PEINTURES D'ORNEMENTATION
{Addition à V article Miniatures, page 39.)
Parmi les manuscrits du seizième siècle ornés d'encadrements historiés } je dois mettre au rang des plus précieux en ce genre d'ornementation désigné sous le nom d'arabesques, un volume petit in-4°, que je possède, contenant un Recueil de privilèges accordés aux secrétaires et notaires royaux parles rois Louis XI, Charles VIII, François Ier et Henri II. Les artistes compétents que j'ai consultés n'hésitent pas à attribuer à Jean Cousin ces peintures en miniature d'un goût exquis qui encadrent les pages. Elles offrent, en effet, de grandes similitudes avec les ornements de quelques vitraux , aujourd'hui détruits, exécutés en grisaille par Jean Cousin pour le château d'Anet, et avec les peintures décoratives dont heureusement M. Alex. Lenoir a pu nous donner plusieurs reproductions. Celles qui sont encore conservées dans la tourelle dont M. le duc de Vendôme a fait retrancher la moitié, nous montrent des satyres dans des positions entièrement semblables à celles qui ornent mon manuscrit, et cette similitude est fort remarquable.
Même dès la première page , au bas de l'encadrement, une sorte de vasque ou vase ayant une grande similitude avec celle du château d'Anet, affecte la forme de tombeau, et les fonds noirs qu'on y remarque semblent confirmer cette analogie.
Ce qui me fortifie encore dans l'opinion que les encadrements de ce manuscrit sont de Jean Cousin , c'est leur rapport avec les deux superbes peintures en miniature que je possède , où l'artiste sénonais a déployé , dans le même genre décoratif, mais en plus grandes proportions, toutes les ressources de son talent pour l'embellissement et l'ornementation
des armes du cardinal de Lorraine ; on y retrouve le même goût , le même style , la même facture.
Ce volume et ces détails nous font connaître Jean Cousin sous un nouvel aspect, comme peintre décorateur.
On peut juger du mérite de Jean Cousin, en ce qui concerne l'ornementation proprement dite, par le choix des nombreux fragments que M. Racinet a reproduits dans son bel ouvrage de Y Ornement polychrome (1). L'harmonie des couleurs y rivalise avec la variété et la richesse du dessin.
Les encadrements de ce manuscrit , au nombre de douze , sont en tête des concessions ou privilèges accordés par chaque roi : le premier par Louis XI, un autre par Charles VIII , neuf par François Ier , et le dernier par Henri II, Il est daté de septembre 1549, époque à laquelle on peut assigner l'exécution de ce manuscrit. Jean Cousin a su tirer grand parti des symboles et devises personnels ou indirects de ces deux derniers souverains , en les agençant habilement dans son ornementation. C'est ainsi que, dans les encadrements des privilèges accordés par François Ier, on voit la salamandre et l'initiale F couronnée. La dernière et la plus importante de ces peintures est celle du privilège accordé par Henri II , et elle est incontestablement la plus belle. En tête figure une charmante composition représentant Diane de Poitiers sur un char, d'une légèreté exquise d'ajustement, attelé de deux cerfs, l'un blanc, l'autre fauve, semblables à ceux que l'on voit sur la peinture des armoiries du cardinal de Lorraine. Elle est accompagnée de quatre femmes tenant des palmes vertes. Dans l'encadrement on voit ses emblèmes, les croissants et les arcs qui en constituent le principal motif d'ornementation. L'ensemble est du style le plus parfait de la plus belle époque de Henri II. L'exécution de ce manuscrit est d'autant plus précieuse que les détails , étant destinés à être vus de près, sont d'une grande délicatesse.
(1) 7e livraison, planche portant la marque du violon.'