‹ Étude sur Jean CousinChapitre 42 sur 72 · GEINDRE DE JOSSE BADE · texte numérisé non relu

GEINDRE DE JOSSE BADE

Je ne mets pas en doute que dans le livre intitulé : Recueil des choses notables qui ont esté faites à Bayonne, à Ventreueuë du Roy très-chrestien Charles neufième de ce nom } et la

Royne sa très-honorée mère , avec la Royne catholique sa sœur. Paris, Vascozan, imprimeur du Roy , 1566, m-4°, les neuf médaillons en rond oblong décernés aux dames par les chevaliers, et les neuf en ovale décernés par les dames aux chevaliers, ne soient.de Jean Cousin. Ils en ont tous les caractères.

Ces dix-huit compositions ont plus d'importance que les seize médaillons de l'autre ouvrage de cérémonies que la reinemère fit disposer pour la rentrée de son fils Henri III, au retour de son royaume de Pologne , et qui fut imprimé en (1), chez Frédéric Morel Ier, qui était imprimeur du Roi comme Vascosan, dont il était le gendre et l'héritier.

L'ornement de l'entête et la lettre initiale L sont aussi de Jean Cousin, et dans cet entête fleuronné, trois couronnes ont été disposées pour y placer : sous celle du milieu un G (Charles) ; à gauche un K (Catherine); et à droite un Y (Ysabelle, sœur de Charles IX), reine d'Espagne.

C'est aussi Vascosan qui a imprimé, en 1560, le magnifique petit ouvrage in-folio, intitulé :

Henrici II Galliarum régis elogium, cum ejus verissime expressa effigie, Petro Paschalio autore. — Ejusdem Henrici Tumulus autore eodem , décoré de fleurons et grandes lettres ornées, où sont enchâssées les lettres H F K, Henri, François, Katherine , et F K C F; François Ier, Catherine , Charles, François II. (Voir le n° 682 de mon Catalogue.)

(J) J'ai laissé cette date en blanc, mon exemplaire n'étant pas en Fiance en ce moment. Craignant pour ma bibliothèque un désastre pareil à celui de la bibliothèque delà ville de Paris, où fut anéanti le magnifique manuscrit du Pontifical de Juvénal des Ursins , que je lui avais cédé en 1861 comme membre du Conseil municipal (perte irréparable pour l'histoire de notre art français au moyen âge !), j'avais, trois jours avant le siège de Paris par les Prussiens, expédié en Angleterre tout ce que ma bibliothèque contenait de plus précieux en manuscrits , incunables et livres rares, et aussi ma collection d'estampes gravées sur cuivre et sur bois. Et ce n'était pas sans raison, car elle aurait pu avoir le même sort que celle non moins précieuse de mon voisin et ami M. Gatteaux, membre de l'Institut (Académie des Beaux-Arts), qui a été détruite ainsi que la bibliothèque du Louvre, sans parler de tant d'autres pertes irréparables 1

Ce véritable chef-d'œuvre d'impression, décoré d'un beau portrait de Henri II gravé en taille-douce par Delaune , offre, dans une grande planche en bois qui occupe toute une page in-folio, la représentation d'un mausolée élevé à la mémoire de Henri II. Cette superbe composition est digne, quant au style et à la richesse de l'ornementation, d'entrer en comparaison avec le monument de l'amiral Chabot. On y retrouve les grandes qualités du style de Jean Cousin.

Je crois qu'on doit aussi attribuer à Vascosan l'impression de YHolomètre.

JACQUES ROFFET

(dit le faucheur), 1545-1541).

La marque du Faucheur est très-certainement de Jean Cousin , ce qui est indiqué par le dessin et l'architecture qui en ornent le fond. Dans le haut et le bas de son encadrement, on voit le croissant de Diane de Poitiers. Cette belle marque se trouve à un superbe ouvrage que je crois devoir attribuer aussi à Jean Cousin ; il est intitulé :

C'est l'ordre qui a esté tenu à la nouvelle et io yeuse entrée, que trèshaut , trèsexcellent et trèspuissant Prince le Roy trèschrestien Henry deuzième de ce nom, a faicte en sa bonne ville et cité de Paris, capitale de son royaume, le sezième tour de luin M D. XLIX. — On les vend à Paris chez Iacques Roffet dict le Faucheur...,. In-4° (1). (Voir le n° 642 de mon Catalogue.)

La première partie contient neuf grandes planches qui, par leur mérite et leur analogie avec les autres compositions de Jean Cousin , semblent ne pouvoir être attribuées qu'à lui ; mais la gravure en est plus fine et d'une autre main que

(i) Une édition a paru postérieurement chez Jean Dallier, Paris.

celle des autres Entrées, ce qui permet de mieux apprécier leur mérite. Cette gravure, un peu moins ombrée que les précédentes, se rapproche sous ce rapport de celle des beaux Livres d'Heures de 1525 et de 1531, imprimés par Geoffroi Tory, à qui on l'a aussi attribuée. (Voir les nos 727 et 731 de mon Catalogue.)

Dans la seconde partie : S'en suit l'ordre de V Entrée de la Royne, sont deux grandes planches , dont l'une est repliée. Elles ne le cèdent en rien, par la richesse de l'architecture et des minutieux détails , à ce que Jean Cousin a fait de mieux. La science du dessin y est portée au plus haut point de perfection, particulièrement dans les groupes à pied et à cheval.

M. Renouvier attribue aussi cette Entrée à Jean Cousin, et s'exprime ainsi :

« Je mentionnerai ici l'Entrée de Henri II à Paris en 1549, parce que c'est le chef-d'œuvre de la gravure sur bois française, et que je ne vois pas à qui l'attribuer mieux qu'à Jean Cousin. La composition et le style n'appartiennent qu'à lui. L'Hercule gaulois, fait à la ressemblance du feu roi François Ier, tenant enchaînés à sa bouche les quatre ordres de l'État; la Fontaine surmontée des statues de la Seine, de la Marne et du Bon Événement; Y Arc triomphal, portant un Typhis dont la figure approchait fort bien celle du Roi triomphateur ; enfin la figure de Lutetia nova Pandora « vestue en nymphe, les cheveux espars sur les espaules et « tressés à l'entour de la tête , agenouillée sur un genouil d'une « merveilleuse bonne grâce, » et toutes les autres représentations que l'artiste avait peintes dans les rues du cortège , et qu'il dessina pour la relation , sont dans la manière délicate de l'école française. Il semble qu'un ciseleur seul a pu, en aussi peu de tailles, fouiller ces têtes piquantes, modeler ces corps élégants, friper ces draperies; et ce ciseleur, qui donc serait-il, sinon l'auteur du mausolée de l'amiral Chabot, l'artiste français qui résuma le mieux deux côtés de l'art, la minutie et la force, le resserrement et la grandeur, le gothicisme et la renaissance?»

On pourrait peut-être attribuer à Jean Cousin les dix com

positions qui ornent la traduction française , faite par Le Maçon, du Décaméron deBoccace; Paris, Etienne Roffet, 1548, in-8. Elles sont élégantes, d'un beau style , mais je n'y vois point apparaître les marques caractéristiques qui permettraient d'y reconnaître Jean Cousin. (Voir le n° 663 de mon Catalogue.)

FRÉDÉRIC MOREL Ier,

On pourrait peut-être attribuer aussi à Jean Cousin les trois grandes planches qui accompagnent la description du magnifique spectacle donné par Catherine de Médicis, lors de l'entrée de son fils Henri II f dans les faubourgs de Paris, de retour de son royaume de Pologne. Voici le titre de ce volume rarissime que j'ai acquis récemment :

Magnificentissimi spectaculi a Regina Regum matre in hortis suburbanis editi } in Henrici Régis Poloniœ invictissimi nuper renunciati gratulationem, descriptio. Jo. Aurato poeta regio autore. Parisiis , ex offic. Federici Morelli , typographi Regii, 1573, petit in-4°.

La première planche, servant de frontispice, représente sous un trophée d'armes Jupiter Conservateur, assis , foulant aux pieds la Discorde et ses serpents; à ses côtés sont, en pied, Pallas la conseillère et Apollon le victorieux. L'autre représente le Parnasse et les Muses ; la troisième une salle de bal, où une danse est exécutée en présence de la famille royale.

Cet ouvrage est orné de seize médaillons avec emblèmes, accompagnés de la devise de chaque province , et précédés de quatrains en latin , affectés aux Nymphes de la Provence, de l'Allobroge, de la Cantabrie, de l'Aquitaine, de l'Armorique, du Poitou, de la Touraine, de la Loire (Ligeris), de la Neustrie , de la Belgique, de la Seine, de la Champagne, de Sens (Senonis), de Metz, du Dauphiné.

L'ornementation de ces médaillons , quoique très- simple, offre de la similitude, pour le style et l'exécution , avec ceux qui décorent le Recueil des choses notables qui ont été faites à Bayonne, imprimé en 1566 par Vascosan, imprimeur du Roi, et beau-père de Frédéric Morel Ier.

Ces derniers médaillons ont passé, par héritage , entre les mains de la famille Morel. Deux d'entre eux, représentant la Justice (f. 39 recto) et la Vérité (f. 38 verso) ont été employés comme marques (nos 1080, 1081, Silvestre) par Frédéric Morel II, fils aîné et successeur de Frédéric Morel Ier ; deux autres, l'Amour bienfaisant (f. 45 r.) et une jeune femme montrant une pyramide (f. 37 v:)7 ont servi de marques (n08 1247, 1248, Silvestre) à Claude Ier Morel, second fils de Frédéric Morel Ier.

Un autre ouvrage imprimé chez Frédéric Morel Ier contient des encadrements dont le style est pareil à celui de Jean Cousin, et qu'on peut lui attribuer. Il est intitulé :

Caroli Lotharingi Card. et Francisci ducis Gvysii litterse et arma in funebri oratione habita Nancii a N. Bocherio latine reddita... Lutetiœ , ex officina Federici Morelli, Typographi regii, 1577. Petit in-k? , avec deux portraits et la figure du tombeau. Les portraits sont gravés par Delaune.

Ces mêmes gravures reparaissent dans un autre volume in-4° intitulé : La Conjonction des lettres et des armes des deux illustres princes lorrains : Charles, cardinal de Lorraine, et François, duc de Guise. Rheims, chez Jean de Foigny, 1579; et, en effet, Jean Cousin dut avoir quelques rapports avec le cardinal de Guise. A la fin de cette étude, je parlerai de deux magnifiques miniatures, ou plutôt de véritables peintures par Jean Cousin destinées à ce cardinal , dont elles représentent les armes et les devises. Elles sont comparables en beauté à celles du Bréviaire du grand écuyer Gouffier, seigneur de Boisi, dont j'ai parlé p. 55; et si, comme je le crois, ces deux admirable? peintures étaient destinées à un semblable

livre de liturgie auxquelles elles servaient de frontispice, on devra en conclure que ce manuscrit de format petit in-folio , comme le Bréviaire du grand écuyer Gouffîer, devait être l'un des plus magnifiques de l'école française.

Papillon nous dit que Woeiriot a gravé pour Guillaume Morel; imprimeur royal pour le grec (d'une autre famillle de ce nom), la marque où l'on voit un Amour assis sur la lettre grecque 0, emblème de la mort (1).

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