‹ Étude sur Jean CousinChapitre 39 sur 72 · MAURICE DE LA PORTE · texte numérisé non relu

MAURICE DE LA PORTE

Veuve Maurice de la Porte (Catherine Lhéritier) , libraire (1548-1558).

Maurice Menier, imprimeur-libraire (1545-1566).

Quelques rapports rattachent ces noms d'imprimeurs et de libraires à Étienne Groulleau et à sa femme Jane de Marnef, et même à Jean Cousin, auquel on doit attribuer la belle marque de la veuve Maurice de la Porte, et celle de Maurice de la Porte, son mari.

Maurice Menier, qui imprima en 1556 le Novum Testamentum, avait imprimé en 1555 un autre ouvrage avec gravures sur bois, intitulé : De la primitive institution des Mois, herauldz et poursuivans d armes, par Jehan Le Feron ; Paris, de l'imprimerie de Maurice Menier, demourant aux faulxbourgs S aine t- Victor, rue Neufve, à l'enseigne Sainct-Pierre; pet. in-4.

VINCENT SERTENAS,

Cet imprimeur eut des rapports avec Gilles Corrozet et avec Étienne Groulleau, dont il fut aussi l'associé pour la publication de YHistoire ou plutôt le Roman de Gérard d'Euphrate, imprimée à Paris par Estienne Groulleau, pour luy, Ian Longis et Vincent Sertenas. (Voy. Groulleau.)

Le privilège accordé à Vincent Sertenas pour imprimer le Roi Modus, in-8% 1560, est daté du 4 août 1560, et le titre porte qu'il se vend au Palais, en la boutique de Gilles Corrozet. Nous y revoyons plusieurs des gravures qui avaient paru dans les Figures cVOrus Apollo, publiées par Jacques Kerver en 1543. (Voy. Kerver.)

JÉRÔME DE MARNEF,

Fils de Jérôme de Marnef Ier, il continua les traditions artistiques de la famille ; il était frère de Jane de Marnef, veuve de Denys Janot, remariée ensuite à Etienne Groulleau ; Denyse de Marnef était sa sœur.

Il fut quelque temps associé avec son frère Denys de Marnef (1). M. Duplessis, p. 39, a remarqué dans YOfficium Romanorum tribus temporibus una cum suis Psalmis... Parisiis, apud Hieronymum et Dionysiumde Marnef fratres, 1555, douze petites estampes représentant les mois de l'année et les travaux rustiques, qu'on pourrait attribuer à Jean Cousin.

La marque de Jérôme de Marnef (746, Silvestre), et surtout la marque 812, attestent le grand style de Jean Cousin, et les livres qui portent le nom de Jérôme de Marnef, de Groulleau et de Corrozet , prouvent , par le mérite de leurs gravures , que les rapports qui existaient entre ces artistes typographes et Jean Cousin, au temps de Denys Janot, s'étaient perpétués dans la même famille. Cette connexité m'a guidé dans mes recherches pour découvrir la main de Jean Cousin dans plusieurs livres où leur nom sert d'indice.

Le nom de Jérôme Marnef reparut d'abord sur les livres qui avaient été imprimés par Denys Janot, par sa veuve Jane de Marnef et par Etienne Groulleau. En 1564, Jérôme de Marnef et Guillaume Gavellat réimpriment les Harmonie evangelicœ. Parmi les ouvrages illustrés de gravures de Jean Cousin, Papillon cite (t., I, p. 204) les Histoires prodigieuses (2). Elles ont, en effet, tous les caractères de son

(1) De 1550 à 1554, d'après le Catalogue de Lottin. / (2) Recueillies par Boaistuau, dit Launay ; par Tisserant, Parisien ; par Belleforest, Comingeois.

dessin. L'édition de 1575 porte : « De l 'imprimerie de Hierosme de Marne f et Guillaume Cavellat ; » la seconde, de 1578 : « Chez Hierosme de Marnef et la veuve de Guillaume Cavellat (1). »

Le premier tome (édition de 1578) contient 53 gravures ; le tome second de l'édition de 1575 en a 14, et le tome troisième delà même édition 17. Plusieurs sont répétées (2). Dans cette édition, ainsi que dans celle des Métamorphoses d'Ovide et des Fables d'Ésope données par Jérôme de Mernef et dont je vais parler, on voit à la fin la seconde marque de cet imprimeur représentant un griffon avec cette devise : Virtute duce crescit fortuna. Il ne faut pas la confondre avec celle de Sébastien Gryphe, dont la devise était : Virtute duce comité fortuna.

Papillon nous dit que Jean Cousin a fait aussi les dessins pour les Épîtres d'Ovide et pour les Métamorphoses d'Ovide.

« J'ai encore (de Jean Cousin), dit Papillon (t. I, p. 204), les « figures des XXI Épîtres d'Ovide , imprimées à Paris, en latin « et en françois, l'an 1579, par ou pour Hierosme de Marnef, et la « veuve de Guillaume Cavellat; les figures des Métamorphoses « d'Ovide, in-vingt-quatre, en latin et ensuite en françois, etc. »

Ces deux éditions des Épîtres d'Ovide de 1579, que possédait Papillon, me sont inconnues. J'ai pu en examiner une, pu-

(1) Il résulte de cette dernière souscription que Guillaume Cavellat ne vivait plus en 15781, ce qui permet de rectifier la date de 1583 donnée par Silvestre dans ses Marques typographiques comme celle de la mort de l'associé de Jérôme de Marnef.

(2) L'exemplaire que j'ai consulté est composé de ces deux éditions. Une autre, en 1598, chez la veuve Guillaume Cavellat, est divisée en six livres. Le tome I contient 51 gravures. Le privilège, daté du 10 septembre 1597, est accordé à Deuyse Giraut, veuve de feu Guillaume Cavellat. Une édition, format in-12, a paru à Anvers en 1594. Elle contient cinq livres. Les planches gravées sont des contrefaçons.

bliée antérieurement par les mêmes éditeurs. En voici le titre :

Les XXI Êpîtres d'Ovide. Les deux premières traduites par Charles Fontaine Parisien : le reste est par lui revu et augmenté de préfaces. — Les Amours de Mars et Vénus et de Pluton vers Proserpine, imitacion d Homère et de Virgile,

— A Paris, chez Hierosme de Marnef et Guillaume Cavellat, 1571, in-16.

Les figures sur bois de ce volume sont au nombre de vingttrois : largeur, 50 mill.; hauteur, 49 mill. Leur style est remarquable et confirme le dire de Papillon. Cette édition étant d'une rareté excessive, je crois devoir donner l'intitulé des 23 gravures, d'après l'exemplaire de la Bibliothèque nationale.

P. 14, Pénélope escrit à Ulysses. P. 278, Héleine escrit à Paris.

— 33, Phyllis escrit à Démophon. — 318, Héro escrit et respond à

— 48, Bréseïs escrit à Achilles. Liander.

— 63, Phédra escrit à Hippolyte. — 337, Museus, ancien poète grec.

— 80, Énone escrit à Paris. Des Amours de Léander et

— 100, Hipsiphyle escrit à Iason. Héro, traduit en rime fran-

— 117, Dido escrit à Eneas. çoise par Clément Ma-

— 138, Hermione escrit à Orestes. rot, etc., la planche p. 318

— 155, Deianire escrit à Hercules. y est reproduite.

— 175, Ariadne escrit à Théseus. — 361, Aconce escrit à Cidippe.

— 195, Canace escrit à son frère — 377, Cidippe escrit et respond à

Macaire. Aconcè.

— 208, Médée escrit à Iason. — 391, Sapho escrit àPhaon.

— 228, Laodamie escrit à Protési- — 411, Les Amours de Mars et de

laùs. Vénus.

— 245, Hypermestra escrit à Linus. — 420, Le ravissement de Proser-

— 257, Pâris escrit à Héleine. pine.

Hierosme de Marnef en a donné une autre édition en 1580. Dans les deux éditions des É pitres d'Ovide, imprimées dans le même format, à Lyon, par de Tournes, en 1556 et 1573, le texte est le même, mais les figures sont en petit nombre, d'une dimension moindre et totalement différentes.

Je possède plusieurs éditions des Métamorphoses d Ovide.

Dans chacune d'elle, les gravures sont les mêmes et au nombre considérable de cent soixante-dix-huit. Voici le titre de celle qui porte la date de 1570. Elle est en latin : Métamorphoses Ovidii, argumentis quidem soluta oratione, Enarrationibus aulem et Allegoriis Elegiaco ver su accuratissime expositœ, summaque diligentia ac studio illustratse per M. loan. Sprengium Augustan. una cum artificiosis picturis, prsecipuas historias apte reprsesentantibus . Parisiis, apud Hieron. de Marnef et Gulielmum Cavellat, 1570, in-16 (voir le n° 694 de mon Catalogue).

Toutes les autres sont en français. Deux sont à la date de 1574, l'une en prose, l'autre en vers. Les gravures, très-jolies, au nombre de cent soixante-dix-huit, ont en effet toute apparence d'être de Jean Cousin, et je ne vois aucun motif de ne pas les lui attribuer; mais la gravure en est très-médiocre. (Voir les nos 695 et 696 de mon Catalogue.)

Leur dimension diffère de celle des Êpîtres : elles ont 55 millim. de largeur et 43 mill. de hauteur.

J'ignore le nom du traducteur en prose.

Voici le titre de l'édition en prose :

Les XV livres de la Métamorphose d'Ovide, poète trèsélégant, contenants F Olympe des histoires poétiques, traduictz de latin en françois. Reveuz, corrigez et augmentez de plusieurs figures, outre les précédentes impressions. A Paris, chez Hierosme de Marnef et Guillaume Cavellat, 1574, in-16e

Voici le titre de l'édition, aussi de 1574, en vers français :

Les Quinze livres de la Métamorphose d'Ovide, interprétez en rime françoise, selon la phrase latine, par François Habert, oVYssouldun , en Berry, et par lui présentez au Roy Henry IL Nouvellement enrichiz de figures non encorespar cy devant imprimées. (Même adresse que la précédente.)

Cette traduction en vers français par François Habert a eu de nombreuses éditions avec figures sur bois. Voici les renseignements bibliographiques que j'ai pu recueillir à ce sujet.

En 1557, Paris, Êtienne Groulleau, pet. in-8°. C'est sans doute l'édition originale. Elle est sans gravures.

En 1566, 1573, 1574, 1580, 1582 et 1587; Paris, Hierosme de Marne f, qui a publié successivement ces six éditions in-16.

Les de Tournes ont donné également un grand nombre d'éditions des Métamorphoses d'Ovide, avec des titres différents.

D'abord sous ce titre : La Métamorphose d'Ovide figurée; Lyon, lan de Tournes, 1557 (1), 1564, 1583, 1584, pet. in-8°, les 178 figures sur bois sont au même nombre que dans les éditions de Marnef; — avec le texte italien : 1559 et 1584, pet. in-8° (2). Ensuite sous cet autre titre : Olympe ou Métamorphose d'Ovide; (Genève) lande Tournes, 1597 et 1609, in-16 (3).

Dans ces éditions de Lyon, les gravures sont d'une autre main, et on les a attribuées au Petit Bernard (4).

L'édition des Fables d'Esope, avec les gravures de .lean Cousin, est tellement rare, qu'elle avait échappé à toutes mes recherches; enfin elle s'est trouvée à Lyon dans la bibliothèque de M. Yemeniz. Je n'avais pu la découvrir dans aucune bibliothèque ni publique ni privée. En voici le titre :

Les Fables et la Vie d'Esope Phrygien, traduites de novveau en françois selon la vérité grecque, novvellement augmenteez et enrichies de plusieurs figures tant en la Vie que ez Fables d'xceluy non encore par cy devant imprimées. — À Paris, chez Hierosme de Marnef et la veuve de Guillaume Gavellat, au mont saint Hilaire, à l'enseigne du Pélican, 1582, in-16.

(1) (2) (3) Voir les n08 522 à 526 de mon Catalogue raisonné.

(4) Voyez ce que j'ai dit à ce sujet dans mon Catalogue raisonné des livres de ma bibliothèque, p. clviij et suivantes, p. ccxviij, et dans mon Essai sur la gravure sur bois, pp. 242, 238, 239, et aussi p. 170. L'antériorité des dates et quelques indices donnent lieu de croire que les gravures des éditions de De Tournes sont du Petit Bernard ; et pourtant Papillon , qui possédait les éditions de Paris, qui en sont des fac simile, les dit être de Jean Cousin, et, en effet, on reconnaît son style dans ces deux fac simile. Lequel est l'original ?

Cette édition est-elle la première? Son titre indiquerait qu'elle avait été précédée par d'autres moins complètes en gravures. Celle-ci contient 34 gravures pour la Vie d'Ésope et 116 pour les Fables, en tout 150 vignettes.

Voici ce que Papillon, qui les possédait, dit en parlant de ces gravures sur bois de Jean Cousin (p. 204) :

« J'ai aussi plusieurs estampes des Apôtres, et trente-trois autres « delà Vie d'Ésope (1), pour un petit in-24. Ces dernières furent « copiées à Lyon vers 1600. J'ai vu un livre de la Vie et des Fables « d'Ésope imprimé dans cette ville pour la deuxième édition, en « grec et en latin, et vendu par Jean Juilleron, où il y a de ces co- « pies. Elles n'approchent point des originaux. Les Fables sont « encore plus mal, et j'en ai une grande partie. On croit que « Cousin a gravé d'autres figures des Fables d'Ésope. Elles ont « 1 pouce 16 lignes de large sur 21 lignes de haut. »

Le grand succès obtenu par de Tournes pour ses Fables d'Ésope, ornées de gravures sur bois, succès attesté par neuf éditions , à ma connaissance , dans l'espace d'une soixantaine d'années (1547-1607), a engagé Jérôme de Marnef à faire concurrence à son confrère de Lyon , comme il l'avait faite pour les Métamorphoses d'Ovide. Pour rendre cette concurrence sérieuse et efficace, il résolut d'enrichir son édition des Fables d'Esope d'un plus grand nombre de vignettes que n'en avaient les éditions lyonnaises, et surtout de recourir pour leur exécution au talent de Jean Cousin.

L'édition donnée par de Marnef offre un curieux mélange de vignettes de plusieurs dimensions différentes, et dont le dessin et la gravure accusent aussi des mains différentes.

Celles de la vie d'Esope sont très-remarquables par leur style, et l'on y reconnaît facilement le talent de Jean Cousin. Parmi celles des Fables, 23 ont été copiées sur celles de l'édi-

(I) Des quatre éditions de De Tournes que je possède, Lyon, 1551; Lyon, 1570, Lyon, 1607, et Genève , 1694, aucune n'a de gravure dans la Vie a" Ésope qui précède les Fable1}.

tion de De Tournes de 1551 (qui sont sans doute les mêmes dans les éditions antérieures du même éditeur), et 1 sur celle de la page 262 de l'édition de De Tournes de 1570. Ces copies d'une fidélité frappante, mais d'une gravure médiocre, ont généralement 47 millim. de largeur sur 35 millim. de hauteur, tantôt un peu plus, tantôt un peu moins , et s'éloignent souventdes dimensions des originaux, qui varient entre 46 millim. de larg. sur 32 millim. de haut., et 47 millim. sur 35. Les autres 92 vignettes de l'édition de Marnef sont originales, et de ce nombre 48 ont été copiées à leur tour pour les éditions de De Tournes, sans doute par un sentiment de réciprocité pour les contrefaçons antérieures, chose très-fréquente à cette époque. 46 de ces copies se retrouvent dans l'édition de De Tournes de 1607, très-rare et non citée par Brunet, et 2 autres dans celle de 1694, donnée à Genève par Samuel de Tournes. Les dimensions de ces copies par rapport aux originaux sont dans la même proportion que pour les vignettes précédentes , c'està-dire que celles de De Tournes sont plus variables et généralement plus petites que celles de Marnef. Le dessin des originaux de Marnef est bien supérieur à celui des compositions originales de De Tournes, mais on ne saurait les attribuer sûrement à Jean Cousin. Leur gravure est préférable à celle des vignettes copiées d'après de Tournes pour Marnef. Elles ne sont pas aussi mal exécutées que Papillon ledit; il faut même les comparer soigneusement avec les originaux pour pouvoir le distinguer (1).

(1) Je dois à l'amitié de M. Fick, imprimeur aussi habile qu'instruit, à Genève, le don d'un Album, tiré à 75 exemplaires, où il a réuni toutes les gravures sur bois qui, de père en fils, se sont conservées dans son imprimerie, et, comme il les a imprimées avec la netteté que les progrès de la typographie permettent maintenant d'apporter à l'impression des bois, on peut mieux juger du mérite des copies lyonnaises. Ce sont, p. 14 de son Album :

1° L'aigle et la corneille, p. 150, éd. de Lyon, 1607, p. 90, éd. de Genève.

2° Le milan malade, p. 164, id. p. 98,

3° Le larron et le chien, p. 173, id. p. 103,

4° La chauve-souris, p. 200, id. p. 121,

5e L'homme et ses deux femmes, p. 275. id. p. 170,

Je viens de dire que sur 92 vignettes originales de l'édition de De Marnef 48 ont été copiées pour De Tournes. Les 44 qui restent ne figurent nulle part ailleurs, même à l'état de copies ; elles portent généralement le grand caractère de Jean Cousin et se distinguent aussi par l'excellence de leur gravure, de même que les 34 vignettes de la Vie d'Esope. Mon précieux volume contient donc 78 compositions de Jean Cousin totalement inconnues, et, chose curieuse, aucune d'elles n'a été copiée pour les éditions lyonnaises. Elles tranchent parmi les autres vignettes du même volume par leur dimension uniforme et plus grande : 51 millim. de largeur sur 36 millim. de hauteur. Les plus remarquables sont celles des pages 164, 189, 193, 196, 199, 206, 213, 214, 216, 220 et 224. Leur authenticité est attestée par les signes caractéristiques particuliers à Jean Cousin, tels que les fonds des paysages, les pyramides, les ruines, les monuments circulaires ou demicirculaires , qu'il avait l'habitude de prodiguer dans ses compositions et dont il a fait, en quelque sorte, son monogramme.

Quant à une autre édition des Fables d'Ésope avec des gravures, dont Papillon donne les dimensions, mais dont il parle par ouï dire, je crois qu'il a été induit en erreur.

Après ces renseignements, qui n'ont jamais été donnés sur les éditions lyonnaises des Fables d'Ésope, on saura à quoi s'en tenir, et l'heureuse découverte de l'exemplaire, peut-être unique (1) , de ces Fables , m'a permis de constater l'exactitude de Papillon en ce qui les concerne. Ce détail ajoute un nouveau poids aux autres renseignements qu'il nous a fournis sur Jean Cousin.

(1) Ce sont les ouvrages les plus populaires qui, quelques nombreux qu'en soient les tirages, disparaissent le plus complètement. Ainsi Renouard cite comme exemple les Colloques familier s d'Érasme, imprimés à 24,000 exemplaires, dont il eut peine, dans sa longue carrière de bibliophile, à découvrir un seul qui était même imparfait. On recherche aujourd'hui les rares exemplaires du Catéchisme de l'Empire, bien qu'il ait été imprimé à plus de cinq cent mille exemplaires.

Testamentinovieditio Vulgata. Parisiis, apud Hieronymum de Marnef et Guilielmum Gauellat, sub Pelicano, monte D. Hilarii, 1563. In-16 de 657 feuillets et table. Cette édition, qui peut-être n'est pas la première , contient pour les Evangiles cent dix gravures, dont plusieurs sont répétées; les Actes des Apôtres ont douze gravures, et Y Apocalypse vingt-deux. Leur dimension est de 2 pouces 2 lignes de haut sur 1 pouce 8 lignes £ de large.

La gravure, grossoyée, est d'une main peu habile, et l'impression est très-imparfaite , mais partout on y reconnaît le style de Jean Cousin : il suffit de jeter les yeux sur les figures des Évangélistes , p. 3, 92, et 150, et sur celles des Apôtres, p. 406, 581 et 607. Ces dessins, du moins pour la plupart, ont pu être faits sous ses yeux par quelqu'un de ses élèves.

Papillon parle aussi d'un Virgile en français, de même format in-24 que les Métamorphoses d'Ovide , où se trouveraient quelques petites planches de Jean Cousin.

C'est aussi chez Jérôme de Marnef que parut : Le Livre de la Lingerie, composé par maistre Dominique de Sera, Italien, enseignant le noble et gentil art de l'esguille, pour besoigner en tous points : vtile et profitable à toutes dames et demoij selles pour passer le temps et éuiter oysivetè, nouvellement augmenté et enrichi de plusieurs excellents et divers patrons, tant du point coupé, raiseau, que passements, de r invention de M, Jean Cousin, peintre à Paris. — A Paris, chez Hierosme de Marnef, à l'enseigne du Pélican, 1584. Avec priuilége du Roy.

Ce privilège est daté du 7 septembre 1583, il porte :

« Par la grâce de Dieu..., etc., est permis à Hiérosme de Mar- « nef, libraire-juré, etc., d'imprimer le livre de Lingerie, nouvel- « lement augmenté de plusieurs excellents patrons, tant de point « coupé, raiseau que passements, de l'invention de M. Jean Cou- « sin, peintre à Paris, etc. »

Mais , pour distinguer parmi les planches de Sera celles dont on est redevable à Jean Cousin, il faudrait pouvoir confronter avec cette précieuse édition (1) une édition précédente. Brunet en cite une d'après Duverdier, à la date de 1583.

Dans cette édition augmentée des dessins de Jean Cousin, le titre historié, qui est incontestablement dessiné par lui, nous aide à reconnaître la main de ce maître dans les titres d'autres ouvrages auxquels, à l'exemple de Holbein et de Durer, il n'a pas dédaigné de prêter son concours.

Je m'étonne que Papillon , qui est entré dans des détails minutieux en ce qui concerne la gravure sur bois et les travaux en ce genre de Jean Cousin, ait négligé de parler de ce Livre de Dentelles dont nous sommes authentiquement informés par un privilège royal.

JACQUES KERVER,

S'est distingué plus encore que son père et ses frères, par le mérite des gravures sur bois qui ornent plusieurs de ses impressions, parmi lesquelles se distingue surtout le Songe de Poliphile, qui est une reproduction avec modifications de l' Hypnerotomachia, ce chef-d'œuvre sorti de l'imprimerie des Aide en 1499. Les gravures de l'édition italienne et celles de l'édition française occupent une grande place dans l'histoire du dessin et de la gravure sur bois.

Papillon , après avoir mentionné divers livres imprimés par Hierosme de Marnef et la veuve Guillaume Cavellat, dont il attribue les gravures à Jean Cousin, se borne, quant à Jacques Kerver, à dire qu'il a vu chez lui plusieurs excellentes gravures, sans toutefois les citer, excepté « les Figures dOrus Apollo )) , dont la lre édit. parut en \ 543, et une autre en 1551 .

(1) On n'en connaît qu'un seul exemplaire à la bibliothèque de l'Arsenal, n° 11,954.

Je possède l'édition d'Orus Apollo donnée par Jacques Kerver en 1551 , et l'examen confirme ce que dit Papillon ; la représentation des animaux, le paysage et autres accessoires ractérisent le dessin savant de Jean Cousin. Plusieurs scènes, particulièrement aux pages 61, 151, 170, 171, 172, 200, 211 , sont très-remarquables.

Quelques-unes de ces planches reparaissent dans l'édition du Roi Modus, des Déduits de la Chasse, vénerie et fauconnerie, à Paris, chez Gilles Corrozet, in-8°, 1560, où la planche feuillet 46 verso est la même que celle de la p. 170 à'Orus Apollo. La planche 40 verso est aussi reproduite page 61 d'Orws Apollo, où le manteau royal fleurdelisé placé près du chien paraît indiquer le chien Souillard. Il en est de même des gravures de quelques animaux : le lapin, le sanglier, etc. Les rapports de Jacques Kerver avec Gilles Corrozet et aussi avec Sertenas, qui imprima le Roi Modus, confirment encore le dire de Papillon.

Parmi les livres d'Heures imprimés en si grand nombre par les Kerver, je signalerai particulièrement YOfficium beatx Mariée Virginis nuper reformatum et PU V Pont, max.jussu editum. Parisiis, apud Jacobum Kerver, via Jacobaea, sub insigni Vnicornis (avec Privilège du Pape Grégoire XIII, de Charles IX et de Henri II), 1581, in-8.

Le calendrier est orné de douze compositions en ovale où l'on ne peut méconnaître la main de Jean Cousin. A la fin de ce calendrier une grande planche représente le Christ mort et la Vierge. Au bas, dans un médaillon, est le Christ au tombeau. A la suite sont neuf grandes compositions en tête de chacune des Heures de l'office de la Vierge, puis neuf autres qui accompagnent les offices. Dans toutes le style de Jean Cousin est reconnaissable. Ces belles planches font partie de la collection de M. de Baudicour, et ce livre d'Heures qui n'est cité nulle part ne se trouve dans aucune bibliothèque.

Un autre ouvrage intitulé : Clavicule et interprétation sur

le contenu des cinq livres de Polygraphie et universelle écriture cabalistique, Paris , Jacques Kerver, 1561, in-folio, entouré d'un encadrement avec sujet analogue à celui de l'ouvrage, et où figurent les armes de Kerver, offre au verso du titre un magnifique portrait à mi-corps qui est digne de Jean Cousin. Le nom de l'auteur est ainsi indiqué sur le titre: Gabriel de Collange, natif de Tours, en Auvergne. Il tient à la main une règle. Au bas de ce beau portrait on lit : Gabriel. Colangelius Alvern. Turon. agens 37 annos. Sur le côté, on lit dans un emblème ayant à la base un mors ou frein, cette devise : Tempera mettre régula frena.

Mais de tous les ouvrages ornés de gravures sur bois, le plus beau et le plus important, sans contredit, est le Songe de Poliphile, cette belle reproduction de Y Hypnerotomachia , qui sortit des presses d'Aide, en 1499, avec les célèbres gravures attribuées par les uns à Mantegna, par d'autres à Bellini. La traduction française, revisée par Jean Martin, parut chez Jacques Kerver en 1554, ornée de gravures sur bois en nombre égal à celui de l'édition d'Aide, dont elles sont une imitation qui ne lui est en rien inférieure. On a donc lieu de s'étonner que le nom de l'auteur de ce chef-d'œuvre delà gravure sur bois soit resté inconnu jusqu'à présent. Papillon , qui mentionne tant d'autres œuvres bien moins importantes de Jean Cousin, et même de graveurs ignorés, s'est borné à nous dire qu'il a vu des gravures excellentes par Jean Cousin chez Jacques Kerver (t. I, p. 204).

L'exécution des planches du Songe de Poliphile doit-elle être attribuée à Jean Cousin ou à Jean Goujon ? C'est sur ces deux grands artistes que se partagent jusqu'à présent les opinions ; et, en effet, leur mérite est égal, et leur style offre une grande ressemblance.

Mais d'abord je ferai observer que les nombreux changements et modifications apportés dans l'œuvre française l'ont

rendue presque une œuvre originale, où l'influence du style italien a réagi sur le style tout autre de Jean Goujon ou de Jean Cousin; elle est donc devenue, on peut le dire, francoitalienne, ce qui en fait, sous ce rapport, une œuvre hors ligne.

Dans YAbecedario de Mariette on ne trouve qu'un seul renseignement, et encore émis sous forme de doute , à l'article Jean Goujon. En parlant du Vitruve traduit par J. Martin, Mariette, après nous avoir dit que dans cette œuvre les figures sont de l'habile architecte et sculpteur Jean Goujon, ajoute : « Il y a grande apparence que celles qui sont dans le Poliphile c( sont aussi de son invention. »

Voici ce qui a pu motiver l'opinion de Mariette en faveur de Jean Goujon. A la sollicitation de Jacques Kerver, imprimeur célèbre par ses publications illustrées de gravures sur bois, la traduction de Y Hypnerotomachia avait été revisée par Jean Martin ; or Jean Martin avait donné, en 1547, une traduction de Vitruve ornée de plusieurs belles gravures attribuées à Jean Goujon, et la réimpression qui en fut faite en J572, chez Hierosme de Marnef, est accompagnée d'une dissertation par Jean Goujon. Des rapports ont donc pu s'établir entre Jean Goujon et Jean Martin, ce réviseur du Songe de Poliphile, dont Kerver fut l'éditeur.

Les belles et grandes planches de la traduction de Vitruve par Jean Martin, pages 2 et 3, p. 15 recto et verso, et page 78 verso , qui sont les seules gravures sur bois que l'on attribue à Jean Goujon, attestent la main d'un grand dessinateur, mais ces trois seules planches ne permettent pas d'établir une comparaison suffisante avec toutes celles du Songe de Poliphile et avec l'ensemble de l'œuvre de Jean Cousin, pour pouvoir y reconnaître une seule et même main, soit sous le rapport des figures, soit sous celui du paysage et des accessoires, lesquels dans les œuvres de Jean Cousin nous servent de point d'appui et de contrôle.

Dans son Traité de la Gravure en bois, Papillon n'a près-

que point parlé de Jean Goujon; le peu qu'il en dit est trèsvague et confus.

« Il y a, dit-il p. 342, un abrégé des Vies des Hommes illustres de Plutarque, avec leurs portraits ; chaque page ornée et entourée d'une bordure, le tout gravé en bois. Les figures sont d'un dessein charmant et du même goût que les belles nayades de la fontaine desinnocents du fameux Goujeon; j'ai un fragment de ce Livre. J'ai trouvé dans une des bordures une date de 1568. J'ai tout îieu de croire que quelque Élève de ce grand Maître a dessiné ces belles Figures, aussi bien que la plupart des Gravures anciennes que M. Ballard, imprimeur de la Musique du Roi, a chez lui, et que ses Ancêtres ont fait graver. J'ai nombre d'Estampes des livres qu'il vend, qui sont toutes dans le même goût, ce qui me fait penser que peut-être Goujeon a-t-il gravé en bois; ou bien que ces gravures sont de 0. Goujeon, que j'ai déjà dit qu'il pouvoit être son parent : car elles sont gravées dans la même coupe que les cartes d'André Thév et, dont j'ai parlé ci-devant, p. 250. »

Or, à cette page 250, Papillon, parlant de la Cosmographie de Thevet, dit seulement que « les lettres 0 et G, qui sont sur « les échelles marines du cadre, dans lequel est enfermée celle « des lieux de la Carte d'Europe, indiquent la marque 0. Gou- « jeon, graveur ; peut-être étoit-il parent du fameux Goujeon. » Papillon ajoute que cette Cosmographie contient 200 estampes gravées excellemment en bois, la plupart par P. Raefe de Paris, et que quelques-unes sont dessinées dans le goût du célèbre sculpteur Goujon.

On voit combien tout cela est vague. Nulle part, dans son Traité de la Gravure en bois , Papillon n'indique positivement une seule gravure ou dessin exécutés par Jean Goujon.

En 1861, M. Georges Duplessis, dans son Histoire de la Gravure en France, s'exprimait ainsi au sujet du Songe de Poliphile, p. 36 :

« Les noms de Jean Goujon et de Jean Cousin ont été prononcés à propos de ce fameux livre; nous n'osons pas décider la

question ; il nous semble cependant, s'il nous est permis d'émettre une opinion, que nous ne pouvons d'ailleurs appuyer d'aucunes preuves, que le nom de Jean Goujon est plus rapproché de la vérité. Mais qu'importe après tout? Nous avons l'œuvre et nous devons en apprécier toute la valeur, sans trop nous préoccuper de l'auteur qui l'illustra de son génie. »

En 1863, dans son article sur Jean Cousin, M. Georges Duplessis persiste à ne pas se prononcer « jusqu'à plus ample information (1). »

Cependant, dans ces derniers temps , l'opinion semble de plus en plus favorable à Jean Cousin, et voici comment un juge et critique prudent, M. Renouvier, s'exprime dans son excellent ouvrage des Types et manières :

« Le style de Jean Cousin, dont les qualités principales me paraissent être la force et l'élégance contenues, se retrouve dans les vignettes del'Hypnerotomachie, ou Discours du songe de Poliphile, publié par Jacques Kerver en 1546 et 1561. Ici seulement l'original italien que l'artiste français imite, donne à son style plus de tenue encore; il garde pourtant des qualités siennes. Les cariatides accoutumées du titre, les longues statures, les formes élégantes, les extrémités amincies des figures,, l'expression des têtes, la gentillesse des enfants, sont autant de traits distinctifs de son

(1) Le Peintre Graveur, t. IX, p. 5. Voici l'opinion que j'avais émise dans mon Essai sur la gravure sur bois, publié en 1867 : « L'examen du frontispice du Songe de Poliphile , que quelques-uns ont attribué à Jean Goujon, me fait croire qu'il a été dessiné par Jean Cousin. Il est grandiose et en tout point digne de lui. Le satyre qu'on y voit rappelle le style quelquefois un peu grotesque qu'on remarque dans ses Mascarons et autres ornementations des lettres de son Traité de Perspective. Les nombreuses compositions qui ornent le Songe de Poliphile sont d'un style noble, simple et élégant. La gravure ainsi que l'impression laissent beaucoup à désirer, et il est regrettable que les planches soient perdues : réimprimées avec soin, ces planches reprendraient une partie de leur délicatesse. Mais comment , dira-t-on , se fait-il que le nom du compositeur d'une œuvre si célèbre soit resté ignoré? C'est que le mérite éminent de ces compositions, qui auraient fait honneur à tout autre, ne fut peut-être compté pour rien par Jean Cousin, qui n'a mis son nom à aucune des gravures sur bois dont on lui est redevable , et cela parce qu'il savait son talent bien au-dessus de ces dessins, qu'il exécuta sur la demande de Kerver pour l'ornementation d'un livre, et comme une reproduction des compositions italiennes. »

dessin magistral. Des traits accessoires, comme les arbustes qui percent les rochers, y démontrent aussi l'analogie avec les vignettes du Traité de Perspective. Quant au travail de gravure, habile et fini dans les meilleures pièces, bon quoique plus gros dans d'autres, et tout à fait négligé dans les dernières, je n'en ferai pas l'attribution. Ici, comme dans toutes les gravures sur bois, on peut constater que le dessinateur, quand il termine ses dessins sur le bois, laisse peu à faire au tailleur, et que celui-ci ne laisse percer ses bonnes ou mauvaises qualités que lorsqu'il a sous son eschoppe des dessins insuffisants; sa manière la plus générale, qui est aussi celle des dessinateurs et des peintres français, c'est la clarté. »

M. Albert de la Fizelière attribue aussi le Songe de Poliphile à Jean Cousin plutôt qu'à Jean Goujon (1).

La longue étude que j'ai faite des œuvres de Jean Cousin en pouvant les examiner à loisir et les comparer, me permet aujourd'hui d'établir, par des preuves, qui pour moi sont incontestables, que Jean Cousin est le dessinateur des planches qui ornent le Songe de Poli phile.

Il est regrettable, je le répète , de ne pas avoir un plus grand nombre de planches gravées ou plutôt dessinées par Jean Goujon; mais dans les deux ou trois du Vitruve de Martin , on ne voit aucune similitude quant au paysage avec ce qu'on remarque dans toutes les œuvres de Jean Cousin , particulièrement le feuillage en pendentif. Ce détail, que j'ai signalé bien des fois, et qui se retrouve dans toutes ses œuvres, est caractéristique et équivaut pour moi à une signature.

Mais c'est à la quatrième page recto du Songe de Poliphile que je vois, dans les nombreux accessoires qu'il a ajoutés au dessin primitif italien, la preuve décisive qui nous signale Cousin tout entier. Il semble que par cette addition il ait voulu tout d'abord prendre acte et se mettre en possession de son œuvre , en accumulant dans cette composition tous les détails d'architecture qui lui sont propres, édifice circulaire, arceau,

(1) Gazette des Beaux- Art s, t. III, p. 312.

amphithéâtre brisé, aqueduc, pyramide, enfin tout ce qui donne à ses sujets un caractère distinctif.

La liberté que prend Jean Cousin dans son imitation des planches de l'édition d'Aide est partout visible. Ainsi , p. 7 verso y la représentation du cheval ailé et des enfants, dont les poses hardies diffèrent complètement de l'original , atteste non un copiste timide , mais un savant dessinateur. Il en est de même de la suivante, où on lit le mot : temptjs.

A la page 9, la composition est tout autre et fait même contraste avec la simplicité primitive de la planche italienne. L'éléphant, feuille 10, et la porte triomphale, feuille 13, rappellent ce qu'on voit dans l'Entrée de Henri II en 1549, imprimé chez Jacques Roffet. A la page 26, le texte parle d'un riche portail, ce qui donne occasion à Jean Cousin de nous montrer un temple richement orné, surmonté d'un enfant tenant une trompette que le vent fait sonner (1).

Les feuilles 47 et 48 offrent des compositions tellement modifiées qu'elles sont tout autres , et on remarque à la page 47 des coiffures de femmes qu'affectionnait Jean Cousin.

Les planches du Triomphe, feuilles 55, 56,57, 58 , 59 et 60, rappellent l'entrée de Charles IX à Rouen.

Au feuillet 92 verso, on voit, de même que dans l'édition d'Aide, la représentation d'un vase funéraire à deux anses, dont l'une a été brisée ; ce vase ayant une forte cassure porte pour inscription : TOPANOT 2II0A02 (ce qui indique qu'il contenait les cendres d'un personnage du nom de Toran, Torain ou Tory. Je ne doute pas que Geoffroi Tory, qui avait vu dans ses voyages en Italie Y Hypnérotomachie imprimée par Aide en 1499 , et réimprimée par ses fils en 1545, fût frappé par cette similitude avec son nom, et aussi par le sens de cette inscription sur le vase : Toïï ôocvoctou (kêaioxeoov oùos'v , rien

(1) Dans l'édition italienne l'enfant sonnant de la trompette est sur une girouette et il n'y a pas de temple.

de plus certain que la mort; c'est là qu'il a puisé l'idée de sa célèbre devise du Pot cassé. 11 nous a même donné l'explication de cet emblème auquel , dit-il, il a ajouté un toret « qui signifie Fatum qui perce et passe foible et fort : ce dict vase et pot cassé signifie nostre corps, etc. (1). » C'est lorsqu'il eut le malheur de perdre en 1523 une fille chérie, qu'il adopta cette devise, et, par une touchante allusion à sa fille envolée dans les cieux, il en représenta l'image entourée de rayons qu'on aperçoit dans le haut de la gravure où l'emblème du Pot cassé occupe le milieu. Cette image parut dans le petit poëme latin consacré à la mémoire de sa fille, Ad charissimam Filiam, Paris, 1523. Plus tard elle disparut, mais on voit encore la trace des rayons dans les livres qu'il a postérieurement imprimés. Le seul exemplaire de cette petite pièce latine se trouve à la bibliothèque du marquis de Morante, à Madrid, qui a bien voulu me la communiquer (2),

Si à l'aide des nombreux ouvrages de Jean Cousin je n'avais recueilli des preuves qui me semblent incontestables , et qui, je le crois, paraîtront telles à quiconque voudra examiner les originaux , soit verreries , peintures et gravures sur bois , moi aussi , en présence du mérite égal de Jean Goujun et de Jean Cousin, je n'aurais pas osé me prononcer; mais aujourd'hui tout doute a cessé pour moi, et cette copie de VHypnérotomachie, ou plutôt cette imitation de l'édition publiée par Aide, devenue originale par les modifications que Jean Cousin y a marquées de son cachet, ne fait pas moins d'honneur à l'art français, que l'original à l'art italien.

C'est pour avoir ignoré la date de la naissance de Woeiriot que Papillon a dit : « Je crois que Woeiriot a gravé en bois les figures du Songe de Poliphile (3).

i) Champfleury, fol. 42.

(2) Voy. mon Essai sur la gravure sur bois, Paris, 1863, p. 137. 3) Woeiriot est né en 1532; la première édition du Songe de Poliphile parut en 1546. Papillon ne connaissait que l'édition de 1561.

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