GRAVURE SUR BOIS
A l'époque où vécut Jean Cousin la gravure sur cuivre en aille -douce n'avait encore que faiblement empiété sur le domaine de la gravure sur bois , dont le procédé agréait aux artistes, puisqu'il leur suffisait de dessiner sur des planches de bois leurs compositions, qu'ils livraient à des mains plus ou moins habiles pour les mettre en relief en suivant exactement les contours tracés par le maître, quand il ne les taillait pas luimême sur le bois. L'exécution plus prompte que parla gravure sur cuivre, et l'impression plus rapide et moins coûteuse, multipliaient facilement ce genre d'ouvrage. Ce fut donc à l'exemple donné longtemps avant nous en Allemagne par tant d'artistes célèbres, que Jean Cousin consacra son talent à l'ornementation des livres et à un grand nombre de gravures isolées ou formant des séries. Malheureusement, aucune ne portant son nom, on n'a d'autre marque pour les reconnaître que le style, d'autre présomption qu'une similitude avec ce qu'on sait être de Jean Cousin , d'autre indice enfin , pour servir de guide, que les rapports qu'il eut avec les imprimeurs de Paris qui recoururent à son talent; le tout corroboré parles traditions conservées dans la famille Papillon , et consignées par un de leurs descendants dans son Traité historique et pratique de la gravure sur bois (2 vol. in-8°, 1766).
Fournier, célèbre graveur et fondeur en caractères, et même graveur de vignettes, disait en 1758, huit ans avant la publication de l'ouvrage de Papillon (Dissertations sur l'origine et le progrès de l' art de graver en bois ; Paris, Barbou, 1758) :
a Quoique les tailleurs d'histoires ou dominotiers fussent en eorps, il y avait cependant quelques graveurs distingués par leurs talents qui se mettaient au-dessus de la maîtrise et qui jouissaient néanmoins de leurs droits, entre autres Jean Cousin, peintre géomètre et graveur en bois , qui a fait beaucoup d'excellents ouvrages. Bernard Salomon, peintre et graveur en bois, connu sous le nom du Petit Bernard, fut un de ses élèves (1). »
Dans ces derniers temps, conformément à l'opinion de Papillon et de Fournier, MM. Renouvier et Georges Duplessis et d'autres ont reconnu en Jean Cousin un graveur ou dessinateur sur bois, et successivement lui ont attribué des œuvres qu'on ne soupçonnait pas être de lui. Cette vérité, que j'avais signalée dans mon Essai su?' l'histoire de la gravure sur bois (Paris, 1863), se confirmera de plus en plus.
Papillon, dans son Traité de la gravure sur bois, où il énumère la plupart des œuvres de Jean Cousin, dit formellement, 1. 1, p. 204 : a Presque toutes les estampes des litres imprimés « à Paris sous les règnes de Charles IX et de Henri III sont de uses dessins (de Jean Cousin) ou de sa gravure sur rois. »
Et ailleurs, p. 203 : « Cousin a dessiné et, à ce que l'on dit, « gravé en bois un grand nombre de sujets de la Bible de deux « grandeurs différentes. »
« J'ai vu, dit-il encore, p. 523, de belles figures de Jean « Cousin, excellemment gravées en bois, et sans doute de sa ce main, dans un livre in-4 , où il y a nombre de planches de « toute la grandeur des pages , pour la description de la ma- « gnifique entrée de Henri II et de Catherine de Médicis à « Rouen ; ce sont, pour la plupart, des groupes de figures mar- « chant quatre à quatre de front, et de la hauteur du doigt. »
(1) C'est ce que dit aussi Papillon , t. I , p4 206, et cette opinion est partagée par M. Renouvier. Je remarque, en effet, que le premier ouvrage avec date ou l'on voie les gravures de Cousin , les Harmonix Evarujelicœ, Paris, Denys Janot, est de 1544 , et les premières impressions où figurent les gravures de Salomon Bernard, à Lyon, sont de 1547. Rien ne s'oppose donc à ce que Salomon Bernard ait été son élève, et soit venu alors se fixer à Lyon.
Or, à l'époque où écrivait Papillon , ces traditions d'une famille vouée de père en fils à la gravure sur bois n'avaient pu encore s'effacer; elles s'étaient aussi conservées dans la famille des Fournier , graveurs et fondeurs en caractères de père en fils : elles sont donc l'expression de la vérité. Et maintenant que j'ai pu retrouver la presque totalité des ouvrages signalés par Papillon, la similitude de leur style avec ce qui est incontestablement de Jean Cousin aide à reconnaître ce qui appartient à l'artiste sénonais parmi les gravures isolées ou parmi d'autres ouvrages imprimés de J 544 à 1589, c'est-àdire depuis environ l'avènement de Henri II jusqu'à la mort de Henri III. Le nombre en est d'autant plus considérable que, d'après Papillon (p. 204), indépendamment de ce qu'il a cité dans le cours de son Traité de la gravure sur bois , « Jean « Cousin fournissait des dessins à plusieurs graveurs sur bois « dont les noms sont inconnus. »
Je suis donc heureux d'avoir pu constater la réalité de ce qui semblait douteux, en restituant à Jean Cousin des œuvres trop longtemps méconnues. M. Georges Duplessis, tout en se tenant encore sur la réserve, est cependant entré franchement dans cette voie.
C'est donc à Jean Cousin que la gravure sur bois doit en France son plus grandéclat, aussibien à Paris qu'à Lyon, puisque le Petit Bernard, son élève, y devint son émule; avec Jean Cousin elle devint un véritable art, et c'est avec lui qu'il finit. Si l'on examine ce qui se faisait en France avant l'apparition des gravures de Jean Cousin chez Denys Janot vers 1540, et jusque vers l'époque de la mort de Jacques Kerveren 1590, on verra que, excepté quelques gravures de Geofroy Tory et de Woeiriot, presque rien ne saurait lui être comparé. Le nom même des graveurs, ses contemporains, bien que nombreux, a mérité par leur infériorité de rester inconnu, et la famille des Papillon, qui leur succéda, n'eut d'artiste que son enthousiasme pour-une profession déchue, qu'elle discrédita par
sa propre inhabileté. La gravure sur bois , mal secondée par l'imprimerie, qui en méconnut les avantages, tomba dans l'oubli , et c'est seulement de nos jours que le perfectionnement de la typographie et des arts qui s'y rattachent lui ont permis de reprendre faveur sous de nouveaux auspices.
Personne n'a plus vivement déploré que Mariette le discrédit dans lequel était tombée, de son temps, la gravure sur bois; personne aussi n'a fait plus de cas et n'a montré plus d'estime pour cet art que ce célèbre amateur d'estampes. Voici comment il s'exprime à ce sujet :
« On en est venu à ce point d'indifférence que les graveurs en bois, manquant au travail, ont embrassé d'autres professions et n'ont point fait d'élèves qui puissent les remplacer. A peine s'en trouve-t-il aujourd'hui, et ceux qui taillent le bois, comment s'en acquittent-ils? Il est déplorable qu'on ait ainsi laissé échapper une branche de la gravure qui, si elle n'était pas faite pour rendre les effets de clair-obscur, ni pour flatter la vue, avait d'un autre côté le mérite de pouvoir conserver avec plus de précision le vrai caractère du maître et tenir lieu de ses dessins (1). »
Ailleurs, Mariette signale tous les mérites de ce genre de gravure, et c'est au sujet de l'œuvre sur bois d'Albert Durer, qu'il s'exprime ainsi :
« Albert Durer sut profiter d'un moyen facile et prompt, qui, en multipliant les dessins, lui faisait une réputation qui se répandait de toutes parts et lui acquérait une gloire immortelle. Il pouvait dessiner à la plume, sur le bois, ses pensées, et il était sûr que le graveur ne laisserait pas passer un seul trait, qu'il les rendrait de leur épaisseur, et qu'ainsi rien ne serait perdu de son travail, et que chaque estampe qui donnerait l'impression de la gravure serait une copie fidèle de ce qu'il aurait dessiné, avantage qui ne se rencontre point dans les autres genres de gravure où celui qui" fait agir son burin et sa pointe ne peut jamais suivre si exactement
(1) Abecedarto, t. 1, p. 154-155. Ces regrets et cet élonnement pour la décadence et l'oubli où était tombé l'art de la gravure sur bois, n'ont pas été moins vivement ressentis et décrits par le Vieil pour l'art de la verrerie. Voy. ci-dessus.
les contours du dessin qu'il imite , qu'il ne s'en écarte et qu'il ne le réduise même presque toujours dans une manière qu'il aura contractée et qui lui sera devenue familière.
« Ces considérations, ajoute Mariette, m'ont fait souvent faire un retour sur moi-même et m'ont jeté dans l'étonnement, quand je me suis représenté l'espèce de discrédit où il me semblait voir tomber tout ce qui a été autrefois gravé sur bois. »
Pais il insiste sur l'importance de pouvoir rencontrer des épreuves bien conditionnées et de bonne impression :
« Car autant elles sont déplaisantes lorsqu'elles sont mal imprimées ou que la gravure en a été faite par un mauvais ouvrier, autant sont-elles rares et estimables quand on les a des premières éditions; celles-ci sont reconnaissables en ce que les traits en sont lins, déliés, et que la netteté des traits fait paraître l'estampe douce à l'œil. Mais la planche de bois ne peut pas toujours demeurer dans ce premier état de fraîcheur; par l'effort de la presse, les vives arêtes s'émoussent, les traits deviennent plus gros, des parties de bois s'écornent, surtout dans les endroits qui manquent de supports et qui sont trop isolés. Les vers s'en mêlent quelquefois, et la planche de bois ne fournit plus à l'impression qu'un travail rude et grossier, au lieu de cette légèreté qu'elle avait donnée lorsqu'elle avait passé pour la première fois sous la presse. »
« On voit, ajoute-t-il, combien ces sortes d'estampes demandent qu'on y apporte de choix. Mais si jamais elles reprenaient faveur, à peine s'en trouverait-il pour satisfaire à l'empressement des curieux, tant la disette en serait grande. Il m'est passé bien des estampes par les mains, et j'en ai beaucoup vu de celles d'Albert Durer, gravées en bois; mais c'était un pur hasard si elles se trouvaient de bonne qualité. Il en est arrivé de même à mon père, qui en a manié encore plus que moi, et jamais je ne le vis plus content que lorsqu'il eut fait l'acquisition d'un beau recueil de ces estampes, qui fait aujourd'hui le fonds de celui que je possède et que je mets au rang de ce que j'ai de plus rare. Toutes les fois que je le parcours, je me sens pénétré d'un plaisir nouveau. Ce recueil est devenu d'un prix inestimable, etc. (1). »
(1) C'est avec beaucoup de peines et de soins que je suis parvenu à réunir en belles épreuves une collection complète de l'œuvre d'Albert Durer, l'une gravée sur bois, l'autre gravée sur cuivre en taille-douce ou à l'eau-forte.
Ce que dit si bien Mariette pour Albert Durer peut également s'appliquer à Jean Cousin, dont les gravures, par cela même qu'elles étaient populaires, disparurent promptement et, déjà très-rares du temps de Papillon, sont maintenant on pourrait dire introuvables.
Je témoignais à M. Georges Duplessis mon étonnement du silence presque complet de Mariette sur les œuvres de Jean Cousin ; mais ce silence s'explique par les lacunes que l'on a constatées dans les manuscrits qu'on a recueillis , où l'on en remarque d'autres non moins importantes ; ainsi, par exemple, il n'est rien dit par Mariette sur Nicolas Poussin, dont il était si grand admirateur.
Quoiqu'on ait renoncé maintenant au système erroné qui réunissait jadis en une seule personne le dessinateur et le graveur, et attribuait à Albert Durer les nombreuses planches signées de son monogramme, on s'accorde cependant à reconnaître qu'il en est auxquelles il n'a pas dédaigné de mettre la main; il peut donc en être de même pour Jean Cousin, et cela conformément à l'opinion émise par Fournier, par Papillon et aux habitudes de cette époque, où les artistes savaient tout faire. Celui qui maniait le ciseau de sculpteur aussi bien que le burin du graveur en taille-douce, savait aussi bien manier le canif du graveur en bois.
Ce serait surtout les premières en date, celles des Harmonise evangelicx (Denys Janot, 1544), qu'on peut supposer taillées de sa main , ce que confirmerait la désignation d'iMAgier (1), qui lui est donnée dans des actes officiels, profession où Fournier place Jean Cousin en première ligne et dont la signification est principalement celle de graveur sur bois pour images et particulièrement du genre consacré aux livres ou estampes d'image?^.
Dans mon Essai sur la gravure en bois publié en 1863 et
(I) Labonlc, Renaissance des arts à la cour de France, t. I, p. 423.
dans le Catalogue des livres de ma bibliothèque, j'avais indiqué un grand nombre d'ouvrages que j'attribuais à Jean Cousin. Mes études postérieures et la connaissance plus complète que j'ai acquise par les documents que j'ai pu recueillir et confronter m'ont confirmé dans cette opinion et quelquefois l'ont rectifiée. J'ai eu le plaisir de la voir généralement adoptée, ou du moins, non réfutée.
Quel était l'état de la gravure sur bois en France à l'époque où Jean Cousin lui consacrait son talent ?
Malgré les progrès que l'on remarque dans les livres d'Heures de Geofroi Tory et l'apparition dès 1538 des deux chefsd'œuvre de la gravure sur bois, les Simidachres de la mort et les Figures de la Bible de Holbein, l'ornementation des livres d'Heures conservait encore les traditions archaïques; on peut même dire qu'elles avaient dégénéré par l'envahissement de l'imagerie aussi bien dans les livres d'Heures que dans les romans de chevalerie. Même dans les livres de Vérard, malgré la naïveté et quelque grandeur du style des gravures sur bois qui décorent ses impressions , elles se bornent à desimpies contours , afin de pouvoir, en se conformant aux anciennes traditions xylographiques, favoriser le coloriage auquel elles étaient principalement destinées et remplacer les miniatures des manuscrits. Ces coloriages, confiés à d'habiles artistes, rivalisent quelquefois avec les plus belles miniatures.
C'est alors que Denis Janot, Ét. Groulleau, Jérôme de Marnef, Jacques Kerver et autres imprimeurs de Paris recoururent à l'homme qui savait tout faire, pour qu'il voulût bien illustrer leurs publications de compositions confiées à des artistes qui en exécutaient la gravure. On reconnaît même le dessin de Jean Cousin dans un grand nombre de fleurons servant plus particulièrement de marques aux imprimeurs, qui en ornaient le titre de leurs livres pour les mieux recommander au public. Par la reproduction que je donnerai de plusieurs de ces mar-
ques on verra que le talent de Jean Cousin s'y laisse voir comme dans ses autres compositions que j'ai fait graver sur bois.
Mais , malgré le talent des artistes qui se sont appliqués à copier exactement les modèles, j'ai reconnu que le report immédiat des originaux par les procédés de l'héliographie ou ceux de M. Pilinski 5 bien qu'inférieur à certains égards aux gravures originales, est préférable, par sa parfaite exactitude , à des copies faites sur bois. Le graveur, en effet, quelque habile qu'il soit, ne peut, en faisant une copie, rendre identiquement l'original ; son travail sera peut-être plus séduisant, mais toujours un peu aux dépens de la vérité : ce n'est plus l'œuvre du maître.
Si l'on avait les bois gravés primitifs, ou une épreuve qui en reproduisît identiquement l'image , un habile artiste pourrait atteindre, au moyen d'un calque fidèle, à une exacte reproduction ; mais il ne nous est parvenu de ce dessin primitif qu'une image altérée déjà par le canif plus ou moins exact du graveur , sur des planches en bois de poirier en long , dont les filaments et les duretés, en contrariant le canif, faisaient éclater les tailles. L'imperfection des presses à imprimer et l'interposition dans le tympan d'un feutre épais alourdissaient l'impression des contours et reproduisaient inégalement les parties de la gravure plus ou moins encrées , plus ou moins soutenues.
Le graveur, pour reproduire le dessin d'après une impression imparfaite , est obligé d'interpréter ce qui dans un endroit est mal venu ou trop chargé d'encre inégalement , et dans un autre est alourdi par un trop grand foulage; en sorte que de cette interprétation , quelque intelligente qu'elle soit , résulte une dissemblance avec l'original. C'est seulement au commencement de ce siècle qu'on a remédié à ces inconvénients par la perfection mécanique des presses et celle du papier, par l'égalité du tirage, et en plaçant avec intelligence des hausses et des découpages pour augmenter ou diminuer la pression là où il est nécessaire afin d'obtenir des effets de
couleur plus ou moins intenses, et dans les parties claires plus de légèreté.
Au moyen de l'héliogravure et du procédé de M. Pilinski, le doute n'est plus possible. C'est l'objet lui-même qui se reproduit avec ses qualités et ses défauts; or cette certitude, surtout pour les artistes, est bien préférable à une représentation plus ou moins interprétée ou plus ou moins enjolivée. C'est donc à ces procédés que j'ai préféré recourir.
Dans l'examen des ouvrages où se reconnaît le talent de Jean Cousin comme dessinateur et tailleur d'images, il faut, pour discerner ce qui est de lui , procéder du connu à l'inconnu, et ne s'avancer qu'en prenant pour guide les objets que l'analogie relie les uns aux autres.
On doit donc placer au premier rang son Livre de perspective , grand in-folio, dont il déclare avoir fait les dessins sur planches de bois qui furent gravés par le directeur de la Monnaie , Aubin Olivier , et par l'imprimeur du roi pour les mathématiques, Jean de Royer, beau-frère d'Aubin Olivier. Dans cet ouvrage et dans les reproductions que j'en donne, tout juge attentif trouvera le moyen de se guider pour reconnaître ailleurs ce qui est de Jean Cousin. La grande planche qu'on voit à la fin de l'ouvrage nous offre, en effet, des spécimens caractéristiques pour l'architecture, pour les personnages et pour le paysage, où le feuille des arbres est très-reconnaissable. Ces mêmes particularités se retrouvent dans le vitrail de Saint- Eutrope et ailleurs; ce qui permet, en s'appuyant de ces exemples, d'affirmer que les dessins de YHolomètre (1) sont aussi de Jean Cousin, ce qui est maintenant généralement re-
(1) Vsaige et description de F Holomètre, pour sçavoir mesvrer toutes choses qui sont soubs Vestandue de Vœil : tant en longueur et largeur qu'en hauteur et profondité. Invanté par Abel Foullon, Vallet de chambre du Roy, de par le commandement et priviieged»i Roy. A Paris, 1555, pet. in-4.
connu. Là, comme dans toutes les compositions de ce maître, on remarquera la richesse des fonds où il se plaît à multiplier les obélisques de forme pyramidale ayant un caractère particulier, des arceaux brisés ou inachevés, des édifices affectant une forme courbe, détails qui se reproduisent presque partout, identiques. Quant aux personnages, la science du dessin rappelle les connaissances anatomiques qu'il a portées à un si haut degré dans son livre des Proportions du corps humain et sur le titre même de son Livre de perspective; enfin jusqu'au profil des têtes de femmes et à leur coiffure, aux draperies et au costume des hommes, les points de reconnaissance sont évidents à qui veut étudier attentivement les œuvres de Jean Cousin (1).
Parmi le grand nombre d'ouvrages incontestablement de lui, je citerai : V Éloge et le Tombeau de Henri 11, en latin, en français et en italien , par Pierre Pascal. Ce petit in-folio, chefd'œuvre d'impression de Vascosan en 1560, nous offre, dans la belle planche du monument funèbre de Henri IT , un exemple du talent du grand artiste , auteur du célèbre monument de l'amiral Chabot. En tête est le portrait en taille-douce de Henri II gravé par Étienne Delaune, qui, comme on l'a dit précédemment, a reproduit aussi en taille-douce plusieurs dessins de Jean Cousin. Les mêmes fleurons et lettres ornées portent les initiales des souverains de France : H (Henri II), K (Catherine), C (Charles IX), F (François II), et ces mêmes ornements et fleurons se retrouvent dans l'Entrée de Charles IX à Bayonne en \ 566, qui est ornée aussi de dessins de Jean Cousin (2).
Je n'hésite pas à citer encore comme un des principaux chefs-d'œuvre de Jean Cousin X Entrée de Henri H à Paris (1549) (3). Partout on y reconnaît son grand style, et à ce
(1) Voyez ce qui a été dit à ce sujet, p. 111.
(2) Recueil des choses notables qui ont esté faites à Bayonne, à l'entrée du roy très-chrestien Charles IX. Paris, impr. de Vascosan, 1560, in-4.
(3) C'est l'ordre qui a esté tenu à la nouvelle et joyeuse entrée que
Henri II a faicte en sa bonne ville et cité de Paris, le 16 juin 1549. A Paris, chez Jacques Roffet, dict le Faulcheur.
sujet il me suffira de reproduire l'opinion de M. Renouvier, si bon juge en ces matières (4) :
a C'est le chef-d'œuvre de la gravure sur bois française, et je ne vois pas à qui mieux l'attribuer qu'au maître sénonais. S'il ne travailla pas pour la cour , il put bien être employé aux ouvrages de la ville; ceux qui furent exécutés pour célébrer le couronnement de la reine Catherine de Médicis sont d'une composition et d'un style qui n'appartiennent qu'à lui. V Hercule gaulois, fait à la ressemblance du feu roi François Ier, tenant enchaînés à sa bouche les quatre ordres de l'État ; la Fontaine, surmontée des statues de la Seine, de la Marne et du bon Événement; l'arc triomphal portant un Typhis dont la figure approchait bien fort de celle du roi triomphateur ; enfin la figure de Lutetia nova Pandora, « vestue en nymphe, les cheveux épars sur les épaules et tressés à l'entour de la tête, agenouillée sur un genoil d'une merveilleusement bonne grâce, » et toutes les autres représentations que l'artiste avait peintes dans les rues du cortège et qu'il dessina pour la relation, sont dans la manière délicate de l'Ecole française. Le dessin en est pur, plein de gentillesse, et la gravure si habilement ménagée qu'on ne peut la croire d'une autre main; il semble qu'un ciseleur seul a pu, en aussi peu de tailles, formuler ces têtes piquantes, modeler ces corps élégants, friper ces draperies; et le ciseleur, qui donc serait-il, sinon l'auieur du mausolée de l'amiral Chabot, l'artiste français qui résuma le mieux deux côtés de l'art : la minutie et la force, le resserrement et la grandeur, le gothique et la renaissance?»
A l'appui de cette opinion si bien motivée, j'ai signalé p. 46 le singulier rapprochement qu'offre l'inscription de la gravure représentant Lutetia nova Pandora avec celle du tableau de Jean Cousin YEva nova Pandora.
Les charmantes compositions qui ornent le Livre des coutumes de Sens, sa patrie, imprimé en format grand in-8°, par L. Richeboys, à Sens, en 1551, attestent que Jean Cousin, en concourant à l'exécution de ce beau livre , a voulu honorer
(1) Renouvier, Des types et manières des maîtres graveurs, 1853, p. 162.
son pays. Le fleuron savamment historié qui décore le titre et les autres gravures dans le corps du livre sont des plus remarquables et conformes au style des plus belles compositions en ce genre faites par Jean Cousin pour d'autres imprimeurs. On connaît deux exemplaires de ces Coutumes de Sens admirablement imprimés sur très-belle peau de vélin, et couverts de leur reliure primitive , dont le dessin élégant , rehaussé par le médaillon en or de Henri II placé au centre, doit avoir été tracé par Jean Cousin lui-même. Dans ces deux exemplaires, les gravures sont coloriées, ce qui se voit souvent dans les beaux exemplaires imprimés sur vélin.
Le titre et fonction d'imagier donnés à Jean Cousin et qui le rattachaient à la cour , son Entrée de Henri II à Paris, en
1549, celle du même Henri II et de Catherine à Rouen, en
1550, son Entrée de Charles IX et de Catherine de Médicis à Bayonne , en 1556, les décorations dont il fut chargé pour l'Entrée de Charles IX à Sens, sont des preuves que son talent était employé par la cour dans ces grandes cérémonies .
Avant de nous livrer à l'examen des diverses compositions exécutées par Jean Cousin pour des livres où le nom des imprimeurs nous est un indice des rapports qu'il a pu avoir avec plusieurs d'entre eux , je dois mentionner les grandes planches indiquées, pour la plupart , par Papillon, qui nous apprend que « les grandes planches de Jean Cousin n'é- « taient gravées que sur du poirier ou du cormier, le buis ne « pouvant fournir de si grandes planches d'une seule pièce » (t. I, p. 270) . Dans ces planches, que l'on pourrait classer dans la catégorie de Y imagerie, si l'emploi de ce mot n'était pas une profanation, je rangerai d'abord les compositions des sujets de la Bible de diverses grandeurs, exécutées par des graveurs dont le nom est resté inconnu , et dont la vente se faisait plus particulièrement par l'entremise de Jean Leclerc, mar-
chand et tailleur d'images : c'est ainsi qu'il est désigné dans les privilèges qui lui ont été accordés.
Au sujet de ce genre de gravures, Papillon s'exprime ainsi, t. I , p. 203 :
« Jean Cousin a dessiné et, à ce qu'on dit, gravé en bois grand nombre de sujets de la Bible de grandeurs différentes, lesquels sont très-rares, et telles recherches que j'ai pu faire je n'ai vu nulle part, pas même au Cabinet des Estampes du roi, aucun sujet de ces deux Bibles, dont par hasard j'avais acheté, il y a plus de trente ans, quatre estampes ayant un peu plus de seize pouces de large sur neuf et demi de hauteur. Elles représentent la Création du monde, avec celle de l'homme et de la femme, le Péché d'Adam et d'Eve, Cham se moquant de son père Noé et V Enlèvement du prophète Élie; j'en ai vu même à quelques-unes la description du sujet en langue espagnole, ce qui fait connaître que ces figures de la Bible furent si estimées, qu'on en imprima en plusieurs pays, ou accompagnées de discours en plusieurs langues, etc. »
Puis il ajoute avoir une estampe de la même grandeur représentant le Mariage du jeune Tobie , et il parle encore de cette estampe, p. 269, au sujet de celles de l'histoire d'Esther,
Je n'ai pu trouver nulle part cette planche du mariage du jeune Tobie, mais elle doit faire suite à celle du retour du jeune Tobie, que je possède, et où il est représenté accompagné del'ange Raphaël et sejetant dans les bras de son père aveugle. Au fond, à gauche, on voit Tobie accompagné de l'ange rendant la vue à son père, et, vers la gauche, des femmes achevai, parmi lesquelles est Sara, sa jeune épouse. Le style , digne en toutpoint de Jean Cousin , est grand et noble : les fonds, l'architecture et le paysage sont conformes à ce qu'on sait être de lui.
Largeur : 44c,06, hauteur : 25c,0.
M. Georges Duplessis a vu YHistoire de Tobie dans une collection dont nous parlerons plus tard. Cette série et celles
de Joseph et d'Esther de Jean Cousin se vendaient chez le même libraire-éditeur, Denis de Mathonière.
Parmi les planches des grandes Bibles dont on est redevable à Jean Cousin, soit isolées, soit formant une série, je signalerai plus particulièrement celle qui est consacrée à l'histoire d'Esther et d'Assuérus, dont Papillon fait mention, t. I, p. 269 et 270. J'en donne même une reproduction identique pour qu'on puisse mieux en apprécier le mérite. C'est par un heureux hasard que j'ai pu me les procurer, elles étaient déjà devenues rares du temps de Papillon ; l'ensemble se compose de six pièces, que Papillon dit avoir vues ; je n'en possède que cinq. Elles ont 26 cent, de hauteur sur 35 cent, de large.
Ce sont :
Festin d'Assuérus et de Vasthy ;
Couronnement d'Esther par le roi ;
Découverte du complot de Tharès et Bagathan ;
Assuérus touchant de sa baguette Esther ;
Aman demandant grâce à la reine Esther ;
Les fils d'Aman et ses partisans pendus.
Il me manque la planche représentant Aman demandant grâce à Esther.
Les noms des personnages sont inscrits à côté de chacun d'eux. Il en est de même pour les planches dont le sujet est la prise de Troye, et qui sont de la même école , bien que je ne les croie point de Jean Cousin , malgré certaines ressemblances de style.
Une autre planche bien remarquable de ma collection, et dont le style architectural etie dessin des personnages est aussi beau et non moins grandiose que les compositions d'Esther, représente Bethsabé au bain. La dimension de cette planche est de 26 cent, de hauteur et de 42,04 de largeur.
Je possède aussi une planche qu'on doit attribuer à Jean Cousin. Elle est reconnaissable à son grand style. C'est la Descente de Joseph dans la citerne; elle a 21 centimètres
de hauteur sur 38,08 de largeur; on lit à l'intérieur de l'encadrement, qui a 1 cent. 08 de hauteur, ces vers inscrits dans un cartouche :
Quand Joseph eut les songes récitez Aux frères' siens, ils furent despitez, Lors d'un accort, Font au puys descendu Et aux marchans de Madian vendu. I.
Ce chiffre 1 placé à la fin indique probablement que cette planche est la première de la série de Y Histoire de Joseph.
Elle est exactement reproduite , en plus petite dimension , dans la Bible dite de Leclerc, à la page 40.
M. Georges Duplessis (p. 42), en rendant compte d'un recueil de 270 gravures sur bois exécutées par des artistes français, cite Y Histoire de Joseph, dont le texte des compositions est en anglais, quoique la gravure soit française , ce qui confirme ce qu'a dit Papillon du grand succès de ces compositions (t. I, p. 203). M. G. Duplessis a vu , dans la réunion de gravures françaises sur bois que contenait ce recueil , six planches formant la série de Y Enfant prodigue, avec la date de 1566 et le texte en anglais. On ignore ce qu'est devenu ce recueil.
Ces grandes planches ont, dit Papillon, seize pouces de large sur neuf et demi de hauteur; et, en mentionnant le Mariage du jeune Tobie, il ajoute que, à quelques-unes des épreuves, l'encadrement avait été supprimé, etqu'à Y Enlèvement du prophète Élie était joint un passe-partout indiquant en espagnol la description du sujet" il dit qu'aucune de ces gravures ne se trouvait au Cabinet du roi (elles n'y sont pas non plus aujourd'hui), et qu'il en avait acheté quatre il y a trente ans passés; qu'il possédait aussi une Résurrection provenant d'un Missel (1).
M. de Baudicour possède une gravure sur bois qui a tous
(1) Je possède cette estampe dont je donne la reproduction.
les caractères des autres compositions de Jean Cousin ; elle représente S. Pierre prêchant à la porte du temple. On voit au bas le monogramme de Jean Leclerc, ICL. Largeur 340, hauteur 180
Parmi les planches auxquelles pourrait s'appliquer le mot imagerie, pris dans un bon sens, Papillon cite, p. 203 :
La Création du monde avec celle de l'homme et de la femme ;
Le Péché d'Adam et Ève ;
Cham se moquant de son père Noé, où se voit aussi la Tour de Babel.
J'ai parlé précédemment d'une série de gravures sur bois consacrées à l'ornementation des douze mois d'un calendrier dont je possède une seule , celle du mois de Novembre. Dans les douze gravures qui sont à la Bibliothèque impériale, on reconnaît, du moins dans plusieurs d'entre elles , le dessin de Jean Cousin, aussi bien pourles compositions que pour la riche et savante ornementation des cadres. Je signalerai particulièrement celles des mois de Février , Mars, Septembre, Octobre, Novembre, Décembre. Ces douze compositions ont été gravées en taille-douce par Étienne Delaune en petite dimension. La gravure en est délicate et fine, mais elle a un moins grand caractère que les gravures sur bois.
Parmi les planches isolées gravées sur bois que je possède, je n'hésite pas , et cela avec l'assentiment des artistes les plus compétents, tels que M. Viollet-le-Duc, etc., d'attribuer à Jean Cousin une très-grande composition ayant 50 centimètres de hauteur sur 72 de largeur, représentant la Parabole du mauvais riche; elle est d'un grand effet, et son encadrement même est conforme au style adopté par Jean Cousin pour ce genre d'ornement. On y voit figurer la roue d'Ixion, qui se voit également dans le Jugement dernier de Jean Cousin. Cette composition grandiose, dont l'exemplaire que je possède est proba-
blement unique, est gravée sur deux planches de poirier ou de cormier. Elle est reproduite en partie dans la Bible dite de Leclerc.
La Bibliothèque impériale (folios 15 à 35 , bois modernes) possède quarante planches d'une grande Bible. Elles ont 48 cent, de large sur 26 cent, et demi de haut. Je les crois toutes de Jean Cousin, et l'on peut y voir l'une de ces deux grandes Bibles dont parle Papillon. Il ne paraît pas qu'elles aient été accompagnées de texte. Aux pages 8 et 9 , on voit quatre grandes planches de la même dimension que les précédentes du même recueil de Jean Cousin. Elles ont un caractère grandiose.
Dans cette même collection des bois modernes , pages 1 06 et 108, sont huit femmes représentant les sciences; chacun a 28 cent, de hauteur et 21 cent, de large. Le style indique Jean Cousin.
La Bibliothèque possède aussi, pages 10 à 15, douze planches appropriées à un Credo (Symbole des Apôtres) ; la première représente la création du monde, « Je croys en Dieu », et la dernière, « et en la vie éternelle. Ainsi soit- il ». Elles portent double marque, IGL (Jean Leclerc) et NP (1). Leur style a quelque rapport avec celui de Jean Cousin, mais ou ne saurait les lui attribuer. Je possède une épreuve de la première de ces planches, celle de la Création ; elles ont 33 c. 04 de largeur sur 18 c. 08 de hauteur.
Les sujets bibliques convenaient à Jean Cousin; ses études pour les verriers, les exemples nombreux des compositions gravées sur bois et à profusion par Albert Diïrer , Lucas de
(1) Le titre porte : A Paris, par Jean Le Clerc avec privilège, 1596. Ces
planches, ainsi que d'autres qui portent ces deux marques, doivent indiquer les noms des deux marchands d'estampes Jean Leclerc, rue Fromentcau , à VEtoi lie d'or, et Nicolas Prévost, rue Montorgueil, au Chef sainct Denys. Par des calculs inadmissibles, Papillon suppose que la marque NP pourrait désigner Nicolas Poussin ; et dans Brulliot (p. 285, IIe partie , et n° 2951, Ve Partie), cette marque lui est aussi attribuée par erreur.
Leyde, Lucas Cranach et tant d'autres artistes célèbres; le succès que venait d'obtenir la Bible de Holbein , imprimée à Lyon en 1538, et plusieurs fois réimprimée en latin, en français, en anglais, en italien et copiée dans les divers pays, tout l'invitait à ne pas laisser Paris privé de ces compositions bibliques qui s'adressaient à toutes les classes delà société, auxquelles la gravure sur bois, par son bas prix, les rendait accessibles. Il est donc tout naturel qu'à l'exemple de ses prédécesseurs, Jean Cousin ait composé pour être gravés sur bois un grand nombre de sujets tirés de la Bible, les uns en petit format, les autres de grande dimension.
Quant à la Bible dite de Jean Leclerc qui parut en 1596, loin d'affirmer que toutes les planches qui la composent aient été dessinées par Jean Cousin, on doit pourtant lui en attribuer le mérite plutôt qu'à Jean Leclerc qui en fut l'éditeur, et qui peut-être Fa gravée, secondé en partie par d'autres graveurs sur bois, parmi lesquels on cite Guillaume Le Bé. Malheureusement la gravure en est grossoyée, et par conséquent ces gravures doivent être rangées plutôt parmi les livres d'images que parmi les œuvres d'art. Mais l'ensemble est d'un style qui rappelle toujours Jean Cousin ; il y a même des compositions qui sont entièrement identiques à celles que nous savons être de lui ; tels sont les sujets de S. Paul sur le chemin de Damas , de Moïse avec le serpent d'airain que Delaune a gravé en tailledouce sur cuivre avec le nom de Jean Cousin. La planche page 40 offre la reproduction exacte mais inférieure de la grande et belle planche sur bois représentant Joseph descendu dans la citerne. Dans d'autres planches se rencontrent des rapprochements singuliers : par exemple, la figure et la pose de la femme à gauche du premier plan (voyez pl. 92) qu'on retrouve la même qu'au frontispice historié du titre du Traité de pourtraiture de Jean Cousin. Dans cette planche on reconnaît évidemment son style et sa composition.
La planche 212, représentant le Mauvais Riche et le Lazare, est aussi la reproduction presque identique de la première partie de ia très-grande estampe dont j'ai parlé p. 140, et que je n'avais pas hésité à attribuer à Jean Cousin , ce que cette circonstance confirme de nouveau.
On doit donc croire que Jean Cousin avait donné les dessins de cette Bible, exécutés en partie par lui et en partie dans son atelier, et que cette œuvre, connue généralement sous le nom de Jean Leclerc , est cette autre grande Bible que Papillon assigne à Jean Cousin. Elle n'a paru que six ou sept ans après la mort de son auteur, mais il fallait un temps considérable pour l'exécution complète des deux cent soixantedix planches qu'elle contient, et bien des causes ont pu entraver cette publication, dont la date est maintenant connue. Voici le titre de cette première édition ^ tel qu'il est imprimé sur la partie de cette Bible que possède M. Destailleur :
Plvsievrs et diverses histoires tant du vieil que du nouueau Testament, le tout figuré et accompagné de sommaires pour la déclaration et intelligence d'icelles, à Paris MDLXXXXVI (1596).
Cette première et fort rare édition est un petit in-4 oblong, et le texte, placé en regard, est encadré de pièces rajustées dont le dessin est d'un très-beau style. Cet encadrement , digne en tout point de Jean Cousin, ne se trouve que dans cette édition, dont je possède aussi une partie. On ne saurait donc fixer exactement le nombre des planches dont elle se composait primitivement, puisqu'elle est devenue, on peut le dire, introuvable; mais je puis constater que l'édition de 1614, format in-folio , qui est la seconde et dont je possède un exemplaire, ne contient que 108 planches pour le Nouveau Testament, ce qui, avec les 158 du Vieux Testament, fait en tout 266 planches. Papillon dit que le nombre des gravures s'élève à 271 , dont 158 pour le Vieux Testament, et 113 pour le Nouveau. Cinq planches auraient donc été ajoutées aux
éditions postérieures à cette seconde édition , dont voici le titre :
u Figures de la Saincte Bible, accompagnées de briefs discours contenans la plus grande partie des histoires sacrées du Vieil et du Nouveau Testament, et des œuvres admirables du Dieu vivant, Créateur du ciel et de la terre, et de Jésus-Christ son fils unique, notre Sauveur et Rédempteur, pour l'instruction et la consolation des ames dévotes et contemplatives. Le tout dédié au Roi très chrestien. Paris, Jean Leclerc, 1614, in-folio. »
La dédicace au Roy, de Jean Leclerc, est datée du 18 juin
La 3e édition. In-folio, 1635. Paris, Guillaume Le Bé. La 4e édition, 1643, in-folio, Guillaume Le Bé, porte sur le titre :
« Figures des histoires de la Saincte Bible , accompagnées de briefs discours contenans la plus grande partie des histoires sacrées du Vieil et du Nouveau Testament, et des œuvres admirables du Dieu vivant, Créateur du ciel et de la terre, et de Jésus-Christ son tils unique, nostre Sauveur et Rédempteur. Pour l'exercice des âmes dévotes et contemplatives. Le tout dédié au roy très chrestien. Paris, Guillaume Le Bé (1), 1643, in-fol. »
C'est à l'édition de 1635 que le nom de Guillaume Le Bé paraît pour la première fois, ainsi qu'à l'édition de 1643 et de 1660. Ce nom disparaît ensuite. On a présumé que Guil-
(1) La 5e. Paris, Guillaume Le Bé, 1660, in-fol. — La 6e. Paris, Jean Le Clerc, rue Saint-Jean-de-Latran , à la Salamandre royale, 1664. — La 7e. Paris. Dédiée à Mme Jeanne de Chaumont, 1670, in-fol. — La 8e. Paris, 1686, in-fol. — La 9e. Paris. Dédiée à S. A. S. Monseigneur le prince de Conty (Paris, Robert Pépie), 1688, in-fol. — 10e. Paris, 1724. Le privilège accordé à François Moreau , libraire, est concédé par lui à Alexis de la Avelia et François Lesclapart. Papillon, qui y indique quelques planches ajoutées à la fin, dit que les épreuves de cette édition sont toutes piquées de vers , et il ajoute que le vieux Lesclapart, doyen des libraires, qu'il avait été consulter en 1763 touchant cette Bible, lui avait dit qu'on lui avait demandé autrefois quarante mille lianes et dix ans de temps pour en graver une semblable en bois.
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laume Le Bé a pris part à la gravure de quelques-unes de ces planches ; mais Papillon ne croit pas que Guillaume Le Bé ait beaucoup gravé sur bois; il doute même qu'il ait gravé en ce genre. Guillaume Le Bé n'est connu dans la typographie que comme habile graveur et fondeur en caractères.
Indépendamment des gravures de Jean Cousin pour deux grandes Bibles, Papillon ajoute : « J'ai quelques-unes de ces « œuvres, entre autres les estampes de plusieurs petites Bibles » (t. I,p. 204).
Ce que Papillon entend par plusieurs petites Bibles ne saurait s'appliquer qu'aux gravures format in-16 destinées aux Nouveaux Testaments , et particulièrement au Novum Testamentum, où on lit à la fin : « Excudebat Mauritius Menier, 1556 , » dont Papillon possédait un exemplaire. Le format est in-16 et les gravures qu'il contient ont 14 lignes de hauteur sur 2 pouces de large; quelques-unes sont répétées. « Les figures, dit Papillon (t. I, p. 459), en sont excellentes et « pittoresquement dessinées et gravées en bois, comprises « celles de l'Apocalypse, » et il ajoute : « Il n'y a qu'un grand « dessinateur qui ait été capable de bien rendre et graver « si artistement qu'ils le sont les caractères de têtes de « ces figures, ces petites mains et les pieds d'une régularité « sans pareille et plus corrects que celles du célèbre Bernard « Salomon ou le Petit Bernard; leurs beautés mériteroient, « à chaque estampe, une description particulière qui nous « mèneroit trop loin, etc. » Ainsi, selon Papillon, Jean Cousin ne serait pas seulement le dessinateur de ces petites compositions , mais l'excellence de leur gravure serait due à Jean Cousin, ce grand dessinateur, seul capable de les rendre aussi artistement (1).
Dans l'article consacré à Étienne Groulleau , il sera parlé
(1) M. J. Renouvier, qui cite aussi ce passage de Papillon, n'avait pu voir ce petit chef-d'œuvre, le Novum Testamentum de 1556, imprimé par Maurice Menier.
plus au long de ces estampes exécutées par Jean Cousin pour Denys Janot, et qui , avant de figurer dans ce Novum Testamentum, avaient paru en partie dans le Miroir de Prudence de Jean Cabosse dès 1541 , puis dans les Harmonie evangelice, 1544, dans la Tapisserie de l'Eglise chrestienne , 1551, et enfin dans le Novum Testamentum imprimé par Maurice Menier où elles se trouvent réunies.
Ces estampes de plusieurs petites Bibles , dont parle Papillon , permettraient donc de lui attribuer aussi celles qui ornent un Nouveau Testament imprimé en 1563 chez Jérôme de Marnef et Guillaume Gavellat.
Lorsqu'on voit avec quel talent Jean Cousin a exécuté la marque de l'imprimeur Le Royer, en tête de son livre de la Perspective, celle du livre de la Coutume de Sens pour son compatriote Richeboys, et qu'on suit ses rapports avec la plupart des imprimeurs jaloux de leur art, on s'étonnera moins du grand nombre de marques d'imprimeurs qu'il a dessinées, et dont je donne quelques spécimens. Il était, en effet, tout naturel qu'on s'adressât à lui pour un genre d'ornementation qui servait à recommander , dès la première vue , les livres dont le titre était ainsi décoré , et l'on ne s'étonne plus que même des éditeurs de Livres de Dentelle aient eu recours à son mérite et à sa complaisance pour en obtenir des dessins.
Les rapports qui ont pu exister entre Jean Cousin et les imprimeurs éditeurs durant sa longue carrière, rapports qui me paraissent établis avec un degré plus ou moins grand de certitude, d'après le nombre et l'importance des gravures qui sont sorties de ces imprimeries, m'ont servi de guide pour reconnaître ce qu'on peut attribuer à Jean Cousin.
J'ai cru devoir adopter un classement par ordre chronologique, qui pourra faciliter des recherches ultérieures.