MÉDAILLON EN ALBATRE
[Addition à l'article Sculpture, page 62.)
Je sais combien on doit se défier, lorsqu'on écrit l'histoire d'un artiste célèbre dont les œuvres ont été dispersées et pour la plupart ignorées, telles que les œuvres de Jean Cousin, de la tendance à en vouloir accroître le nombre pour reconstituer ses titres à la postérité. Cette défiance grandit lorsque l'historien ou l'amateur a eu le bonheur de découvrir quelqu'une d'entre elles, et surtout s'il en est devenu propriétaire.
Il m'a donc fallu l'approbation et l'assentiment de plusieurs artistes et connaisseurs dont le goût s'est formé à ce genre d'études et s'est fortifié par l'expérience que donne la comparaison des objets similaires de la même époque , pour me permettre de ranger au nombre des belles productions qu'on peut attribuer à Jean Cousin un médaillon en albâtre, d'une charmante exécution, représentant le profil de Diane de Poitiers. Le luxe et le goût de sa coiffure rappellent l'art qui la distingue dans la statue en marbre qu'en a faite Jean Goujon et qui paraît avoir été le type consacré que les artistes se sont plu à reproduire. Le voile s'enroulant dans sa chevelure porte encore la trace de l'or qui rehaussait ce charmant ensemble. Au bas du médaillon est le chiffre amoureux de Diane et de Henri.
Mais ce qui ajoute un grand prix à ce portrait, c'est sa ressemblance avec les médailles et les dessins authentiques que nous possédons delà figure de Diane, et aussi avec la statue en marbre sur son tombeau, et le bronze en creux du cabinet des médailles de la Bibliothèque de France.
Afin de pouvoir multiplier ce médaillon, je l'ai fait mouler par M. Roussel, de Dreux, qui possède les moulages de tous
les portraits de Diane, bas-reliefs, médaillons, médailles , etc. C'est lui qui m'a fait remarquer, dès la première vue, la différence du profil de Diane avec celui que Jean Goujon nous en a donné dans ses sculptures en marbre, où le nez est droit du front à l'extrémité, dans le style grec, tandis que dans le médaillon il est moins antique, mais plus vrai et plus ressemblant.
Les deux médailles authentiques que nous possédons de Diane (1), ainsi que le dessin au crayon dont M. Niel nous a donné un parfait fac-similé dans sa Collection des Portraits du seizième siècle, et qui se trouve aussi reproduit dans le Portrait au crayon (2) dessiné par Mme de Boisy, sur lequel François Ier écrivit de sa main :
Bele a la voyr , Oneste a la anter,
nous montrent son nez sensiblement creusé à la naissance du front, ce qui distingue les portraits réels de Diane de ceux , non pas de fantaisie, mais embellis et même idéalisés.
Ce que je remarque aussi dans ce portrait, c'est qu'il a été exécuté en albâtre et que toujours, dans ses sculptures, Jean Cousin a préféré l'albâtre de Lagny au marbre; c'est ainsi qu'il a exécuté la statue de l'amiral Chabot, les deux génies funéraires qui l'accompagnent, nos 165 et 166 de notre Musée, le n° 104 représentant la Fortune dont j'ai parlé p. 66. Le grand monument funéraire du grand sénéchal de Brézé que l'on voit dans la cathédrale de Rouen est aussi exécuté en albâtre de Lagny, et ce serait un motif de plus pour l'attribuer à Jean Cousin.
(1) La plus importante de ces médailles porte cette inscription : Diana . dux .
VALENTINORUM . CLARISSIMA.
(2) François Ier chez Mme de Boisy. Notice d'un recueil de crayons ou portraits au crayon de couleur, enrichi par le roi François fer de vers et de devisa inédites, appartenant à la bibliothèque Méjanes d'Aioc, par M. Rouard, bibliothécaire. Lyon, Perrin, 1864, in-4°, avec douze portraits, tiré à 170 ex.