat, reconnaissable à un accident sur la hanche d'un des forgerons; au second état cette tache a disparu.

de la Force, an sujet de cet Aubin Olivier (t. II, p. 84, édit. de 1742) :

« Toutes nos espèces ont été fabriquées au marteau jusqu'au règne du roi Henri II, que les inconvénients de ce monoyage firent penser à lui en substituer un meilleur. Un menuisier, nommé Aubin Olivier, né à Saint-Genest, en Auvergne, inventa pour lors l'art de monoyer au moulin, et ce fut Guillaume de Marillac, général des monoyes, qui le produisit à la cour, où tout le monde admira la beauté des essais qu'il fit. Le roi lui permit l'établissement de ce monoyage par ses lettres patentes du 3 de mars 1553, lesquelles portent : Nous avons pourvu ledit Aubin Olivier de l'office de maître et conducteur des engins de la monoye au moulin, etc. Aubin Olivier s'associa Jean Rondelle et Etienne Delaulne, graveurs excellents qui firent les poinçons et les carrés. »

Ce n'était pas un menuisier, comme l'appelle Piganiol de la Force, mais un ingénieur ou faiseur d'engins, et, en même temps, un graveur sur bois et sur métaux (voir plus haut, p. 5). Son portrait, ainsi que nous l'avons indiqué plus haut, p. Si a été gravé par Léonard Gaultier vers 1585. Aubin Olivier avait sans doute ses ateliers dans les bâtiments de son moulin de la monnoye, lequel était dans l'île du Palais, à l'endroit où fut construite la place Dauphine.

La Croix du Maine, dans Bibliothèque françoise, n'a pas oublié de citer Aubin Olivier :

« Cet homme, dit-il, mérite d'être mis au rang des hommes excellens par l'industrie. »

Dans le magnifique frontispice de son Livre de perspective, tous les attributs de la géométrie sont entremêlés à des personnages nus, représentés dans des positions qui permettaient à Jean Cousin de déployer toute sa science des raccourcis , science si difficile dans laquelle il excellait. On lit au milieu ces mots :

(( reste présente ligure nous sont demonslrez les cinq corps réguliers de Géométrie (lesquels sont déduits et déclarez de poinct

en poinct en la fin de ce présent Hure), ensemble certains personnages raccourciz selon cest Art, lesquels Dieu aydant, espère au second liure, vous les déduire plus amplement. »

Et dans la préface, au verso, on lit :

« En ce livre est contenu la source et origine de l'art et la pratique de perspective lequel consiste en trois espèces : c'est à sçavoir en plattes formes geometrialles, en superficies perspectives, extraictes et tirées des geometrinlles. Puis en corps solides prenant leurs origines des superficies perspectives , avec la pratique de certains poincts accidentaux, engendrez de la nature des œuvres que voulez feindre et aussi en règles generalles de n'errer au-dit art et n'y faire faute. »

Au sujet du grand frontispice de ce bel ouvrage, voici ce que dit Mariette :

« Jean Cousin était savant dans la science des raccourcis, il en avait fait une étude particulière; cela parait par la planche gravée en bois qui sert de frontispice à son traité de perspective. On y voit des figures d'hommes vues en raccourci en diverses postures; le dessin en est correct, mais il y a de la sécheresse, et le goût n'en est pas exquis. On y peut prendre une idée fort juste de la manière de dessiner du peintre, qui, vivant avec le Primatice, aurait dû, ce semble, sacrifier comme lui aux Grâces et mettre plus de souplesse dans ses figures (1). »

Cette observation, appliquée surtout à cette grande composition, est parfaitement juste. Mais n'est-ce pas aussi un mérite dont on doit savoir gré à Jean Cousin de n'avoir pas sacrifié aux Grâces à une époque où cela était'devenu banal, et d'avoir conservé une originalité gauloise un peu rude, mais qui n'a rien de déplaisant, ainsi qu'on en peut juger dans ses compositions, telles que celles d'Esther et Assuérus et tant d'autres auxquelles il a consacré son talent?

Ce Livre de perspective devait être suivi d'une seconde par-

(i) Mariette, Abecedario, tome II, p. 21.

tie, en laquelle auraient été représentées les figures de tous corps, même personnages, arbres, paysages, etc. Elle n'a jamais paru (1).

Dans son Avertissement au lecteur, Cousin dit :

« Je l'eusse volontiers desdié et adressé au roy ou à quelque prince et grands seigneurs, selon que coustumièrement il se faict, si j'eusse senti de l'éloquence et sçauoir assez en moy pour m'y oser adresser. »

Cela seul suffit pour montrer combien Jean Cousin était peu courtisan, surtout à une époque où agir ainsi était un acte d'indépendance bien rare :

«Il lui a suffi, dit-il, de servir aux rudes et ignorans qui voudront en connoître quelque chose et satisfaire aux instances de ses amis. En quoy , ajoute-t-il, véritablement j'ay esté d'autant plus hardy qu'il me sembloit bien que l'expérience que j'en ay faicte par longtemps me devoit auoir laissé quelque jugement et cognoissance pour en pouvoir parler à l'instruction et auancement des nouveaux et non expérimentez en l'art et au consentement des amys qui m'en ont si instamment requis. »

Au sujet de ce bel ouvrage, on lit dans l'Histoire manuscrite de la ville de Sens , par Jacques Taveau, que

« Jean Cousin ne se contenta pas de faire paroistre ses ouurages par la peinture et la sculpture, mais encore il voulut communiquer à la postérité ce qu'il y avoit d'excellence en son art et a laissé par escript un Hure : De la perspective, . . . qui est comme un directoire aux peintres pour pouuoir représenter es tableaux avec la géométrie toutes figures de palais, maisons, bastiments et choses qui se peuvent voir sur terre, soit hauttes, soit basses, par raccourcissement selon l'esloignement de la veue ou distance, auquel Hure il a mis les figures nécessaires pour l'intelligence qu'il auoit luy-même pourtraictes de sa main sur planches de bois. » '

(1) Mariette, Abecedario, t. II, p. 21.

D'après ce qu'on lit dans La Croix du Maine, il paraît que Cousin avait composé un ouvrage sur l'art delà peinture.

u Jean Cousin, peintre excellent. Il a écrit un livre Sur l'art de la peinture. Loys Le Roy (dit Regius) en fait mention dans son livre De la vicissitude des choses (1). »

M. Renouvier, après avoir fait l'éloge de l'exécution, du dessin et de la gravure de ce livre, où tout est pourtraicté par Jean Cousin , comme il l'a déclaré lui-même , nous donne ce renseignement sur sa valeur scientifique (p. 163) :

« Je ne sais point quelle valeur didactique peut conserver le traité de Perspective de Jean Cousin; un perspectiviste classique trouvait qu'il n'avait aucune idée de la pratique simple des écoles d'Italie, dont les lignes d'opération s'aperçoivent encore sur les dessins de Léonard de Vinci, de Fra Rartolomeo, mais qu'il arrivait par un système tout particulier, hérissé de difficultés, à une justesse remarquable de composition. Ne reconnaît-on pas ici, comme dans Durer, l'artiste de la Renaissance faisant encore des dogmes de toutes les traditions du moyen âge? »

«Cette méthode, dit ailleurs M. Renouvier, bien que postérieure à celle de Durer, est encore toute basée sur des opérations toutes géométriques, et l'étude de la nature n'y paraît que d'une manière subreptice. »

C'est aussi l'opinion de M. Adhémar : « Malheureusement, dit-il, cet ouvrage excellent est inconnu et incompris de la plupart des peintres modernes. >;

L'idée lui en fut probablement suggérée par l'ouvrage semblable d'Albert Durer, traduit en français parLoysMeigret(2)

(1) De la vicissitude ou variété des choses en l'univers et concurrence des armes et des lettres par les premières et plus illustres nations du monde, par Loys Le Roy, dict Regius. Paris, P. l'Huilier, 1675, in-fôl., folio 99.

Il est vraiment surprenant que cet ouvrage, qui a toujours eu tant de réputation, ne se trouve que dans un très-petit nombre de bibliothèques; nous l'avons cherché inutilement dans les catalogues les plus riches et les plus abondants.

(2) Les quatre Livres d'Albert Durer, peindre et geometrien très-excellent : De la Proportion des parties et pourtraicts des corps humains, în-8.

en 1557, et qui parut chez Charles Periei*, à l'enseigne du Bellérophon (1).

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